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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 16:12

Vitraux-N.D-de-SabartComme beaucoup de Sanctuaires pyrénéens dédiés à la Vierge, la tradition veut que l’église de Notre-Dame de Sabart ait été fondée par Charlemagne à l’occasion d’une victoire contre les Sarrazins et l’on évoque à ce propos le nom de Prés Lombard et la découverte, près du chevet de l’église, des squelettes d’immenses guerriers.

Selon une très belle légende, le cheval de l’empereur aurait refusé d’avancer et se serait cabré au moment où une dame resplendissante de lumière aurait apparu à l’emplacement actuel de la chapelle. Charlemagne y conduisit deux génisses blanches et le prodige se renouvela. Le sol aussitôt creusé livra une belle statue de bronze  que l’on dressa sur un autel de pierre où fut gravée l’inscription :

« Notre-Dame de la Victoire »

Par deux fois transportée à l’abbaye Saint-Volusien de Foix la statue, par deux fois, revint à Sabart.

 

Le merveilleux naïf de la légende montre pourtant qu’il s’est passé à Sabart un événement suffisamment important – bataille ou apparition – pour que ce lieu qui n’a jamais groupé que les quelques maisons d’un hameau, soit devenu dès le IX° siècle le centre d’une circonscription administrative et religieuse, le SABARTHES, qui fut à la fois une viguerie carolingienne pour tout le bassin de la haute Ariège, le titre de la première commanderie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1175 et, à partir de 1296, le siège d’un archiprêtré du tout récent diocèse de Pamiers.

Il n’est pas douteux que le culte Marial à Sabart, peut-être primitivement lié à une source miraculeuse (encore signalée au XVII° siècle) et fortement réactivé à partir du XI° siècle comme une étape possible sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, ait été à l’origine de cette importance et de cette célébrité.

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Dès le XIII° siècle, l’église Notre-Dame est en effet une paroisse dont on mentionne le curé en 1104 et son éminente dignité lui fait reconnaître en 1224 un privilège exceptionnel : Lors d’une confirmation des biens de l’abbaye de Foix le pape Honorius III excepte Sabart de tout interdit, même si en cette époque d’hérésie toute la région venait à en être frappée par l’église. Vers 1300 deux moniales y sont à demeure pour entretenir la chapelle qui est l’objet d’une dévotion particulière dans tout le comté de Foix, comme le confesse par exemple en 1323 Arnaud de Verniolle, franciscain de Pamiers qui a pourtant beaucoup vécu et beaucoup péché.

A cette époque la paroisse ne compte guère qu’une quinzaine de feux et autour de la place du marché de Sabart englobe aussi minuscule faubourg du Bout-du-Pont de Tarascon. Le 11 juin 1325 le dominicain inquisiteur Gaillard de Pomiès y recueille la déposition de Pierre de Laurac, un hérétique de Quié.

Le catharisme qui a gagné tellement de terrain dans le Sabarthès provoque très certainement une relative désaffection pour la chapelle qui, en 1343, tombait de vétusté, mais les consuls de Tarascon obtiennent du Saint-Siège le bénéfice d’indulgences pour ceux qui contribueraient à la réparation du sanctuaire.

 

Le XV° siècle, en revanche, semble une période faste. L’église  a deux annexes, Ste-Quitterie face au bourg de Tarascon, et St-Pierre déjà mentionné en 1229 à l’emplacement de la route actuelle en direction d’Ussat-les-Bains. Les gens de la région l’entourent d’une vénération exceptionnelle et une confrérie y organise les pèlerinages car la Vierge, écrit-on , y faisait de nombreux miracles. Mais en 1461 une nouvelle restauration est nécessaire et le pape Pie II y contribue largement an accordant une indulgence de 7 ans et de 7 quarantaines aux pèlerins qui s’y rendraient  pour la fête de la Nativité de la Vierge en donnant une obole pour les réparations. C’est sans doute alors et ainsi que le pèlerinage du 8 septembre prit sa véritable dimension.

Naturellement les guerre de religion lui portèrent un rude coup. A Tarascon la tuerie fut sauvage et le 27 septembre 1568 l’abbé Baron, curé d’Ornolac, fut arrêté par les Réformés et précipité dans l’Ariège, son corps ne put être recueilli que trois jours après et inhumé dans l’église de Sabart. Les protestants qui avaient fait leur temple dans l’église de la Daurade, tinrent la ville jusqu’au 9 juin 1569 où elle fut reprise par les troupes catholiques du capitaine Traversier.

Comme partout ailleurs, les chapelles dédiées à la Vierge furent particulièrement visées par les profanateurs : saccagée et pillée l’église de Sabart eut son toit éventré. « Désormais déserte et sans aucun service pendant de longues années ». Elle ne reçoit plus de pèlerins et les revenus de la cure, déjà très faibles, diminuent encore d’un quart entre 1608 et 1612. Pourtant en 1622  la chapelle Ste-Lucie semble ouverte au culte car on y fait la prise de possession canonique d’un obit. Si nombreux au XVI° siècle dans les testaments des petites gens du Tarasconnais, de Miglos et de la vallée de l’Ariège jusqu’à Ax les legs pieux à Notre-Dame de Sabart sont inexistants pendant un demi siècle et ne réapparaissent vraiment que vers 1630 où ils  l’emportent largement sur les dons à Notre-Dame de Montgauzy à Foix ou de Montserrat en Catalogne.

C’est qu’a cette date le renouveau de Sabart à déjà été mis en œuvre.

 

L’abbé Martial Rivière, sans doute originaire d’Amplaing use de l’entregent de son beau frère maître Raymond Rolland, notaire de Tarascon, pour assurer les travaux nécessaires au sanctuaire. En 1637 – 1638, il fait refaire la toiture, bâtir une tribune au fond de la nef, couvrir la sacristie et réparer les chapelles Sainte-Marie Madeleine et Sainte-Anne. Sur le terrain cédé le 7 mai 1634 par le conseil politique de Tarascon il construisit une maison de retraite pour les prêtres âgés. Dès 1643 il accueille à Sabart deux franciscains du couvent de Toulouse pour assister les pèlerins. La même année, il saisit François de Caulet alors abbé de Foix, d’un projet d’installation d’une communauté de prêtres, mais c’est seulement en 1649 qu’une transaction entre la ville et le prélat admet que l’Evêque de Pamiers y établira les prêtres nécessaires pour recevoir les pèlerins et administrer les sacrements. Caulet contribua sur ses deniers à l’ameublement de l’église et de la sacristie en faisant don de statues , de vases, de trois retables et des ornements liturgiques.

 

De 1624 à 1653, l’abbé Rivière fut l’inlassable restaurateur matériel de Sabart.

 

L’impulsion spirituelle et pastorale devait revenir au père Bartélémy Amilia. Ce Toulousain de 39 ans, curé de Bédeilhac en 1652, arrive à Sabart en 1653, précédé d’une grande réputation de prédicateur. Il a la responsabilité de la première équipe de chapelains réguliers chargés de l’animation spirituelle du sanctuaire et en trois ans de séjour, il réussit à faire de Notre-Dame de Sabart pour le diocèse de Pamiers ce que fut Notre-Dame de Roqueville pour le diocèse de Toulouse où, sous l’inspiration de Mgr de Montchal une communauté de prêtres se formait à la prédication populaire. Dans un contexte difficile, alors que l’autorité Janséniste de Mgr de Caulet laissait au culte Marial aussi peu de place que la doctrine des Réformés, Bartélémy Amilia sait donner à la dévotion pour la Vierge une rigueur sans mièvrerie et une tendresse sans fadeur.

Dans l’occitan des gens du Sabarthés, il compose ou adapte plusieurs cantiques qui donnent très vite au pèlerinage son unité et sa couleur :

« Douço Bierge, jou désiri », « O Bierge sacrado, Maÿre destinado », O Bierge bostro puretat » et surtout le très long cantique pour « lé Pélérinatjé dé Nostro-Damo dé Sabart al dioucèse de Pamyos » dont les couplets ont été chantés jusqu’à nous :

 

 

Chapelle de Notre-Dame de Sabart]« Bel noum qué réjouis

tout aquesté paÿs,

Damo dé la Bictorio,

S’aben pax è santat,

A dious né sio la glorio

E à bostro bountat… »

 

« La fount del prat loumbard

Qué del roc dé Sabart

Tiro soun origino,

Mosro qué sa bertut

Ben d’abé per bésino

La sourço del salut. »

 

 

 

 

C’est de cette façon simple et solide qu’il enracine dans tout le haut comté de Foix une pratique vivante du pèlerinage que n’entameront durablement ni l’indifférence de l’élite intellectuelle ni les meurtrissures de la Révolution.

Dès 1649 Mgr de Caulet voulut ajouter à l’hospice des prêtres retraités une maison de récollection, où tous les ecclésiastiques du diocèse seraient tenus de venir sans frais au moins huit jours par an, et une institut de formation des clercs soues la direction des chanoines réguliers de Chancelade.

Ce triple objectif fit de Sabart la capitale spirituelle du diocèse de Pamiers. Mais en 1663 l’évêque transféra le titre paroissial de Sabart à Ste-Quitterie. Désormais simple annexe, Notre-Dame de Sabart apparut à ses anciens paroissiens de Quié et du Barri du Bout-du-Pont comme une église déchue et ils portèrent leurs protestations devant le parlement pendant plus d’un demi siècle, ce qui ternit quelque peu l’harmonie de cette heureuse fondation. L’évêque passa outre et son successeur Mgr de Verthamon rendit obligatoire pour les futurs prêtres ce stage à Sabart. La reconquête missionnaire du pays par la piété Mariale était bien la directive pastorale la mieux adaptée aux mentalités de l’époque et de la région. Mais après l’installation définitive d’un séminaire à Pamiers, l’institut de formation de Sabart fut définitivement fermé en 1695.

 

            La Révolution causa au sanctuaire les mêmes déprédations que la Réforme. Ses livres furent destinés à une bibliothèque du district de Tarascon, la maison de retraite devait devenir un hôpital général pour les pauvres, mais en février 1793 elle ne servit que de caserne à une compagnie de volontaires qui logèrent leurs chevaux dans la chapelle.

            Le 25 novembre 1794 ce sont encore les hussards du capitaine Berchini qui l’occupent et pillent le mobilier de l’église qu’ils transforment en écurie. Finalement vendues comme biens nationaux le 4 avril 1795 à un aubergiste de Tarascon pour 27500 livres, la chapelle et ses dépendances furent rachetées le 8 août par plus de 200 habitants de la ville, des menuisiers, cordiers, tailleurs, ferbalntiers, couteliers et marchands, perruquiers et tanneurs…, c’est à dire la population la plus modeste mais la plus attachée à Sabart. Cette générosité populaire empêcha de nouvelles profanations.

 

            Le XIX° siècle permet d’enregistrer plusieurs guérisons spectaculaires lors des pèlerinages, notamment en 1818, 1837, 1850, 1860 et 1872 et surtout pendant l’épidémie de choléra de 1854. Parallèlement l’abbé Alexis  Vergé, avec l’aide de ses confrères Authier et Loubet, entreprend une nécessaire restauration des bâtiments, réaménage la maison de retraite et crée une résidence de missionnaires diocésains avec un institut de formation pour les futurs prêtres.

            Le 21 novembre 1860, les Pères de Garaison inaugurent l’œuvre des missions et des pèlerinages mais leur maison est l’objet de multiples tracasseries  administratives à partir de 1881 jusqu’à ce que leur congrégation soit, elle aussi ; victime des décrets de 1903. Confisquée par l’Etat, la maison fut une nouvelle fois vendue aux enchères…

 

            On comprend que ces tribulations aient profondément modifié l’aspect de l’église primitive maintes fois détruite et réparée. Seuls le plan d’ensemble et le chevet extérieur semblent aujourd’hui fidèles à la conception originelle (sans doute du XII° siècle). Voussures, arcs doubleaux, arceaux et  baies sont le fruit de réparations fragmentaires avant la restauration de 1901 qui brisa le rétable et l’autel Louis XV en marbre rose, reprit la façade et dressa le clocheton tandis que l’on refaisait les peintures de l’abside et la plupart des vitraux.

 

            Autrefois sur le maître autel, la statue vénérée de la             Vierge en bois doré dut alors placée à l’entrée de la nef. Ancienne (mais sans doute pas au delà de la Renaissance) elle devint sinon le centre, du moins l’un des pôles de la chapelle de Sabart.

            C’est devant elle que s’agenouillent toujours les fidèles comme l’on fait depuis toujours les gens de la montagne Ariégeoise : il n’y a pas si longtemps, à la fin d’une journée de travail au champs, ils venaient à pied jusqu’à Sabart, passaient la nuit en prière, entendaient la première messe de Nostro Damo dé Septembré et repartaient tranquillement reprendre leur ouvrage où ils l’avaient laissé, avec la simplicité des âmes fortes et pieuses.

 

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Texte inédit de Monsieur François BABY

Ancien professeur à l’Université

de Toulouse-Le-Mirail

 

AD09-ZO1626

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VITRAUX DE SABARTVitraux-N.D-de-Sabart

              L'enseignement de la parole divine                   La guérison du boiteux de naissance             

 

BIBLIOGRAPHIE - ARCHIVES DE L'ARIEGE

 

ZO10/19         Procès-verbal d'une guérison miraculeuse opérée le 14 septembre 1818 à (...) GARRIGOU (Jean-Jacques-Thomas) Sabart, s.d., 10p. - Réimprimé à Foix, sur l'imprimé de M. Manavit, imprimeur ...].      

ZO10/20         Pèlerinage de la paroisse de Saint-Volusien de Foix à Notre-Dame de Sabart, cantiques - Foix, Vve Pomiès, s.d., 16 p., 2 Fiches]        

ZO10/21          Pèlerinage de Sabart 1897 : cantiques Pèlerinage de Sabart 1897 : cantiques - Foix, Pomiès, s.d., 15 p.]        

ZO 18/28         Congrès de Sabart-Ussat, 10 octobre 1905... Pamiers, L. Narbonne, 1905, 50 pages]      

ZO28/30          La chapelle de Sabar - Morel (J.P.M.) -. Saint-Gernain, Toinon, 1868. 12 p. Extrait du journal "L'investigateur" août 1868]        

ZO30/32           Les églises romanes de la vallée de l'Ariège - Lahondes (J. de). - - Tours, Bousrez, 1877, 44 p., ill. - Extrait du Bulletin monumental, 1877]        

ZO40/30            Excursion à Tarascon et Vicdessos le lundi de Pentecôte Guenot (S). Toulouse, Lagarde et Sebille, s.d. 12p. Extrait du Bulletin de la société de Géographie de Toulouse, n° 151]        

ZO1626              Notre Dame de Sabart - BABY (François) - Tarascon, 1981, 8°; 8 pages]        

ZO1668              Notre-Dame de Sabart, fête du couronnement, lundi 7 juin 1954. Pamiers, 1954, in-8°, 9 p.]        

ZO2220              Les églises romanes des cantons de Tarascon et de Vicdessos – JACQUET (Agnès).- B.S.A., 1990, pp. 109-124]        

ZQ23                  La vierge, source de vie et les vitraux de Saint-Pierre à Notre Dame de Sabart (Ariège) -  VIDAL (Georges) Dactyl., 4 p.]       

ZQ260                Les églises romanes du pays de Foix et du Couserans.-1er fascicule , B.S.A., supplément au t.XI, 1907-1908, 80p. ; 2ème fascicule , B.S.A., 1913, pp.83-112.]        

ZQ1174               Eglises Romanes en Ariège : exposition, janvier-mars 1989 – BOULHAUT (J.). - Archives Départementales de l'Ariège- Foix, 1989]        

ZQ1810                Les peintures monumentales du XI° au XVIII° siècle.  [ JAOUL (Martine), DECOTTIGNIES (Sylvie). Ariège - Inventaire général des monuments et des richesses artistiques ...].        

ZQ2087                 Chapelles et sanctuaires dédiés à Marie en Ariège (Lieux et pèlerinages) [ HOMS (Arlette).- Castres, 2011, 29 p., ill., biblio., cartes]        

8°101                    Sabar. Histoire de l'église de Sabar... Documents inédits... relatifs à cette église et à tout le haut pays de Foix anciennement connu sous le nom de Sabartès... GARRIGOU (Adolphe) Toulouse, ...].        

8°884                    Souvenirs d'Ussat [ 8° 884 GUITARD (Dr.) -Toulouse, 1865, in-12°, 172 p., ill.]        

8°1178                  Le sanctuaire de Notre-Dame de Sabart près Tarascon (Ariège) - DUPUY (Le P. Louis) - Nouv. éd. revue et augm. Thouars, 1937, in-16, XVI-104 p.]        

8°1577                  Le mémorial historique contenant la narration des troubles et ce qui est arrivé diversement de plus remarquable dans le Païs de Foix et diocèse de Pamiers depuis l'an de grâce 1490 jusque à 1640 -  DELESCAZE (Jean-Jacques)

8°1624/1                Le registre d'inquisition de Jacques Fournier [traduction], t. I. [ 8° 1624/1 DUVERNOY (Jean) - Paris, La Haye, 1978-1979, 3 vol.]        

1 PER 9/1897          Encore Sabart. Une vieille légende. S.C.D.P., 1897, p. 947-950]         

1 PER 16/1884        Excursion dans la vallée haute de l'Ariège - Congrès archéologique de France, LIe session, Pamiers, Foix, St-Girons, 1884, p. 99-110]         

1 PER 9/1897          Le sanctuaire de Notre-Dame de Sabart  - MAURY (Sabas). S.C.D.P., 1897, p. 832-834, 852-853, 879-880]         

1 PER 3/1930           Les vitraux de N.D. de Sabart [Vidal (Georges) - BSA, 1926-1930, p. 215-222, p.h.t]         

1 PER 9 /1885          Les églises anciennes du diocèse de Pamiers [ LAHONDES (Jules de) - S.C.D.P., 1883-1886]   

1 PER 9 /1887          Nos lieux de pèlerinage  - BARBIER (Abbé) - In "La Semaine Catholique du Diocèse de Pamiers", novembre-décembre 1887, janvier 1888]         

8° 56                        Notice sur la chapelle de Sabar  - GARRIGOU (Adolphe), dans Etudes historiques..., Toulouse, 1846, pp. 5-24]         

1 PER 9/1902            Quelques sanctuaires ariégeois. S.C.D.P., 1902, p. 82-84]   

8° 2622                    Quelques sanctuaires ariégeois [Jalbergue (Abbé Robert) - In "1295-1995, 7° centenaire du diocèse de Pamiers". - Pamiers, 1997, pp. 127-137]         

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 16:05

Saint-Paul d'Arnave en 1964A peu de distance du village, mais isolée sur les flancs d’un éperon calcaire, la chapelle Saint-Paul, après une rude montée, au milieu d’un très beau site, constituait naguère un but de pèlerinage fréquenté. Il était en relation avec un corps saint conservé dans un ossuaire et une pierre noire réputée pour guérir le « haut mal » aussi désigné « mal caduc, mal sacré ou mal del sol ».

 

Cette dernière expression désigne encore aujourd’hui, en langue d’Oc, l’épilepsie. Le « sol » désigne à priori la terre. Cela semble logique si l’on constate que les malades au cours de leur crise tombent sur le sol, en proie à des convulsions. D’ailleurs, le fait que saint Paul ait été le patron-guérisseur des épileptiques peut se comprendre par l’épisode biblique (actes des Apôtres,IX,22,26) du Chemin de Damas : Paul a été jeté à terre, nous disent les Ecritures, «en proie à une violente frayeur ». Et Paul ne sera guérit que par son acte de foi. On connaît par ailleurs  l’habitude de l’Eglise d’attribuer des parrainages aux saints en fonction d’épisodes de leur vie. Tout cela penche en faveur de la traduction de « sol » par « terre ». Plus confidentiellement, on disait aussi que cette pierre avait le pouvoir de guérir les femmes frigides. Leurs corps auparavant insensibles découvrait alors des vertus inespérées, après avoir passé une nuit au contact de la pierre.

 

La modeste pierre d’Arnave, rare exemple aussi bien conservé dans les Pyrénées d’un culte mégalithique, nous relie en tout cas au fond des âges. Les hommes primitifs voyaient déjà dans certains minéraux des intermédiaires entre la créature et la divinité. Dès la plus haute antiquité les prêtres accordaient à quelques pierres choisies un pouvoir bénéfique ou maléfique, le pouvoir de guérir. Pline affirmait que le choc des orages donnait aux nuages la dureté du cristal, et que c’est la foudre en les brisant, qui les dispersait dans la nature en morceaux vitrifiés.

 

Toutefois, on trouve mention du pèlerinage à la chapelle Saint-Paul dans un article du B.S.A où G.Doublet parle de la fête qui avait lieu à la chapelle. En 1650, l’évêque de Pamiers, François de Caulet (1645-1680) signalait la dévotion que les fidèles avaient pour Saint-Paul : « … il est question d’une fête qui avait lieu autrefois à St-Paulet, le jour de la Nativité de Notre Dame,  il s’y faisait une grande dévotion où assistaient particulièrement ceux qui étaient atteints du  haut mal (épilepsie). On s’y donnait du San binatge ( les ariégeois y faisaient bénir du vin qui devient sous le nom de san binatge, un remède souverain contre une foule de maladies) ainsi qu’il se pratique à Saint Paul d’Arnave… ». Cf. Justin Cénac-Moncaut.

 

D’autre part, la comparaison avec Arnave est instructive. On n’ignore pas que la vallée de ce village a conservé des traditions qui rappellent le culte des pierres : « …à côté d’une ancienne chapelle, placée sous le vocable de saint Paul, se trouvait un bloc de pierre où venaient se frotter les malades atteints de la lèpre ». Cf. Paul Baby. C’est la seule mention à des lépreux rencontrée dans les sources documentaires, ni les documents du curé Estèbe en 1860, ni les notes de J.Vézian n’y font allusion.

  Abri Pierre noire Arnave 2

Voici ce que nous livre Paul Philip – membre du Syndicat d’Iniative (années 1940) de Tarascon après avoir copié le texte ci-dessous d’après le registre de l’église de Mercus qui assure la célébration du culte dans la commune d’Arnave.

 

« Je soussigné (Estebe), Curé d’Arnave, désirant transmettre à la postérité la connaissance de certains faits qui intéressaient la chapelle ou église de Saint-Paul , j’ai cru devoir laisser à mes successeurs la note suivante.L’église de Saint-Paul, située sur une colline dépendante de la paroisse d’Arnave, attire l’attention des visiteurs par son antiquité. Les hommes d’art en font remonter la construction au temps de Charlemagne, d’après une tradition généralement reçue, elle aurait été desservie par deux ermites, il existe encore attenante à l’église une cellule qui leur servait d’habitation.

 

Tout près de cette église est une petite bâtisse renfermant une pierre enfouie dans la terre et dont la partie supérieure s’élève au-dessus du sol de trois ou quatre pouces. Une croyance fort ancienne fait cette pierre miraculeuse.

 

Une note écrite par le baron de Labaume, propriétaire de la Seigneurie d’Arnave , indique que des reliques sont déposées dans la dite pierre et qu’une bulle perdue lors de la Révolution en constatait l’authenticité.

 

Quoiqu’il en soit, beaucoup de personnes viennent, même de pays fort éloignés, demander sur cette pierre et dans cette église la guérison des maladies épileptiques, ou mal caduc. D’après l’usage reçu, le malade doit passer la nuit couché sur cette pierre et tâcher d’y faire un somme. Il fait également don à la chapelle d’un suaire et autres linges dont a coutume d’envelopper les morts. Il paraît qu’avant la révolution de 1789, il existait un registre où était constatée la guérison de plusieurs épileptiques.

 

Comme l’épilepsie est une maladie qu’on a de la répugnance à avouer, il arrive communément, que les personnes qui en sont atteintes et qui viennent chercher la guérison n’osaient pas toujours dire leur nom. Cela arrive surtout quand ce sont des personnes jeunes. C’est ce qui m’a mis dans l’impossibilité  de tenir une note exacte des guérisons qui paraissent être l’heureux résultat de ce pieux pèlerinage. Cependant des personnes dignes de foi m’ont déclaré savoir d’une manière certaine que plusieurs épileptiques  se sont parfaitement guéris à la suite de leur visite à la chapelle et sans avoir eu recours à aucun remède humain.

 

Parmi les guérisons arrivées depuis 1833 que je dessers la paroisse d’Arnave, deux m’ont particulièrement frappé.

La première est celle d’un homme d’andorre. Il paraissait âgé de trente cinq ans ; il me dit être malade depuis dix ans, les attaques d’épilepsie lui venant régulièrement tous les mois. Je lui indiquai ce qu’il devait faire et l’exhortait à mettre sa confiance en Dieu. Ce qu’il fit. Après quoi, il s’en revint chez lui en Andorre ; deux ans après il revint pour remercier Dieu de la guérison. Il m’assura que depuis le jour ou il était venu, il n’avait plus e d’attaque et qu’il était guéri. Ce fut le bruit de cette guérison qui attira plus tard un jeune homme de vingt deux ans environs, épileptique aussi, de la Province de Lérida en Espagne.

La seconde est celle du nommé Pierre Peyrotau, âgé de douze à treize ans de la paroisse de Vèbre, canton des Cabanes. Ce jeune homme se trouvant guéri à la suite de son pèlerinage revenait tous les ans avec quelques uns des siens en action de grâces. Il a été fidèle à cette pratique de dévotion jusqu’à 1854 où il mourut du choléra.

  Saint-Paul d'Arnave en 1964 autel en bois

Dans le courant de l’année 1821, M. Riba, Curé d’Arnave fit quelques réparations à la chapelle de l’église de St-Paul. L’autel qui était en pierre fut démoli et remplacé par un autel en bois qui existe encore. En démolissant l’autel ancien on trouva, au milieu et sous la pierre sacrée, une caisse en pierre renfermant des ossements humains. Cette caisse fut laissée telle qu’elle était au même endroit sous la pierre sacrée de l’autel nouveau. Sur le couvercle il écrivit ces mots : Inhumé en 711 et réparé en 1821.

Comme il n’est pas d’usage d’inhumer les morts sous la pierre d’autel ou pierre sacrée, il serait permis de supposer que les ossements trouvés dans la dite caisse sont de véritables reliques ; peut-être aussi que la bulle dont le baron  de Labaume fait mention et qui parle des reliques serait pour en constater l’authenticité.

En foi de quoi.    Arnave, le 15 octobre 1860.

ESTEBE, Curé d’Arnave. »

 

Saint-Paul d'Arnave sarcophageNous avons une description de cette « caisse » découverte par l’abbé Riba,  sous la signature de Bruno Tollon en 1962 : « Malgré ses dimensions modestes (70 cm de haut, sur 32 cm de largeur et de profondeur), ce petit sarcophage rappelle par son couvercle à deux rempants l’aspect des sarcophages d’Aquitaine. Par ailleurs, il utilise la même pierre que les colonnes et les tailloirs du chevet. L’inventaire des ossements, en parfait état de conservation, révèle la présence d’un squelette d’homme âgé, et de la mâchoire inférieure d’un autre individu… ».

 

 

En 1887, l’auteur de la semaine Catholique du Diocèse de Pamiers écrit : « …nous quittons avec peine Sabart pour visiter à Arnave l’oratoire de Saint-Paul où pendant longtemps, on est venu des deux côtés des Pyrénées, demander la guérison d’un mal terrible… l’épilepsie. Si les malades y arrivent moins nombreux aujourd’hui, ce n’est point parce que cette infirmité est plus rare, parce que le crédit du saint a diminué, que la faculté est plus habile : c’est parce que cette foi surnaturelle sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu n’est plus aussi vive. ».

 

Cette pierre est signalée dans le B.S.A. 1891-1894 par Paul Baby, dans un article où il  décrit la découverte d’une sépulture de l’âge du bronze lors des travaux de construction du chemin de Tarascon à Arnave : « …constatons que le pays a conservé d’anciennes traditions qui rappellent le culte des pierres. Non loin de là, on voit une ancienne chapelle placée sous le vocable de saint-Paul, aujourd’hui bien abandonnée, et qui était jadis un lieu de pèlerinage. A côté de ce sanctuaire, se trouvait un bloc de pierre où venaient se frotter les malades atteints de la lèpre. Les chrétiens avaient sans doute bâti la chapelle pour transformer un usage établi par le paganisme ; ils préféraient le faire tourner  à leur profit plutôt que de tenter d’inutiles efforts pour le déraciner. ».

 

Ancien lieu de pèlerinage, il est fort possible que cette chapelle ait été bâtie sur un site païen. De même, cet homme qui se signait et baisait la pierre, était l’héritier des cultes païens, dont Joseph Vézian a retrouvé plusieurs traces. Piété et superstition se mêlèrent en ce lieu encore au milieu de 20ème siècle. D’après un habitant d’Arnave, le dernier pèlerinage aurait eu lieu en 1947.

 

En 1951, cette pratique se survivait encore et l’abbé Jean-Marie Piquemal, jeune curé d’Arnave, jugea utile de protéger l’endroit par la construction d’une cabane en donnant l’exemple : « Je montais le ciment, le sable sur les dos. Ensuite, on m’a prêté un âne que je chargeais… ». Mais, paradoxalement, la première restauration du site en 1951 n’a pas favorisé une reprise importante de cette pratique de religion populaire.

 

Sans approfondir ici tous les éléments de réflexion qui ont pu apparaître au cours de nos recherches, que faute de pouvoir supprimer ce culte, il faut bien constater que depuis les années 1950 on assiste à une régression irréversible des vieux cultes populaires qui avaient traversé sans grand dommage la période révolutionnaire.

 

Il ne semble pas que le joyau archéologique constitué par cette chapelle, la plus ancienne de la région, ait été l’objet d’un examen de l’Administration des Beaux-Arts et que des mesures de sauvegarde aient été prévues avant les travaux de l’abbé Piquemal.

 

Joseph. Vézian (1886-1958),  a été le premier à notre connaissance à faire un « état des lieux » et une enquête sur le culte de la pierre d’Arnave.

Dans sa série d’enquêtes sur les « pierres à légende », Joseph VEZIAN, visite le 10 octobre 1934 la chapelle qui était en mauvais état, les bancs arrachés, un cultivateur y avait même déposé sa charrue ! Voici ce qu’il écrit sur son carnet : « …elle est située au S.O du village et à 150 m environ au dessus du village au bord N.E d’un col qui se trouve sur un chaînon de la montagne limitant la vallée d’Arnave au Sud. Au nord de la chapelle le terrain se relève et forme un petit monticule ayant pu servir d’oppidum mais il est impossible de se prononcer sur ce point.

Le chemin d’Arnave à Ussat contourne ce monticule par l’ouest et suit ensuite le col. C’est là, vers le col qu’été trouvé la sépulture. Cette découvert a donné lieu à la légende d’une bataille contre les Sarrasins ou d’autre envahisseurs. A l’Ouest du col le terrain s’abaisse en pente douce ; ce lieu a pu être habité  ou servir de cimetière à des populations habitant le monticule. Un visite rapide ne m’a permis de découvrir aucune poterie sur les pentes du monticule.

J.Vézian FRAD09 21J1 0014 copie3 édifices ont été édifiés à cet endroit :

1°- au sommet du monticule un pilier surmonté d’une niche en plein cintre de la forme suivante approximativement .[…]. Cet édicule est ouvert vers le N.O.

2°- la chapelle proprement dite de style roman.

3°- à un vingtaine de mètres au Sud de l’extrémité du chœur, à peu près dans l’alignement du mur servant de chevet à l’église était un abri maçonné de petites dimensions s’ouvrant à l’ouest sur le vieux chemin et qui a été démoli par la chute d’un gros arbre. C’est dans cet abri qu’était la pierre sacrée. Avec l’aide d’un berger j’ai mis a jour cette pierre qui était cachée sous les décombres. La pierre est plantée dans le sol dans l’angle N.O de l’abri à 35 cm de la paroi ouest et 50 cm de l’ouverture de la porte chambranle compris. Elle ne dépasse le sol semble t-il que de 12 à 15 cm. Elle mesure environs 0.25 du nord au sud et 0.30 de l’est à l’ouest. La surface est relativement plate, s’abaissant peu à peu vers l’ouest. Au nord et à l’est la paroi latérale est à peu près verticale. Il semble que ce soit un bloc de roche granitique apporté sans doute du fond de la vallée.

 

Il paraît qu’on y voit  un tache rouge expliquée par la légende : je n’ai pas su bien la distinguer ; cela tient peut être à ce que la pierre n’était pas suffisamment nettoyée des débris de terre et des décombres dans laquelle elle était complètement cachée.

 

Obtenu les renseignements de diverses sources. 3 femmes interrogées au village connaissaient toutes l ‘existence de la pierre, savaient que des malades y allaient autrefois.

Mr. le curé d’Arnave dit que les malades atteints d’épilepsie allaient y demander leur guérison. Ils arrivaient le soir et passaient la nuit avec la tête reposant sur la pierre. Cela explique la situation de la pierre à fleur de terre et l’abri dans lequel se mettaient les malades. Enfin le neveu de Dolorès Pubill qui a vécu quelques années à Arnave, m’a dit qu’on voyait la nuit des lumières errer autour de la chapelle, c’était sans doute les cierges que les malades allumaient pour passer la nuit.

 

Les registres de la paroisse conservent le souvenir de la guérison d’un Espagnol d’une famille importante qui revint en pèlerinage d’actions de grâces à la chapelle.

La chapelle étant sous le vocable de Saint-Paul, on s’y rendait en pèlerinage 2 fois par an, pour la fête de St-pierre et St-Paul le 29 juin (d’après un autre renseignement c’était le lendemain de la fête) et le pour la conversion de St-Paul, le 25 janvier.

 

Un berger trouvé sur les lieux et âgé d’une quarantaine d’années, disait que quand il apprenait son catéchisme  et qu’il passait là il s’arrêtait pour faire une prière et baiser la pierre.

Une femme qui était avec lui et qui peut avoir 65 à 70 ans, m’a confirmé qu’on y venait demander la guérison du « mal del sol ». Elle m’a raconté la légende suivante : une personne par moquerie a dit un jour « les gens embrassent cette pierre ; le l’embrasserai d’une autre façon ». Et elle y a posé le derrière dessus. Quand elle a été là, elle n’a pu se détacher de la pierre ; il a fallu réciter beaucoup de prières pour la délivrer et quand elle a pu se lever on a vu sur la pierre une tache rouge qui s’y voit encore. ».

 

Abri Pierre noire Arnave 1Aussi, d’après le compte-rendu du 7 mai 1946, effectué par le Syndicat d’Initiative de Tarascon, il ressort : « … que la chapelle de St-Paul d’Arnave, située à 5 km de Tarascon et à 30 minutes de marche du village d’Arnave, paraît remonter au X° ou au XI° siècle et qu’elle est du plus pur style roman. Elle a subi quelques restaurations d’origine plus récente. […] Les abords de la chapelle et la chapelle elle-même sont la proie des ronces, des effondrements de bâtiments annexes ayant servi d’habitat aux ermites qui desservaient la chapelle. La porte dont le linteau en plein cintre est constitué d’un marbre rouge travaillé, est toujours ouverte et le bétail même pénètre dans le local profané par des touristes irrespectueux. Les plâtres, dont on avait cru devoir revêtir les maçonneries intérieures, se délitent sous l’effet des gouttières et tombent parmi les détritus divers.

 

La toiture d’ardoises, encore bonne sur le versant Sud, est complètement effondrée sur le versant Nord, les ardoise sont tombées sur la voûte et les arbres poussent sur la poutre faîtière. Toutes ces dégradations encore peu graves, produisent le plus lamentable effet sur le visiteur isolé dans ce lieu abandonné.

 

La chapelle a eu une grande célébrité. On y venait en pèlerinage d’Espagne et d’Andorre pour la St-Paul et au lundi de la Pentecôte, et les épileptiques y cherchaient la guérison par le contact d’une pierre, dit miraculeuse, située dans un petit bâtiment proche de la chapelle et actuellement entièrement détruit. Après une journée de prières et d’offices, le malade passait la nuit, couché dans la cabane, la tête reposant sur la pierre. Les archives de la Cure de Mercus relatent les circonstances de malades qui ont obtenu la guérison de l’épilepsie après un pèlerinage à St-Paul d’Arnave et une nuit passée sur la pierre.

 

Le dégagement du petit bâtiment et le débroussaillage des décombres ont été entrepris par le S.I. de Tarascon et la pierre miraculeuse a été retrouvée. Selon les dires des anciens du pays, il s’agissait d’une pierre noire, pour d’autres, il s’agissait d’une pierre blanche. Or, la chapelle est construite à flanc de coteau d’un massif calcaire tendre où ne figure aucune autre nature de roche. Il pouvait donc s’agir d’une roche transportée ou d’un airolithe (aérolithe)

  Pierre noire Arnave 1

En réalité, nous avons trouvé une roche sphérique en grain granitoïde de teinte grise provenant du sommet de la montagne granitique primitive située entre Bompas et Tarascon. Il s’agit donc d’une pierre longuement éboulée. Elle était enfouie à mi-sphère dans le sol de la cabane, le sol ayant conservé une partie de carrelage en briques rouges [...]

 

On peut s’étonner de trouver un simple gneiss granitoïde (gris) alors que d’après la tradition la pierre miraculeuse était noire. A t’elle était enterrée ailleurs ou volée ?

Nos ancêtres pensaient que les météorites, ces pierres noires tombées du ciel, étaient habitées par un dieu protecteur et guérisseur. Il existerait (à vérifier) une prétendue météorite dans le dépôt de fouille (dit musée) situé au-dessus de la porte d’Espagne à Tarascon. La pierre noire miraculeuse à t-elle voyagée jusqu’à Tarascon ? Mais, s’il semble que ce ne soit pas la pierre décrite par ceux qui ,jadis, vinrent chercher une quelconque guérison de leur mal.

 

[...] Après avoir écouté ce compte-rendu avec un vif intérêt, le Comité de Direction du S.I. de Tarascon a été unanime à souhaiter la restauration d’un site si pittoresque et si réputé, et d’une chapelle d’un style si parfait, il a, en conséquence émis le vœu :

 

1°- que l’Administration des Beaux-Arts veuille bien entreprendre l’enquête en vue du classement comme monument historique de la chapelle de St-Paul d’Arnave, commune d’Arnave, si elle ne l’est déjà.

2°- que cette Administration fasse immédiatement exécuter les travaux de réparation d’une partie de la toiture pour sauver le bâtiment de la ruine.

3°- que cette Administration veuille confier au S.I. de Tarascon, par l’ouverture d’un crédit de 1.000 frs, le soin de nettoyer l’intérieur de la chapelle, l’extérieur du bâtiment par enlèvement des ronces et plâtras et celui de fermer la chapelle par l’achat d’une serrure dont la clé sera déposée à la mairie d’Arnave.

4°- que le bâtiment de 1m.60 x 0 ;90 qui contenait la pierre dite miraculeuse, soit rétabli dans sa situation ancienne.

 

Le Secrétaire Général

Combes .. »

 

D’après Paul Philip, dans une lettre sans date : « La chapelle de Saint-Paul est une petite église romane très ancienne et surmontée d’un délicieux clocheton à quatre petits piliers de pierre. Malheureusement elle a été restaurée et entièrement plâtrée à l’intérieur ce qui a eu pour effet de masquer entièrement l’harmonieux appareil de pierres de grès de celles. Le brave curé Riba avait commencé en supprimant l’autel de pierre et l’autel de bois, maintenant vermoulu et lamentable d’aspect existe toujours.

 

N’étant plus desservie depuis plus de 30 ans, la chapelle se délabre de jour en jour et n’étant même pas fermée sert d’étable aux bêtes des pacages. Les marbres brisés jonchent le sol sur les sépultures souillées.

 

Les cellules ayant servi aux ermites sont effondrées mais leurs murs se découvrent sous les ronces. Il semble qu’il y ait eu deux cellules, une de part et d’autre de la porte d’entrée dans la nef.

 

Quelques rares habitants du village conservent le souvenir des pèlerinages célèbres qui se rendaient à la chapelle de saint-paul. Notamment pour le 29 juin date de la fête de ce Saint. En outre les morts de la commune étaient hissés en haut de la montagne pour que le service fut célébré dans cette chapelle dont la réputation était de secourir les défunts.

 

Après de longues recherches on a découvert récemment la masure (voir S.I 1946 !), qui abritait la pierre miraculeuse. Il s’agit d’une minuscule maisonnette, actuellement complètement effondrée, bâtie en pierre d’une seule pièce de la longueur d’un homme couché. Sous les décombres et sous les ronces, on a retrouvé le sol carrelé de petites briques rouges. A l’extrémité Nord de ce sol carrelé, la pierre dite miraculeuse existe toujours. Elle est constituée par un bloc de gneiss granitoïde roulé en forme presque sphérique d’un diamètre d’à peu près 30 cm. Seule la moitié de la sphère est hors sol. La nature de la pierre même, assez vitreuse, ne paraît pas devoir confirmer l’existence de reliques à l’intérieur. La pierre provient vraisemblablement des sommets granitiques qui dominent la montagne calcaire d’Arnave et paraît avoir été choisie parmi les blocs roulés d’anciennes moraines.

  Pierre noire Arnave 2

L’ensemble chapelle et masure mérite d’être entretenu et conservé et bien que les croyants n’aillent plus en pèlerinage  chercher la guérison  la chapelle de Saint-Paul, à Arnave le caractère archéologique de la chapelle et les souvenirs qui s’y attachent justifient amplement que le service des Beaux-arts s’emploie à la sauver de la destruction qui la guette.».

 

Aujourd’hui, la vénérable chapelle Saint-Paul a retrouvé son image d'antan, celle d'un monument religieux accueillant et ouvert. Ami randonneur, au départ de Tarascon par le col de Bazech, n’oublie pas de faire halte à la petite chapelle. Là, l’austère oreiller de pierre t-attend dans le cadre serein de ce lieu toujours aussi mystique.

 

 

Pour conclure, en ma connaissance, la seule trace d’une procession entreprise par les habitants de Tarascon dans la vallée d’Arnave se trouve dans un registre paroissial (AD09_135EDTGG1) de la paroisse St-Michel de Tarascon.

Saint Jacques était le patron de l’église de Cazenave. Sa fête étant toute proche, l’évêque, Jean de Sponde, désigna cette église comme station de la procession que les Tarasconnais  voulaient entreprendre par esprit de pénitence afin de faire cesser l ‘épizootie qui décimait le bétail : «Le 25° jour juillet 1637, nous avons fait une procession solemnelle de cette ville à Cazeneufve pour neccessitez des maladies et mortalitez des bestes. Je fus assisté de M. Roget, mon vicquaire et Mr Monicot Jehan, vicquaire d’Ussat et d’une grande quantité de personnes qui y vindrent par dévotion à cause de la nécessité de ce mal. A. C. Le Tourneur, rect.de Tarascon». [En marge] :  «Nous fusmes à Cazeneufve par l’ordre de Mgr l’evesque de Megare, coadjuteur de Pamiers, à cause que saint Jacques est le patron de ce lieu ».

 

Robert-Félix VICENTE

 

 

Dans le courant de l’année 1821, M. Riba, Curé d’Arnave fit quelques réparations à la chapelle de l’église de St-Paul

 

Le 10 octobre 1934, la pierre est re-découverte dans l’abri en ruine par Joseph Vézian.

 

le 7 mai 1946, la pierre est re-découverte dans les décombres de l’abri par les membres du S.I. de Tarascon. Le S.I. propose le classement du site.

 

Enfin d’après un habitant d’Arnave, le dernier pèlerinage aurait eu lieu en 1947. En 1951, l’abbé Jean-Marie Piquemal fait restaurer le cabanon de la pierre.

 

Le classement de cette église parmi les Monuments Historiques a été demandé le 7 mars 1964 par le Conseil Municipal de la commune d’Arnave,

Le 14 avril 1964, la commune délibère l’achat de la chapelle qui était propriété privée. Le 27 avril 1964, Marthe Clarac qui habite Foix cède à la commune la dite chapelle pour la somme de 1000 francs.

 

Le 5 avril 1965, l’Architecte des Bâtiment de France, Bernard Galley, donne un avis très favorable à une demande de protection du site. La chapelle est classé M.H. le 29/11/1965.

 

Le 10 juillet 1975, le Président du Syndicat d’Initiative de Tarascon écrit au Préfet pour constater des dégradations matérielles et humaines faites à la chapelle et au petit abri face à l’entrée de la chapelle : « le feu à marqué les chevrons et il manque des tuiles ».

 

Au printemps 1983, la chapelle et l’abri de la pierre sont de nouveau restaurés et nettoyés par l’équipe municipale d’Arnave.

 

Après une nouvelle opération de restauration, Le dimanche 18 juillet 1999, les Ariégeois et les habitants du village, se retrouvent sur les hauteurs d'Arnave pour saluer le renouveau de cet édifice longtemps laissée à l'abandon.

A 11 heures, Jean-Marie Piquemal, curé de la paroisse de Sainte-Croix-Volvestre, et ancien prêtre d'Arnave célébra un office religieux.

 

 

Sources bibliographiques :

 

La chapelle ermitage de Saint-Paul d'Arnave -  [PHILIP(Paul) - 3 p. dact., s.l. n.d.].    AD09_ZQ184

Eglises Romanes en Ariège / Boulhaut (Josette.) : exposition Archives Départementales de l'Ariège - janvier-mars 1989].         AD09_ZQ1174

Pyrénées romanes - [ALLEGRE (Victor) - DURLIAT (Marcel) 1969, in-8°, 374 p., pl. cartes. Coll. Zodiaque. La Nuit des temps, 30.]        AD09_ 8°1472

Nos lieux de pèlerinage Semaine Catholique du Diocèse de Pamiers.             AD09_ 1PER9 /1887.

Voyage archéologique et historique dans le Roussillon, le comté de Foix la Catalogne à Narbonne, Carcassonne et Toulouse [ CENAC-MONCAUT (Justin) - Paris : Didron, ...].        AD09_ 8°37    1856

Découverte d’une sépulture de l’âge du bronze à Arnave -[M. Baby In Bulletin de la Société Ariégeoise des Sciences des Lettres et des Arts, 4° vol. 1891-1894, p.246].  AD09_1PER3 /4

François de Caulet et la vie Ecclésiastique dans un Diocèse Ariégeois sous Louis XIV - [G. Doublet – Bulletin de la Société Ariégeoise des Sciences des Lettres et des Arts , 5°vol.1895-1896, p.244]. AD09_1PER3 /5

Dictionnaire des églises de France - [Pyrénées Gascogne  -  sud-ouest, 1966, 176 p., ill.].        AD09_4 ° 198 /3     

Saint-Paul d'Arnave - [TOLLON (Bruno) Saint-Paul d'Arnave. - Dans St-Gaudens et le Comminges, Actes du 18e congrès de la fédération des sociétés académiques et savantes Languedoc-Pyrénées-Gascogne, St-Gaudens, ...].    AD09_ 1 PER 26  /1962

Sur la route des Corniches, la chapelle Saint-Paul d’Arnave - [ BOURDIE (Claude) - In "L'Ariégeois magazine", n°128, déc. 1996, pp 8-10, ill..]      AD09_1PER405 /1996       

Sanctuaires de la Soulane d’Ariège [ CAUSSE (Jean-Louis) - In "L'Ariégeois magazine", n°150, oct-nov. 2002, pp 14-21, ill..]      AD09_1PER405 /2002   

 

La pierre guérisseuse d'Arnave, en Ariège. Sur les pas de Joseph Vézian [ MARLIAVE (Olivier de).... - In "Pyrénées", n°137, 1° trimestre 1984, pp. 43-48, ill. ].  AD09_1 PER 234/ 1984

 

Un monument sorti de l'oubli, la Chapelle Saint-Paul d'Arnave- [DEDIEU (Raymond). Dépêche du Midi du 14/07/1999]. 

 

Contes et légendes d'Ariège [ ROBERT (Olivier de) 4 ° 1005Contes et légendes d'Ariège .- Romagnat : Editions de Borée, octobre 2006, 473 p., ill.]         AD09_8°4038

Sources archives :

Donation de l'ermitage St-Paul (1859).    AD09_ 180EDT/M5

Carnets de Joseph Vézian. AD09_21J1

Réfection de la chapelle Saint-Paul d'Arnave.            (1946). AD09_194W63


Arnave : restauration de la chapelle. AD09_175W5  1959-1984

 

Arnave : acquisition de la chapelle Saint Paul : plan (1964) ,  AD09_301W26

Chapelle Saint Paul d'Arnave : acquisition par la commune (1964).   AD09_ 342W48

 

Inscriptions à l'inventaire supplémentaire, classements : Chapelle Saint-Paul d'Arnave (1963-1966). AD09_279W13 

Inventaires de monuments et sites classés : préparation du pré-inventaire des monuments et richesses artistiques de la France (1967-1968).               AD09_279W12 

Lettre du Président du S.I. de Tarascon au Préfet de l’Ariège du 10 juillet 1975.        AD09_ 175W5

Arnave - Chapelle : plans, coupes, cadastre (4 planches).        AD09_ 270W2  1976-1996

Arnave : église Saint-Paul - relevé de l'église, vue en plan (éch. 1/100ème), élévation (éch. 1/50ème), coupe transversale (éch. 1/50ème), élévation clocher (1/25ème), détails du choeur.1 tirage.         AD09_276W2 25/01/1977

Arnave : ordures, menagéres, mariage du maire, conseil municipal, chapelle, lotissement, centrale électrique (1977-1987).               AD09_225W5

« Arnave au XIXéme siècle », Prouchet A..     AD09_1PER3 / 1979

 

Ordonnance de visite de l’église du 26 juillet 1671.    AD09_G 227, n°4

 

Comptes de la fabrique de la paroisse d’Arnave (1563-1568).   AD09_ G 227, n°2

 

Ordonnance de visite d’Arnave (26 juillet 1671).             AD09_G 227 (4)

 

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 15:09

Sabart-.jpgTexte intégral d'un procès verbal d’une guérison miraculeuse

 

Opérée le 14 septembre 1818, à la Chapelle de Notre-Dame de Sabart, située sur la paroisse de Tarascon.

 

Source du document : Archives de l'Ariège : AD09 - ZO 10/19

 

" ... Ce jourd’hui, quatorzième de septembre de l’an mil huit dix-huit, jour de l’exaltation de la Sainte- Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, le sixième jour de l’octave de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, je soussigné Jean-Jacques-Thomas Garrigou, prêtre desservant la succursale de la paroisse Sainte-Quitterie, de Tarascon, Département de l’Ariège, ai été averti par la rumeur publique et la surprise générale répandue en cette ville, qu’une jeune demoiselle malade, arrivée depuis peu de jours aux bains d’Ussat, ayant assisté ce jourd’hui même au saint Sacrifice de la Messe, célébrée à son intention dans la chapelle de Sabart, sise dans ma paroisse, vient de se trouver subitement guérie de plusieurs maux qui l’affligeaient, et se voyant éclopée et percluse des ses cuisses et de ses jambes, a repris tout à coup l’usage du marcher.

On m’a informé que des personnes respectables et religieuses, qui avaient vu l’état habituellement souffrant et presque désespéré de cette même enfant, s’accordent à rapporter cette guérison à la protection miraculeuse de la Vierge, particulièrement honorée dans cette antique chapelle, objet depuis plusieurs siècles de la vénération des fidèles de toute cette contrée qui accourent en foule, à la solennité de septembre, pour y gagner l’indulgence.

 

A cette nouvelle je me suis mis en garde contre les bruits populaires, et d’abord défié de leur exagération ; bientôt les voyant, de moment en moment, prendre de la consistance, convaincu que tout est possible à Dieu, et plein de confiance dans la protection de sa Sainte Mère, j’ai regardé comme un devoir que m’imposait la plus grande gloire de Dieu et un zèle circonspect de ne pas abandonner cet événement au hasard des versions qu’en peuvent en faire une crédulité superstitieuse ou une mécréance également répréhensible. J’ai donc laissé les rapports se fixer et différé de quelques jours toute enquête, autant pour l’honneur de la religion et la consolante édification des fidèles, que pour ne pas donner prise à cet esprit frondeur et si regrettable du siècle, qui ne voit qu’erreur superstitieuse dans de semblables événements, substitue une opiniâtre mécréance à la sagesse d’un doute respectueux, et finit ordinairement par s’inscrire en faux contre les faits de cette nature, même les plus avérés et les plus irréfragables.

 

Je me suis donc imposé la loi de ne recueillir que des circonstances graves, précises et concluantes, appuyées sur des témoignages dignes de foi. Je me suis attaché à concilier tous les rapports, et j’ai renvoyé au vingt-deux du courant à fixer les faits, priant jusque-là le seigneur de seconder de ses divines lumières tout ce que mon zèle peut entreprendre pour sa gloire. Je l’ai surtout conjuré de m’aider à discerner ce qui peut tenir à l’illusion ou à une préoccupation superstitieuse d’avec ce qu’il lui plait de faire connaître de vrai, d’exact et de positif touchant la guérison inespérée dont s’agit.

 

Advenu le dit jour vingt-deux septembre, heure de quatre de l’après-midi, se sont, à l’effet de l’enquête dont s’agit, et à mon invitation, assemblés dans mon domicile, à Tarascon, MM. Amilhat, prêtre et curé du canton ; Jacques-Innocent Faure, prêtre et ci-devant curé de St-Jean de Verges ; Gabriel-Raymond Estebe, docteur en droit, notaire et maire de Tarascon, et Jean-Joseph-Michel Garrigou, avocat et juge de paix du même canton. J’avais aussi fait prier les Demoiselle chargées de l’enfant de vouloir bien se trouver chez moi, et elles se sont en effet rendues à mon invitation, emmenant avec elles la jeune enfant dont s’agit.

 

Toutes ces personnes se trouvant ainsi réunies dans mon domicile, j’ai d’abord prié la jeune demoiselle et ses compagnes de nous apprendre leurs noms et prénoms, et toutes les circonstances de l’événement arrivé le quatorze du courant. Ces trois demoiselles, répondant alternativement à mes questions ou à celles que leur ont adressées successivement les Messieurs rassemblés et susnommés, nous ont fait le récit ci-après :

 

La très jeune demoiselle, de la guérison de qui il s’agit, se nomme Marie-Rose-Aglaé Mauras, âgée de dix ans et demi ; sa sœur, ayant nom Antoinette-Françoise, est âgée de dis-sept ans. L’une et l’autre sont filles de M. Michel Mauras, notaire à Toulouse, rue Nazareth, et de Dame Marie-Bernarde Ledoux, son épouse. La troisième  d’entre ces demoiselles se nomme Marguerite Roubineau, âgée d’environs 40 ans, habitante de Toulouse, et a été chargée, comme voisine et bonne amie de la famille Mauras aux bains d’Ussat, où elles sont toutes trois arrivées dans les premiers jours du courant.

 

La première de ces Demoiselles (selon qu’elles nous l’ont  unanimement déclaré) avait eu, il y a plus de deux mois, la maladie connue sous le nom de Croup. Un de ses jeunes frères, âgé de deux ans et demi en était mort. Sa sœur Aglaé, échappée à cette maladie, restait depuis deux mois percluse de ses cuisses et de ses jambes, avec des battements de cœur habituels, des tiraillements dans les nerfs, et un hoquet convulsif qui la prenait à chaque digestion et la rendait un objet de pitié et de souffrance pour ses parents et même pour les étrangers qui la voyait en cet état. Le mal avait résisté à l’usage des frictions, à plus de soixante bains pris à Toulouse, treize bains pris en dernier lieu à Ussat, enfin à tous les moyens curatifs de la médecine. M. le docteur Cabiran, de Toulouse, la soignait ; trois autres médecins, conjointement avec ce même M. Cabiran, l’avaient consultée. Un habile médecin de Montpellier avait indiqué un traitement à M. Mauras, son père ; rien n’opérait ; les parents désespéraient désormais de sa guérison. On l’envoie aux bains d’Ussat, accompagnée de sa sœur et sous la conduite de la Demoiselle Roubineau. Arrivée à Ussat et présentée à M. le médecin inspecteur, des témoins dignes de foi rapportent que ce même médecin s’était récrié sur ce qu’on envoyait aux bains des personnes incurables ; qu’il avait dit qu’il ne fallait que des frictions à cet enfant, qui s’en retournerait probablement à Toulouse comme elle était venue. Treize bains successifs n’avaient procuré à cet enfant aucun soulagement ; même hoquet, même battement de cœur, même tiraillement dans les nerfs, et privation absolue de tout mouvement dans les cuisses et dans les jambes, sans qu’on eut aperçu la plus légère modification à ses souffrances.

 

Désolée de cette opiniâtreté du mal, la sœur aînée et la demoiselle Roubineau s’avisent, le 14 du courant, de la faire porter à la vénérable chapelle de Sabart, et s’y rendant avec elle, y font célébrer le Saint Sacrifice à son intention. La malade était sur une chaise en face l’autel. A l’élévation de la sainte hostie (c’est l’enfant elle-même qui parle, et c’est avec toute l’ingénuité de son âge), il lui semble entendre à sa droite une voix qui lui dit par deux fois : Mets-toi à genoux ! Elle se sent effrayée de cette voix, elle s’afflige de ne pouvoir obéir, et éprouve, en cet instant, une sorte de craquement à ses reins ; sa sœur déclare qu’elle a beaucoup toussée dans ce moment. Le prêtre qui avait dit la Sainte Messe, raconte à son tour (et c’est un homme que toute la contrée tient pour incapable de faiblesse, de superstition et de déguisement), qu’il s’est senti pressé d’aller lui-même à l’enfant, de le prendre par la main et de l’engager à marcher ; mais qu’un retour instantané sur lui-même l’a retenu par la crainte de tenter Dieu et de céder à une vaine illusion. A l’issue de la messe, on transfère l’enfant devant un oratoire où se trouve une petite statue de la Sainte Vierge, que la foi et la piété immémorable des fidèles se sont attachées à décorer de guirlandes, de couronnes et d’ex-voto. La malade s’y essaie par deux fois à réciter le Salve. Elle croit en ce moment entendre une voix comme d’une personne qui l’aurait grondée ; et cédant à l’excès de sa sensibilité, elle se prend à pleurer sans pouvoir continuer sa prière. On la porte à Tarascon, où on lui fait prendre quelque nourriture. Dès lors commence à disparaître pour la première fois le hoquet convulsif qui la faisait souffrir horriblement à chaque digestion depuis sa maladie, et dont la veille et ce même jour avant de partir d’Ussat, elle avait ressenti les atteintes qu’elle n’a plus éprouvé depuis. Retournant à Ussat, et repassant devant cette même chapelle, l’enfant se pâme à quelque distance ; elle est sans pouls, on craint pour savie ; on la réconforte, et elle reprend ses esprits. Après dîner, plus de hoquet convulsif. L’enfant était sur une chaise comme de coutume ; on la voit, avec un étonnement mêlé de crainte, agiter ses jambes, cherchant à s’en appuyer. On va à elle, on lui demande ce qu’elle éprouve ; elle demande à marcher, prend un bâton pour s’en appuyer ; elle se relève, fait quelques pas dans la chambre, soutenue par la demoiselle Roubineau, jette son bâton, entre dans le corridor, s’y promène d’abord soutenue : au second tour elle prie qu’on la laisse en liberté, se sentant la force d ‘aller seule. Enfin la voilà marchant de son propre et libre mouvement et sans être soutenue de personne. Après s’être ainsi promenée dans le corridor, elle descend au rez de chaussée, et y marche en présence d’une foule de personnes qui, la veille, l’avaient vue percluse et cul-de-jatte, et se récrient sur cette guérison surprenante et inespérée.

 

Tel est le fait qui nous a été raconté par la jeune Aglaé Mauras elle-même, et attesté dans le détail minutieux de toutes ces circonstances, par les Demoiselle sa sœur  et Roubineau, témoins oculaire, et qui peut l’être par une foule d’autres personnes respectables, lesquelles ont pu se convaincre que l’état de la Demoiselle n’a offert depuis son arrivée à Ussat, ni crises ni amendement progressif, non plus que la moindre modification ; en sorte qu’une guérison aussi prompte et aussi subite qu’inopinée, ne paraît pouvoir être attribuée aux moyens naturels, non plus qu’à l’usage des bains, dont la vertu et l’efficacité sont d’ailleurs généralement reconnues et attestées de toute la contrée.

 

Je laisse au surplus à Dieu le soin de tirer de cet événement tout ce qui peut en résulter pour sa gloire et l’honneur de notre Sainte religion, et me borne à adorer ses impénétrables décrets.

 

En foi de tout ce dessus, le présent à été signé des Demoiselle Mauras aînée et Roubineau ; des Messieurs susnommés, et de moi-même. La Demoiselle Aglaé Mauras a déclarée ne savoir.

 

AMILHAT, curé. FAURE, prêtre. GARRIGOU, curé desservant. MAURAS, père. Antoinette MAURAS. Margueritte ROUBINEAU. ESTEBE, Maire. GARRIGOU, Juge. ..."

 

 

 

 

 

 

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