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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 09:51

FRAD09 1FI235 1849Fuyant le fond de vallée, soucieux de dominer, les premiers tarasconnais ont choisis la terrasse ou le verrou glaciaire avec ses sols égouttés et la rupture de la pente du talus, pour se fixer près de la rivière mais hors de ses atteintes. Surplombant le bassin alluvial et les vallées avoisinantes, ce verrou constituait aussi un excellent site stratégique et défensif, et a donc été aménagé à l’origine en tant que tel : le résultat donne le castrum de Tarascon.

Le cône de déjection du ruisseau de la Bessède (* la Besséde est un massif forestier traditionnellement exploité, constitué de résineux et de feuillus), qui bénéficie en outre d’un bon ensoleillement, a donc séduit la première société villageoise. Ajoutons à ces qualités déjà remarquables dans le contexte médiéval, la proximité du petit torrent, élément fondamental des activités agro-urbaines en tant que ressource hydrologique, en particulier pour l’irrigation des jardins.

 

* D'autres ont avancé l'hypothèse que le nom de La Bessée venait de la présence de nombreux bouleaux appelés bessede ou bessedo. Bès ( Midi ), var. Bèz , terme issu du latin vulgaire *bettiu , dér. du gaulois betu , bouleau ; fém. issu de *bettia : Besse , Bèze , fréquent comme nom de lieux et de hameau désignant une plantation de bouleaux , caractéristique du domaine.

 

Ruisseau La Bessède Plan de masse 1 TarasconCe site balcon sur le replat glaciaire à mi versant était à l’évidence propice à l’établissement d’un habitat groupé.

« Si le choix de ce site par de nombreux villages pyrénéens paraît logique à bien des égards et pour la plupart des observateurs, il ne manque cependant pas d’étonner a priori le géographe géomorphologue. Edifiés par les torrents qui les traversent encore aujourd’hui, les cônes de déjections sont en effet sporadiquement affectés par des crues torrentielles pouvant se révéler catastrophiques pour l’homme et ses activités. ».Cf. M. Antoine & B. Desailly

 

Globalement, à Tarascon, les événements historiques, s' appuyant sur des archives plus que séculaires, évoqués par les risques provoqués par l’eau se sont déroulés très majoritairement au confluent des deux rivières Vicdessos-Ariège. Ce site d’habitat - faubourg au pied des rives des deux rivières est considéré encore aujourd'hui comme très sensible.

Il semblerait donc qu’il y ait une étroite relation entre la mémoire des risques et leur perception.

 

Au-delà se pose tout naturellement la question des modalités de la prise en compte du risque torrentiel dans l’aménagement et l’occupation de ce cône. La menace torrentielle, même s’il est difficile d’en apprécier la fréquence sur le cône du ruisseau de La Bessède, n’est donc pas anecdotique.

 

L’expansion urbaine de l’agglomération Tarasconnaise constitue un exemple intéressant.

Si l’on observe la corrélation entre la surface du cône et sa forte pente axiale, on s’aperçoit, sans que cela surprenne beaucoup, que généralement on y a évité toute forme d’habitat, si ce n’est quelques granges.

Deuxième remarque : le développement de la ville postérieur à celui du castrum devant la pression démographique, va de même se situer en marge de la zone axiale du torrent. Les murs de ville, sans beaucoup d’ouvertures (uniquement porte du Foirail à l’Est), jadis faisaient ainsi office de rempart à l’eau.

Ruisseau de la Bessède d'après cadastreA noter, que jusqu’à la fin du 19ème siècle, le ruisseau de la Bessède, qui traverse le foirail, était en partie contenu par le fossé de ville dans sa partie nord–est, avant de se déverser en aval au niveau du pont neuf en pierre. Tout se décrit comme si ces aménagements, murailles et maisons alignées formaient une sorte de digue, limitant par là les dommages à l’intérieur de la ville.

 

En 1883, ce site a retenu l'attention de Mr. GUINIER, inspecteur des forêts sur l’influence de l’état boisé du sol sur l’écoulement superficiels des eaux pluviales en raison de la puissance des phénomènes potentiels (crues et laves torrentielles), du niveau des en jeux en présence mais aussi des manifestations historiques de la torrentialité catastrophique :

« .. la partie ancienne de la ville de Tarascon est bâtie sur le cône de déjection d’un petit torrent, dont le bassin de réception domine immédiatement l’agglomération des maisons. Ce bassin d’une surface de 80 hectares (dont 65 à peu près occupés par la forêt de la Bessède (Labécède), taillis complets de chêne et de hêtre, et 15 ha à la partie inférieure par des cultures et des vignes) forme une sorte d’entonnoir  à parois fort inclinées. L’arête presque demi-circulaire, qui limite l’entonnoir, est à une altitude supérieure à celle de la ville de Tarascon de 500 mètres à peu près. On conçoit que les eaux pluviales, si elles pouvaient glisser sans obstacle sur les parois de ce bassin, arriveraient rapidement au bas de la gorge et produiraient des crues subites et torrentielles du ruisseau, avec un apport de matériaux arrachés aux flancs de la montagne. Tel était l’état des choses à une époque géologique ancienne ; c’est ainsi que s’est constitué le cône de déjection. 

 

FRAD09 3O1790 0001-1902-copla ville haute de Tarascon est bâtie sur un cône de déjection constitué à une époque géologique ancienne. Une fois que le torrent de la Bessède s’est trouvé éteint, le cône de déjection a pu se couvrir d’habitations et de cultures. Toute fois, même dans cet état de stabilité, il s’est produit des inondations redoutables.

 

Vers 1810, à, la suite d’une de ces inondations, on construisit, pour contenir et diriger les eaux du ruisseau de la Bessède, une large rigole pavée ou gondole, qu’on voit encore (en 1883) traverser le champ de foire. Cette gondole, à section cintrée, a 2 mètres 80 de largeur au plafond et 0m.40 de profondeur au milieu. La surface moyenne de la section est de 0m.q 67.20cq. Si l’on ajoute que la pente suivant l’axe est de 10 à 12 pour cent, on pourra se faire une idée de l’énorme débit de ce canal, quand l’eau y coulait à pleins bords.

 

Or, Il résulte des souvenirs de plusieurs personnes très âgées, notamment de M. Garrigou père et de martin Soulié, propriétaire, qui habite depuis 1815 une maison située sur le bord de la gondole, que le ruisseau débordait quelque-fois, et que ces inondations étaient redoutés des habitants. Mr. Martin Soulié a conservé le souvenir d’une nuit passée à défendre sa maison contre l’irruption de l’eau et des pierres et matériaux qu’elle charriait à grand fracas. Non seulement, après les pluies fortes et prolongées, la rigole coulait à pleins bords, mais l’écoulement se prolongeait en s’affaiblissant jusqu’à quinze jours, un mois même, dit Mr. Martin Soulié.

 

Les ménagères de Tarascon venaient d’ordinaire y laver leur linge. Pendant les fortes eaux, il était nécessaire de placer sur la gondole des madriers pour la traverser.

 

Ce régime du ruisseau correspondait à un état de déboisement à peu près complet du bassin de réception ; tous les terrains aujourd’hui boisés, étaient en nature de landes parsemées de genévriers et quelques broussailles.

 

Actuellement, la gondole est presque toujours à sec ; les pluies les plus fortes et les plus durables seules donnent un écoulement, encore très faible ; l’eau ne dépasse quelques centimètres de hauteur du fond du lit ; le pavé de la gondole a pu se garnir d’une légère couche de terre avec un tapis de ces plantes rampantes, que l’on trouve au bord des chemins et sur les places peu fréquentées (polygonum aviculare, etc).

 

Il est clair que la gondole a été construite en vue de besoins qui n’existent plus aujourd’hui ; et ce qui le prouve encore péremptoirement, c’est que le prolongement de cette gondole le long de l’avenue, qui donne l’accès au champ de foire, a été détruit lors de l’amélioration et de la plantation de cette avenue. Aujourd’hui, la gondole du champ de foire n’a d’autre  débouché que la petite rigole qui sépare la chaussée du trottoir ; point de canal d’aucune sorte menant directement les eaux à l’Ariège, pas d’aqueduc traversant la route pour les faire arriver plus tôt à cette rivière qui coule du côté opposé.

Enfin une petite passerelle a été établie au champ de foire dans des conditions, qui prouvent que les fortes eaux ne sont pas à craindre.

En somme, on ne paraît en aucune façon se préoccuper de l’existence du ruisseau de la Bessède. Il est rationnel d’attribuer ce changement à l’état récent de boisement du bassin de réception. Il y a entre les deux phénomènes, le reboisement naturel et la suppression des crues du ruisseau, une relation évidente et qui n’a pas échappé aux habitants de Tarascon, maintenant fort jaloux de la conservation de leur petit bois communal de la Bessède.

 

Non seulement l’intensité de l’écoulement des eaux pluviales a diminué, mais la durée de cet écoulement a encore été considérablement réduite. Il est établi que l’écoulement après les fortes pluies ne dure pas plus de deux jours, qu’un écoulement de deux jours est même absolument exceptionnel, et qu’il est devenu impossible d’utiliser ce cours d’eau pour les usages domestiques.

 

Pour résumer cet ensemble d’observations, je dirai qu’il est certain que la ville de Tarascon a été soustraite, par le reboisement naturel du basin de réception du ruisseau de la Bessède, à tout danger d’inondation, mais, par contre, elle a été privée ou à peu près, du débit, un peu trop irrégulier à la vérité, de ce ruisseau.

le cours d’eau n’a pas été régularisé, il a, à peu près, été supprimé.

 

Les observations qui précèdent n’ont évidemment pas toute la précision désirable, puisqu’elles reposent en partie sur des souvenirs, mais leur ensemble et leur concordance leur assure un caractère satisfaisant de certitude. Il n’en serait pas moins utile de pouvoir étudier de pareils phénomènes à l’aide de procédés rigoureux d’observations.

 

Deux remarques avant de finir :

1- il n’existe, sur toute l’étendue du bassin du ruisseau de la Bessède, aucune source de celles qu’on nomme « superficielles » et qui sont influencées uniquement par les écoulement des eaux pluviales à une faible profondeur. Deux sources, que l’on trouve à la partie inférieure du bassin, sont des sources profondes alimentées par des réservoirs d’eau souterraine et dont le débit ne paraît pas en relation étroite avec les phénomènes étudiés.

2- en 1875, après la période de pluies qui déterminèrent d’importantes inondations, la gondole coula à plein bords, mais sans charrier beaucoup de matériaux ; les parois du bassin de réception sont en effet fixées par l’état de boisement. On comprend du reste que, contrairement à ce que l’on observe ordinairement après les fortes pluies, il y ait eu alors une crue d’eau importante, à cause de l’abondance absolument exceptionnelle des eaux reçues par le sol forestier. C’était le cas de l’éponge, à laquelle nous avons comparé plus haut le sol forestier, qui étant saturée, laisse échapper l’eau, dont on continue à l’abreuver. ».

 

FRAD09 3O1790 0023-1897

 

L’enquête historique événementielle

 

1746               Jacques Bergasse, de Saurat, possède : « … maison et salle sur le carrerot et hautin au Foyral ; confronte du levant le chemin – le carrerot qui sert pour recevoir l’eau du bois, cngrontant sur le haut le sieur François Bergasse, couchant et septentrion le foyral».

Héritiers Guillaume Roulland possèdent : « … terre labourable à Lalbalong ; confronte du levant le communal- ruisseau entre- midi le sieur Roudié, couchant chemin».

                        François Bergasse, Bourgeois possède : « … plus une vigne, terre labourable al Safranal et Cantegril – un reg entre – cnfronte du levant chemin, midi chemin le sieur Joseph Fourniè». Plus: « … borde et hautin au Foyral ; confronte du levant et midi chemin, couchant pred communal, septentrion le sieur Bergasse de Saurat, il a un carrerot sous le salle qui sert pour recevoir l’eau du bois».

(AD09 - 135 EDT CC2)

 

1777               6 juin, Bastide, maire demande : « … de faire détourner les eaux du fossé du foirail ou il est encore nécessaire de faire quelques petites réparations le long du mur de ville».

(AD09 - 135 EDT BB 17)

 

1802               3ième ventose An x, le débordement du ruisseau de Labecède provoque d’importants dommages aux maisons situées le long du grand chemin qui conduit de la place hors la porte à la place au marché.

                        (AD09 – 135 EDT BB)

 

1810               13 janvier, le maire demande d’intégrer au budget une somme : « … qu’ils ont employé à la construction de la gondole pavée qui traverse le foiral jusqu’à l’extrémité de la place dite hors la porte, afin de contenir les eaux du ravin de Labécède ».

(AD09 – 135 EDT D1 et AD09 – 1PER3,  tome 1, 1882 - 1885 )

FRAD09 135EDTO1 0013 26-mai

 

1817               21-22 septembre, un important incendie criminel et très violent consume une partie du bois de la Bessède.

                                    (AD09 – 135 EDT  I 1)

 

1824               26 mai, projet d’aménagement du foirail avec plantation d’arbres. Dans le plan du foirail on découvre le lit de l’ancien ruisseau de la Bessède.

(AD09 – 135 EDT O 1)

 

1830               Inauguration du grand pont en pierre de Tarascon.

 

 

1834               La municipalité conduite par André Vergé délibère d’agrandir le foirail.

(AD09 – 2 O 1715)

 

1830               24 novembre, suite à la fermeture de la ruelle du coin qui aboutit à la rivière par le sieur Dupeyron, le maire considére :« ... que de son côté il a toujours reconnu cette ruelle comme voie publique et comme étant de la plus grande utilité pour toute la commune surtout pour recevoir les eaux qui descendent du bois de la Bécède lors des grands orages… ».

                                     (AD09 – 2 O 1735)

 

1835               21-22 mai, le torrent de Labecède dévaste le foirail. La crue considérable de l’Ariège cause la chute d’une grande partie du mur de soutènement du quai rive droite de la dite rivière. La perte de ce mur met en péril la culée droite du pont ainsi qu’une grande partie des maisons qui se trouvent dans ce quartier.

                                     (AD09 – 2 N 8)

 

1881               10 novembre, le maire fait observer que l’emplacement sur lequel a été établi la bascule est devenu impossible par suite de la construction de la halle. Il a en outre fait remarquer que le voisinage de la fontaine et des ruisseaux de Labécède entretiennent une humidité constante qui charge la bascule de rouille et qui nuit à son fonctionnement. Le maire propose de transporter cette bascule sur la place de la mine, située au faubourg Ste-Quitterrie.

(AD09 – 2 O 1717)

 

1896                29 août, la municipalité demande le classement comme chemin vicinal ordinaire le chemin de la Bessède par le Foirail et le quartier de Cantegril : « … les habitants de Tarascon ayant droit d’affouage dans la forêt de la Bessède qui est aménagée de manière à donner chaque année une coupe à chaque habitant. L’exploitation de ces coupes se faisant suivant le chemin ou tire de La Bessède qui suit la direction du ruisseau du même nom.. ».

(AD09 – 3 O 1790)

 

1930               1er février, le maire expose que les travaux d’agrandissement du cimetière de la ville sont en bonne voie d’exécution, mais qu’il a été constaté : « ...que la construction d’un mur situé à la partie supérieure du cimetière s’imposait de manière absolue pour empêcher le ruisseau de la Bessède, descendant de la forêt du même nom, d’envahir et d’ensabler le cimetière. Il suffirait d’un orage un peu violent pour détruire les restaurations actuellement en cours… ».

                         (AD09 – 2 O 1722)

 

1956               « Cette bouche obstruée par des branches et des feuilles causa une mini inondation au bas du Foirail. Ce fut la dernière alerte de ce ruisseau dont la source se tarit sûrement à jamais ».

           (Francis Bergé in Sources et fontaines de Tarascon - 2009)

 

 Lit-ruisseau-la-Bessède 01

 

Lit-ruisseau-la-Bessède 02

 

Bibliographie

ANTOINE J.-M., Les avatars de l’inondation, du risque et de l’aménagement dans la vallée de l’Ariège (XVIIème-XXème siècles), Thèse de doctorat de Géographie, Université de Toulouse il-Le Mirail, 1992,495 p.

 

ANTOINE J.-M., DESAILLY B., MÉTAILIÉ J.-P., « La chronologie des crues et phénomènes torrentiels dans les Pyrénées (XVIIIème-XXème siècles). Premiers résultats et problèmes d’interprétation », Risques et Aménagement dans les Pyrénées, Toulouse, Les Cahiers de l’Isard, 1993, p. 31-58.

 

LE ROY LADURIE E., Histoire du climat depuis l’An Mil, Paris, Flammarion, Collection Champs, 1983, 2 vol., 287 et 254 p.

 

Autres sources

GUINIER, inspecteur des forêts (1883) in « de l’influence de l’état boisé du sol sur l’écoulement superficiels des eaux pluviales» – AD09_1Per3, to 1, p.53-63.

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