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 Mémoire de stage  de Claude SARRAZIN 

 Ecole Nationale d'Administration  "promotion Vauban" 1957

 

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1. la situation du canton en 1921

Le canton de Tarascon n’était pas, en Ariège, de ceux qui avaient été les plus marqués par la dépopulation. Il le devait à sa situation géographique relativement privilégiée sur l’axe de circulation ferroviaire et routier conduisant de Toulouse à l’Espagne par le Puymorens, au carrefour d’un axe Saint-Girons – Lavelanet par le col de Port. Sa commune la plus peuplée n’était pas son chef lieu, mais l’agglomération exclusivement agricole de Saurat. Cette commune avait perdu les deux tiers de sa population en trois générations, mais comptait encore 500 cents habitants de plus que Tarascon qui en avait 1746. Saurat caractérisait bien encore un canton agricole de montagne en sérieuse et constante dépression démographique et économique, moitié moins peuplé qu’en 1846.

 

Seul son chef-lieu maintenait sa population, seul il connaissait quelques activités industrielles. La plus importante était un haut-fourneau dont l’exploitation, bien que déjà marginale et en péril, employait près de 200 salariés. Mais il n’y avait là, à côté de quelques exploitations traditionnelles de forges ou de carrières, rien qui puisse donner l’indice ni le point de départ d’une forte industrialisation. La suite l’a d’ailleurs bien montré puisque les hauts-fourneaux ont fermés plusieurs fois et définitivement après la dernière guerre. Toute l’extension prise par Tarascon depuis la création des usines de Sabart n’est donc due qu’à l’électrométallurgie ; sans elle cette commune n’aurait même plus la faible industrie qu’elle possédait en 1921.

 

2. L’extension prise de 1921-1926 à 1956-1957

a- Démographie

La population municipale augmente de 82% entre 1921 et 1954 où elle atteint 3184. Elle a connu, entre les recensements de 1936 et de 1946 un chiffre plus élevé atteignant 5000, alors que des travaux d’équipement hydroélectriques se poursuivaient et que les hauts-fourneaux étaient encore exploités. Mais la dernière situation représente mieux l’expansion démographique due à l’exploitation normale des usines de Sabart et à elle seule.

 

L’effet démographique, pour important qu’il soit, et exceptionnel dans un département qui a pendant la même période perdu 19% de sa population, est cependant fort limité géographiquement. Les petites communes des montagnes environnantes ont continué à perdre leur population à un rythme qui s’est même accéléré depuis l’industrialisation du chef lieu : perte de la moitié de 1921 à 1954, contre un quart seulement de 1881 à 1914 (tout le canton sauf Tarascon et Quié). Non pas que les habitants de ces communes venus nombreux travailler à ‘usine et habiter Tarascon : 71 ouvriers de Sabart sur 360 sont originaires des communes du canton autres que Tarascon et Quié, et tous y résident encore. Ces deux agglomérations n’ont elles-mêmes fourni que moins du dixième de l’effectif ouvrier, un sixième seulement étant originaire du canton de Tarascon et des cantons limitrophes, 53% du département, et un tiers de l’étranger. Le recrutement propre de l’électrométallurgie étant en somme assez peu local et très faible en valeur absolue, la dépopulation du canton ne s’explique que par l’attrait des emplois nouveaux créés à Tarascon de façon induite, notamment dans le commerce. Cette attraction se traduit d’abord par un phénomène de concentration démographique locale et amplifie encore, par l’exemple proche d’une amélioration rapide du niveau de vie, les tendances permanentes des montagnards ariégeois à aller chercher ailleurs une vie plus facile.

 

L’accroissement de la population active est encore plus fort : en effet, non compris l’agriculture, la fonction publique et la S.N.C.F., elle a triplé entre 1926 et 1956, passant de 460 à 1392. L’augmentation déjà forte dans le commerce et les professions libérales (+ 150%) est encore plus importante dans l’artisanat et l’industrie (+ 250%). En revanche, la population active agricole diminue de plus de moitié, légèrement plus pour les exploitants que pour les salariés, et s’établit maintenant à 34. La Proportion qu’elle occupe par rapport à la population active totale diminue des cinq sixièmes et se trouve ramenée à 2,4%.

 

Ainsi les migrations intervenues sont relativement complexes. Sur les 930 emplois nouveaux de commerce et de l’industrie à Tarascon, Péchiney et l’E.D.F.en absorbent 480 et les activités induites 450. Le mouvement naturel de la population n’ayant pas été positif et l’agriculture locale n’ayant rendu disponibles  que 36 emplois, ce sont plus de 800 emplois qui ont été procurés par l’immigration. Par ailleurs, à défaut de véritable document statistique en la matière, les relations géographiques décrivent un net mouvement de migration des communes environnantes vers Tarascon.

 

Comme on se souvient que 75 salariés de Péchiney seulement sont originaires des communes du canton autres que Tarascon, et que continuant à y demeurer, ils ne sont pas venus résider au chef-lieu, on est conduit à constater que les populations montagnardes de l’Ariège sont venues se fixer à Tarascon beaucoup plus pour occuper les emplois nouveaux du commerce et de l’artisanat, suscités par l’électrochimie, que pour travailler dans les usines elles-mêmes. On doit donc compter avec une assez forte viscosité de la main-d’œuvre dans le cas d’industrialisation d’un pays sous-développé, car peu nombreux sont ceux qui acceptent de quitter sans transition la vie agricole ou pastorale pour la grosse industrie. Celle-ci recrute plus volontiers parmi les hommes ayant déjà une certaine expérience de la vie urbaine et habitués à un travail artisanal.

 

b. Les établissements industriels et commerciaux

Dans le même temps, le nombre des établissements figurant au registre des patentes (qui est corroboré en 1956 par la statistique des établissements non agricoles tenues par l’I.N.S.E.E.) progresse de 65%, passant de 150 à 247. Ce taux, pour important qu’il soit, demeure toutefois sensiblement inférieur à celui de l’accroissement de la population active. Ceci traduit une concentration des activités artisanales et commerciales et le passage du stade autarcique et traditionnel à celui d’une économie de marché différenciée et moderne. La concentration apparaît bien dans l’habillement où le nombre d’établissements augmente de moins de moitié. Par contre, le passage de l’économie autarcique à celle de marché se signale spécialement dans le commerce alimentaire qui a doublé ; L’accroissement le plus net apparaît évidemment dans le secteur du bâtiment (+ 250%) où les phénomènes d’accélération sont les plus forts en raison de la longue durée de l’amortissement des immeubles.

 

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