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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 20:30

La chevauché du bon roi Henri  

équestre par Mauzaisse jean-Baptiste (1784-1844) crédit pC’est donc, en dépit des permanents soucis de la guerre civile et religieuse, qu’Henri de Navarre, séjournant dans son comté de Foix,  décide de découvrir " l’antre de Tarascon " !

 

Mais, cette chevauchée, est loin d’être une péripétie, lorsqu’on connaît la nature vagabonde du personnage , le futur Henri IV connaissait bien son royaume et comté de Foix pour l’avoir sillonné à des moments différents. Il suffit pour s’en convaincre de consulter son itinéraire de 1577 à 1589, dressé par Berger de Xivrey et complété plus tard par Jean-Claude Guignet. Durant ces treize années, Henry visite près de 183 cités dans le sud-ouest de la France.


D'après Jean-Pierre Babelon : «…
Aucun roi n’a parcouru comme lui le pays en tous sens, dans la paix ou dans la guerre, l’enfance ou la maturité. Il a des souvenirs partout. Il a chevauché sur les routes défoncées, passé les ponts effondrés, il s’est embarqué sur toutes les rivières».


Certes, Henry de Navarre, adore la chasse, et même, il lui arrive de poursuivre l’ours dans les montagnes de l’Ariège ; «
 la chasse explique en partie ces déplacements rapides, comme syncopés. Henry aime également la nature, la campagne ; la réputation que la chronique lui a faite semble sur ce point au moins exacte et les constantes et gratuites (sinon pour le plaisir) balades du roi de Navarre confirment ce goût de l’extérieur...». (Jeanne Garrisson)

 

Henri, roi de Navarre vers 1575, musée national de Pau copHenri, roi de Navarre.

Ecole française, anonyme, vers 1575

Musée national du château de Pau

 

En 1578, lors de sa visite de « l’antre de Tarascon » le roi est âgé de 25 ans.

 

 

 Le document de la réalité historique !

Henry-lombrives-2-.jpgC’est au cours d’un dépouillement exhaustif des sources documentaires sur l’histoire de Tarascon que, par hasard il y a déjà huit ans, je découvre un petit cahier non relié et incomplet (Archives de l’Ariège - E 93) du trésorier des consuls de Tarascon pour l’année 1578-1579.

Au demeurant, aucun chercheur n’avait à ce jour évoqué ce précieux document dont on découvre la copie (noir & blanc) ci-dessous.

Les comptes consulaires de Tarascon pour l’année 1578-1579 attestent en tout cas de son passage : la ville paya les torches pour éclairer sa visite, la poudre pour les salves d’artillerie, la réparation du canon, la collation avec différents vins…

 

 

                                                                                                                             
Henry lombrives 1
Item plus avons fourni à Gayur le forgeron pour réparer une pièce d’artillerie pour la venue de notre prince quand il vînt à la grotte de Lombrives la somme de (…)

 

 

 

 

Item plus avons fourni six jeux de cartes pour faire présent au prince dans la maison de monsieur de Miglos pour la somme (…)

 

 

 

 

 

En janvier 1299, trois hommes, Pierre Izarn, Pierre Ruppe et Jean Serène sont arrêtés par les consuls de Tarascon. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’ils fabriquaient, près du porche d’entrée de Lombrives, de la fausse monnaie. Le vieux document, qui relate l’action des trois faussaires, cite la grotte sous le non connu de « Lombriga ». On retrouve cette même appellation en 1578 !

                    ( cart. Boulb. p.144 ; Tour Ronde  VIII, 11 et  HGL, To X n° 103, coll. 362 et sq)

 

Même, s’il est curieux de constater que celui-ci se rendit dans la grotte accompagné de son escorte et d’une importante foule (consuls, notables, et même des enfants.), telle une procession, la venue du prince à Tarascon était à l’évidence programmée. En effet, l’on découvre dans l’état des frais des consuls, la réparation d’une pièce d’artillerie afin de tirer les salves d’honneur à son arrivée dans la ville.

Quelques semaines avant les consuls font réparer le pont d’Alat, ce même pont qui permet de remonter rive gauche la rivière et aller au pied de la grotte. Simple coïncidence, réparation récurrente ou bien les consuls connaissent-ils déjà le projet du roi de Navarre ?

 

les-murailles-et-le-chateau-Lamothe-.jpgQuoiqu’il en soit, après les salves d’honneur annonçant l’entrée du roi dans la ville par la porte de Foix, celui-ci est accueilli non pas au château comtal mais au château lamothe, appartenant à monsieur de Miglos. 

Ce même château que les consuls achèteront le 7 avril 1601 à Charles de Miglos et dame Elisabeth Dugout, sa femme, pour 2000 livres, y compris le jardin dit de Madone joignant la place du Mazel-Vieil.

Rappelons au passage que le château, dit comtal, fut l’enjeu majeur dans la prise acharnée de Tarascon par les différents partis belligérants pendant la longue guerre civile. En 1578, il est toujours en état et même occupé par un châtelain catholique du nom de Corbayrand Duthil. Mais, certainement, la maison de monsieur de Miglos se devait d’être plus accueillante à tous les niveaux !

 

Pendant la réception les consuls remettront au prince, en gage de bienvenue, un curieux présent : six jeux de cartes à jouer ! S’ensuivra, ensuite,  dans l’enceinte du château Lamothe, non pas un festin, mais une collation avec du pain, du vin rouge, du vin claret et du vin blanc, ainsi qu’une épaule de mouton avec les épices pour l’accompagner, pour la somme de 2 écus 7 sous 2 deniers.

Vient, ensuite,  le moment de quitter Tarascon, par la porte d’Espagne situé au sud, et se diriger vers la grotte. Mais, auparavant les consuls vont fournir pour 16 livres de cire « obrada » travaillée en forme de gros cierges, qu’ils prendront dans l’église de notre Dame de la Daurade, pour servir d’éclairage au prince dans la grotte.

 

Après, plus rien !  Et bien entendu personne pour transcrire l’épopée souterraine. Les sources du trésorier tarasconnais ne font point défaut, puisqu’elles couvrent une large période sans aucune interruption. Il faut admettre que ce sont là, après le départ du prince vers la grotte, les seuls frais liés à son passage à Tarascon. En dépit d’autres sources, l’on peut dire qu’après sa visite à Lombrives le roi de Navarre s’en retourna à Foix (ou ailleurs) sans refaire étape dans la capitale du haut Sabartès.

 

Cette visite reste une énigme et la caverne de Lombrives n’a pas encore livré tous ses secrets !

 


Je tiens à remercier particulièrement Claudine Pailhes (Directrice des Archives Départementales de l'Ariège), qui m’a accompagnée dans les recherches, traductions et interrogations, afin de faire  aboutir cet article.

Je désire également associer Elisabeth et René Bodin pour l’autorisation gracieuse de prises de vues dans la grotte de Lombrives.


Robert-Félix VICENTE

 

 

Découvrir l’histoire de France en visitant La grotte de Lombrives,  La plus vaste grotte d’Europe selon le livre des Records Guinness.

 Entrez dans un monde fascinant décrit comme la 5ème merveille du monde par le célèbre voyageur Jacques Baurès.

Plongez dans un monde sauvage d’une nature étrange (le mammouth, la sorcière, la tombe de Pyrène, l’Empire de Satan…) en toute sécurité. Température dans la grotte : 13º toute l’année.

Prenez des bonnes chaussures.

Les visites durent 1h30, 3h ou 5h selon le circuit. Visites chaque jour toutes les 15 min. de juillet à août de 10:00 à 19:00.

Visites personnalisées sur demande.

Une nouvelle visite « la découverte médiane » vient d’être ouverte au public…dans ce nouveau parcours appelé Henri IV, en hommage à l’un des célèbres visiteur de Lombrives.

En été : concerts et présentations sons et lumières.

Grotte de Lombrives

Route Nationale 20
09400 - Ussat les Bains

Tél. : 05 61 05 98 40 ou 01 39 55 58 53 — Fax : 01 39 55 58 53
E-mail :
lombrives@hotmail.com

Site : http://www.cathares.org/lombrives.html

 

Sources :                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

* AD09 – E 93

* AD09 – 1J 3, 1J 6 et 1J 111, Notes manuscrites de Jean-François Rambaud, 1820-1822.

* AD09 – 1J 3, Traduction de l’Histoire des comtes de Foix de Bertand Hélie.

* Babelon Jean-Pierre, Henri IV, Paris, Fayard, 1982 ; p.708.

* Bernadac Christian, Montségur et le Graal : le mystère Otto Rhan,

* Berger de Xivrey Jules, Itinéraire d’henri IV, Recueil des lettres missives d’Henri IV, Paris,
   1843 – 1860, t.2.

* Bergès M.C, Lecture morales suivies de la description du département de l’Ariège, Foix, 1839.

* Bodin Elisabeth et René, A la découverte des mystères de Lombrives ; la plus vaste grotte

   d’Europe, Nîmes, Lacour-Editeur, 2001.

* Fauré-Lacaussade Jean-Baptiste, Tarascon-sur-Ariège, le pays des cavernes, 1954.

* Peyrat Napoléon, Histoire des Albigeois, t.3, Paris, 1872.

* Garrigou Félix, Grotte des Echelles ou de Lombrives, 1884.

* Garrisson Jeanne, Henry IV, Editions du seuil.

* Guignet Jean-Claude, l’itinéraire d’Henri IV, les 20 597 jours de sa vie , Héraclès.

* Hélie Bertrand, Histoire du comté de Foix, Toulouse, 1540 – ADA – 8°1602.

* Olhagaray Pierre, in Histoire des comtes de Foix, Béarn et Navarre – Paris, 1609 - AD09 – 8° 59.

* Pailhès Claudine, Les terres d’Ariège au temps des guerres de religion 1550 – 1630 – 
   Henri  IV, comte de Foix et roi de France, pp. 95-100, 2007.

* Poujade Patrice, Une société marchande, presses Universitaires du Mirail, pp.301-305,2008.

* Tachousin Patrick, Henry de Navarre : un roi à cheval,

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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 20:07

Un comte de Foix à Lombrives…

… réalité ou légende

 

lit d'henri château de Foix copieEn Ariège, l’on découvre depuis peu, au château de Foix, un ancien lit où Henri III de Navarre aurait couché pendant un de ses voyages dans son comté de Foix. Ce lit à baldaquin recouvert d’une soie incarnadine provient d’une chambre du château de Pailhès appartenant à l’époque au sieur Blaise de Villemur, Baron de Pailhès et gouverneur du comté de Foix.

En l’année 1579,  Henri de Navarre, Comte de Foix, le choisit pour y dormir tranquille au cours d’une des nombreuses pérégrinations auxquelles il se livrait en administrateur et homme de guerre.

A cette époque, il tenait sa résidence principale à Nérac.

 

En 1954, Jean-Baptiste Fauré-Lacaussade publiait un petit ouvrage, intitulé «  Tarascon-sur-Ariège, le pays des cavernes », dans lequel il relate un épisode historique, longtemps resté une énigme : « En 1578, trois notables de Tarascon, Teynié, Jean de Séré et Jean de Sérou, chefs du mouvement protestant de cette ville, ont écrit leur nom au-dessous de celui du Roi Henri III de Navarre, comte de Foix qui visita la grotte de Lombrives et y inscrivit : Deo Rex, Roi de Navarre, Comte de Foix 1578 ».

 

La question du pourquoi de cette visite

Si, l’important n’est pas forcément de trouver les réponses aux questions que l’on se pose, mais de pouvoir se poser ces questions.

L’on sait, que, lorsque un puissant prince du 16ème siècle se déplace à l’encontre de la population de ses domaines, sa présence en un lieu donné a évidemment sa signification. Tout laisse donc à penser que cette escapade souterraine était importante aux yeux du prince. 
Mais pourquoi ?

L’historien amateur que je suis se réjouit, aujourd’hui, de livrer, au grand public des sources méconnues et négligées, concernant cette visite princière au cœur de l’ancien Sabartès, en ces temps extraordinaires, ou tout était mêlé et confondu : la guerre et les plaisirs, les massacres et les festins, les comédies légères et les drames horribles.

 

Ancien spéléologue et aussi guide à Lombrives dans les années 1977-1980, époque moderne de la réouverture de la grotte au grand public, combien de fois ai-je montré ces inscriptions gravées sur la paroi, autographes d’un autre temps, à des centaines de visiteurs ?

En effet, ces inscriptions sont très nombreuses, on en compte plus de 3600 dans la grotte principale et 114 symboles.

Henri-IV.JPGEt parmi elles, il en est une qui m’a toujours intrigué. C ‘est, bien entendu celle du bon roi Henri, celui de la poule au pot, que nous avons tous découvert en classe d’histoire. D’après Gudin de La Brenellerie, Henri IV est, « le seul roi dont le peuple (pauvre) ait gardé la mémoire ». Et, aujourd’hui encore, d’après Danielle Thomas, il reste un personnage à part dans l’historiographie du royaume de France « le bon roi Henri » et « Henri le Grand » sont deux expressions qui laissent percer l’immense courant de sympathie qui entoure ce souverain.

 

Aussi, je m’attacherais à faire découvrir les indices en notre possession et la réalité historique de la chevauché du grand souverain béarnais en Haute Ariège, plutôt que de démontrer l’authenticité du vrai/faux ancien graffiti.

Aujourd’hui, même, si plusieurs points d’interrogations restent à l’étude, nous affirmons, preuves historiques à l’appui,  que Henri de Navarre, futur Henri IV et roi de France, est bien venu à Lombrives en mars 1578.

 

Abattre la légende

Si, rêver et imaginer sont de puissants stimulants pour le chercheur,  il est aussi des matériaux, des sources écrites qui sont des données incontournables, qui elles ne laissent aucune place à la légende.

L’entreprise d’attester le passage ou pas de cet illustre personnage à Lombrives, en apparence délicate, se heurte à des mystères et des énigmes qu’on ne peut percer, faute de données. 

Le plus important, dans un premier temps, était de débusquer l’obscur document, afin de démêler l’écheveau de la réalité historique et de la légende .

Même, s’il est très douteux qu’il ai put laisser lui même son autographe, sur une paroi de la grotte, son passage est attesté assurément par les sources historiques que nous allons commenter.

 

Lombrives

montsegur_ornolac-copie.jpgIci, en d’autres temps, le souffle est passé. La terre est trop chargée de traces, de signes, de preuves indispensables à une meilleure connaissance de notre passé, pourrions-nous écrire après une visite dans Lombrives

Grottes et cavernes n’ont jamais cessé d’exercer sur les esprits , depuis l’aube des âges , une fascination que de nombreux contes et légendes pyrénéens illustrent.

Comme l’écrit Christian Bernadac, pendant plusieurs siècles «…les paysans et même les hommes d’armes refusent de s’aventurer dans les grottes, le domaine du diable et des sorciers...».

 

D’après Elisabeth et René Bodin, Lombrives est certainement au monde la grotte où l’on trouve la plus grande concentration de mythes littéraires : (contes, légendes et épopées…).

 

Ce qui est certain, c’est que la grotte de Lombrives, du moins une grande caverne du pays de Tarascon, cachant, d’après les on dit de l’époque, des faits mystérieux, apparaît dans la littérature dès le 16ème  siècle.

La caverne est citée par l’historien des Comtes de Foix, Bertrand Hélie, en 1540, in Historia fuxentium comitatum : « je crois que c’était cet antre qu’on appelle, l’antre de Tarascon, prés de cette ville remarquable dans le pays de Foix ; l’entrée en est très étroite et on y entre avec des échelles, mais lorsqu’on y est parvenu, on y trouve des salles très étendues dont les voûtes sont magnifiques tout ce qu’on voit est merveilleux et inspire l’effroi au premier aspect, et l’on ne s’avance dans ce lieu qu’avec quelques difficulté et non sans crainte, pendant cinq ou six stades , mais ceux qui veulent aller au-delà sont si effrayés qu’ils rétrogradent de suite…(…).

on y a trouvé dedans des corps d’hommes qui d’abord semblaient vivants et qui des qu’on les touchaient se réduisaient en poussière. Beaucoup de personnes vont dans ce lieu pour le visiter, c’est d’après leur rapport que nous réjouissons d’avancer ce que nous (…) elle cache des faits mystérieux...».

 

 

bartas2-copie.jpgLe grand poète gascon attaché à la maison du roi de Navarre, Guillaume de Saluste sieur du Bartas, cite Lombrives – roc de Tarascon - dans les Neuf Muses des Pyrénées 1610 (première édition en 1579).

  VIII

« Ce roc cambré par art, par nature, ou par l’age,

Ce roc de Tarascon hébergea quelquefois

Les Geans qui voloyent les montagnes de Foix,

Dont tant d’os excessifs rendent seur tesmoignage.

(…)

Iadis les fiers brigands du pays-plat bannis,

Des bourgades chassez, dans les villes punis,

Auoient tant seulement des grottes pour aziles…»

 

Ces quatre premiers vers prouvent l’ancienneté de la découverte « d’os excessifs » dans les cavernes de la région de Tarascon et principalement à Lombrives.

 

Holhagaray-2-.jpgPierre Olhagaray : historiographe du roi de Navarre, parlant des montagnes de Foix, empruntera  (en les altérants) ces quatre vers à du Bartas dans son Histoire des comtes de Foix, Béarn, et Navarre – 1609. C’est donc encore sur le roc de Tarascon qu’Olhagaray, d’après du Bartas, appelle l’attention de ses lecteurs pour dire qu’on y trouve des os de géants.

 

Ces détails d’intérêt historique étant donnés, nous devons rappeler en quelques lignes ce que pouvait-être la topographie des lieux à l’époque de l’énigmatique visite.

Il suffit d’une demi-heure de montée dans un sentier que M. le préfet de Mortarieu fit tracer en 1822, au milieu du chaos d’Ussat pour atteindre l’entrée de la caverne. Le vestibule de l’entrée de  ce « … palais de fées et des géants est immense et grandiose . En pénétrant dans cet antre on voit la grotte se diviser bientôt en deux galeries. Celle de droite vient s’ouvrir en vue de Tarascon par une plate-forme que l’on atteint en quelques minutes. Elle se termine presque à pic au sommet de précipices profonds. Celle de gauche, la plus grande, se poursuit pendant l’espace de 300 à 400 mètres et se termine brusquement par un passage qu’autrefois on ne franchissait qu’en rampant...».
Félix Garrigou, nous indique donc (fin du 19ème siécle), que jadis, pour franchir le fameux et actuel « pas du crime », l’on devait ramper. Aussi, est-il le moment de se poser cette autre question : Henri de Navarre a t’il franchi où pas, ce passage en rampant ?

Il est bon de rappeler que le graffiti se trouve avant le lieu que l’on nomme aujourd’hui « le pas du crime », juste avant de déboucher dans une salle immense.
Cette même salle qui conserve, fixées sur une paroi verticale, les échelles évoquées par Bertand Hélie en 1540.

Pas-du-crime-2009.jpgHenri de Navarre est-il allé aussi loin dans la grotte en utilisant les échelles ? Il nous est difficile d’imaginer le prince rampant dans l’étroit boyau et dans cette pénible ascension afin atteindre la grotte supérieure, et le lieu connu sous le nom de cimetière, sur une hauteur de 45 à 50 m, avec des conditions d’éclairage particulières (les cierges pris dans l'église de Notre Dame de la Daurade de Tarascon).


L’examen des parois de la grande salle appelée aujourd’hui « la cathédrale » ne recèle aucune trace du passage du prince ; alors que cette cathédrale  pouvait être un meilleur écrin au graffiti en question.

Cette sorte de défi, porté à la curiosité des visiteurs du 16ème siècle, est peut-être dû autant au majestueux développement des galeries de lombrives, qu’aux difficultés qu’offrait, autrefois, son parcours. L’on écrit sur le prince spéléologue que c’est beaucoup : « …à la faveur de son éducation virile, de ses chasses hardie dans les montagnes natales, qui ont endurcie son corps à la fatigue et son âme aux périls… ».

 

Le graffiti

 

  paroi-graffiti-.jpg

( Crédit photo : Robert-Félix Vicente, avec l’autorisation gracieuse de La grotte de Lombrives ,
la plus vaste grotte d’Europe..).

 

Le premier à révéler le graffiti de 1578 attribué au roi de Navarre, situé à quelques mètre avant l'étroit boyau du  Pas du Crime, est certainement Jean François Rambaud (ancien conservateur de la bibliothèque de la ville de Foix et inspecteur des monuments historiques de l’Ariège) qui écrit (voir ses notes manuscrites) dans les années 1821-1822 : «... Lombrives a été visitée à différentes époques par des personnages célèbres . Henri IV est de ce nombre. Ce grand prince ne dédaigna pas de tracer son nom sur une roche unie...».

D’après le même Rambaud, l’on trouverai au château de Foix une inscription identique à celle de la paroi de Lombrives. (A vérifier).

 

M.C.Bergès (directeur de l’école normale de l’Ariège), dans le souffle de J-F. Rambaud signale cette inscription en 1839 dans son ouvrage imprimé intitulé, lectures morales suivies de la description du Département de l’Ariège : « … le temps a respecté le nom d’Henri IV gravé dit-on, sur une roche unie, de la main même de ce bon Roi...».

C’est donc la première fois que l’existence dudit graffiti est révélé au grand public, puisque Rambaud n’a pas laissé d’écrit officiel.

 Graffiti-Henri-Lombrives.jpg

Alors que,  l’historien Tarasconnais, Adolphe Garrigou, dans ses Etudes historiques sur l’ancien pays de Foix et le Couserans, en 1846, ne fait aucune allusion au graffiti (page 112) : « ...les débris d’ossements humains pétrifiés qu’on rencontre dans cette caverne, l’horreur mystérieuse qu’elle inspirait à tous ceux qui osaient y pénétrer dans les siècles passés,... ». Pourtant, il est un des premiers à étudier cette grotte, car d’après son fils Félix, c’est lui qui aurait découvert, avant 1822 et la réouverture de la grotte par le préfet Mortarieu, des crânes humains dans le sol de Lombrives, au lieu dit le cimetière. Mais, avait-il eut connaissance de cette inscription ? De toute évidence, il a compulsé les recherches de Rambaud, puisqu’il a récupéré une partie de ses notes manuscrites et, il n’en parle pas !

 

Par contre, Napoléon Peyrat, dans le tome 3 de son Histoire des Albigeois (1872), ébauche une explication très romancée sur le passage de Henri IV à Lombrives.

 

Otto-Rahn-copie.jpgUn siècle après la découverte de Rambaud, à l’entre deux guerres, dans les années 1930,  l’énigmatique Otto Rahn, écrit dans la Croisade contre le Graal : « j’ai séjourné longtemps dans les montagnes du Thabor. J’ai parcouru avec émotion les grottes cristallines (…) Que de signes , dessins et noms innombrables – un roi de France lui-même, Henri IV, petit-fils d’Esclarmonde de Foix, a gravé son nom, pendant les guerres des Huguenots, sur les parois de la cathédrale de Lombrives...».

 

Antonin Gadal, qui reprendra à son actif les écrits romancés de Napoléon Peyrat écrira à son tour : « (…) Mais le temps finit par ouvrir ce grand ossuaire. Deux siècles et demi plus tard, les protestants, qui se cherchaient peut-être des ancêtres dans les antres des montagnes, conduits par de vagues et tragiques souvenirs, pénétrèrent dans ces  cryptes funéraires. Ne nous étonnons donc pas si, alors qu’il n’était pas encore roi de France, le futur Henri IV, Comte de Foix-Sabartès, poussé par le long passé spirituel de ses aïeux, soit venu à Lombrives, à l’instigation de trois notables protestants de Tarascon, et découvrit « la Cathédrale des Albigeois », dont 250 ans plus tard, personne n’osait parler...».

 

En 1954, Jean-Baptiste Fauré-Lacaussade dans son Tarascon-sur Ariège, le pays des cavernes, nous dévoile, outre l’inscription henricienne,  le noms de trois notables, et de surcroît chefs du mouvement protestant à Tarascon. Rappelons, que la ville, reprise aux réformés en 1569 est aux mains de consuls catholiques, dont nous connaissons les noms de deux sur quatre pour l’année 1578, qui sont  Jean du Falga (1er consul) et Jean de Gasiet.

Cette « apparition » des trois notables que l’on découvre déjà chez Gadal est pure fantaisie.  Puisque, à l’évidence, et après étude, ceux-ci n’apparaissent pas dans le cadre du graffiti. Certes, l’on retrouve ces trois patronymes dans la grotte, mais bien ailleurs, sur d’autres panneaux.

Nous ne saurions dire si les trois étaient des chefs protestants. Ce que nous savons, c’est que les Sérou ne nous sont pas vraiment apparus protestants, de même que les Teyniers. Il est à noter que dans les différentes branches des Teyniers, certaines des épouses « qui avoyt été nourie à l’hérésie et l’abjura », vont se convertir. Quant à Jean de Seré, il est plus clairement identifié : en fonction de la date, il pourrait s’agir du père de Jean du Seré, mari de Marie de Teulade, et père d’un autre Jean, marié celui-ci avec Esclarmonde d’Ax-Lafacie, de Saurat. C’est de ce dernier que Jules Villain écrit sans précisions chronologiques, « qu’il fut poursuivi pour avoir prêté main forte aux huguenots et que les matériaux de sa maison détruite servirent à la construction du couvent des Cappucins à Foix ».

 

A notre avis, Henri de Navarre, n’est pas venu à Tarascon suite l’invitation commune de ces trois notables.

 

graffiti---1.jpgGibert Garrigues dans son article les Emmurés de Lombrives  (les Cahiers d’études Cathares 1972-1973) relate : «... A la grotte de Lombrives…c’est donc avec plaisir et émotion que je trouvais trace du passage de  « Nouste Henric ». En effet, c’est le futur Henri IV, héritier de Béarn et Comte de Foix qui, accompagné de ses aides de camp, organisa une cérémonie afin que soient inhumés solennellement et décemment dans les cimetières d’Ussat et de Tarascon les restes de ces malheureux...».

Oubliés les trois notables puisque le prince est accompagné de ses aides de camp !

Et il poursuit :« ... Pourtant nulle date, nul monument dans les nécropoles - d’ailleurs déplacées – de ces cités, n’évoque la décision du futur Roi de France. Heureusement que, prévoyant l’inconscience des générations futures, il avait tenu à marquer lui-même son intervention par le graffite suivant, peint à même le rocher : l’historien local qui guidait notre visite, en donne la traduction suivante : Par la Grâce de Dieu, Roi de Navarre et Comte de Foix – 1578 – et de ses aides de camp...»

 

Lucien Bely, dans Connaître les Cathares , publié en 1995, situe cette visite de Henri de Navarre à Lombrives au niveau des légendes et conclut que ce « ...récit montre surtout la volonté de trouver chez les cathares des ancêtres des réformés... ».

 

Pour Claudine Pailhès, Les terres d’Ariège au temps des guerre de religion 155-1630, le passage du prince s’inscrit dans l’utilisation des mythes dynastiques.

En effet, la légende de Pyrène faisait des rois de Navarre les descendants du neveu d’Hercule. Ce même Hercule qui avait jadis conquis l’Espagne. Henri IV sauvera la France en repoussant l’invasion espagnole, mais à une date postérieure à son passage dans la grotte.

Holhagaray (préface p.4) rapporte ainsi ces vers à la gloire du roi :

(…) Hercule ayant vaincu le triple orgueil d’Hespagne

Se fist père du roy de ce coin de montagne

Qui des fils de ses fils a tousjours prins la loy.

Henry, l’unique effroy de la terre Hesperide,

Tu ne pourras avoir plus grand ayeul qu’Alcyde,

Il ne pourroit avoir plus grand neveu que toi.

Henri de Navarre, connaissait évidemment ces légendes qui venaient donner à sa famille une origine épique et divine.

 On se plaît donc à imaginer que c’est sur les pas de ses ancêtres mythiques qu’il se rendit lui-même dans la grotte de Lombrives, ce « roc de Tarascon » dont on disait sans doute déjà, comme on le dit toujours aujourd’hui au visiteur , qu’il abrite le tombeau de Pyrène.

 

 

Avant et après

Si l’escapade princière dans le Haut Sabartès ne manque pas d’intérêt, il faut, afin d’illustrer nos propos, la placer dans le contexte de son époque, où grands et petits événements se succèdent.


Année 1568

25 septembre, les troupes réformées de Jean-Claude de Lévis-Léran, sieur d’Audou et de Bélesta, joint au capitaine de Gudanes, Plaignes Fantillou,  surprennent la ville catholique de Tarascon grâce à des complicités internes. Ils laisseront une garnison, après avoir massacrés bon nombre de catholiques et martyrisé  le curé d’Ornolac.

A l’Automne, les réformés de Tarascon aidés de ceux du Mas-d’Azil lancent des raids dévastateurs dans le Massatois.


Année 1569

2 juin,  le capitaine catholique Traversier, sieur de Montgascon, aidé par les soldats de Vicdessos, reprend aux protestant le château et la ville de Tarascon. A son tour, il fit jeter du haut du rocher du château, dans le gouffre de l’Ariège, soixante-six huguenots en représailles de la mort du curé Baron.


Année 1572

9 juin,  la reine de Navarre, Jeanne d’Albret meurt. C’est désormais son fils Henri III qui assume la charge du royaume.

24 août, nuit de la Saint-Barthélémy. Pour sauver sa vie Henri III de Navarre est contraint d’abjurer.
                                                                                                                                              

Année 1577

Septembre,  la paix de Bergerac qui entraînera la signature de l’édit de Poitiers en octobre met un terme  à la sixième guerre de religion.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Année

Année 1578

En cette année se maintient une paix précaire !

À Tarascon

. Février               On répare le pont d’Alat.

. Mars                  Corbayrand Duthil est Châtelain de Tarascon

. Avril                   Jean del Falga est le premier consul.

On paye les réparations du grand pont de la ville, de la roue de l’horloge, du pont d’Alat dont un certains Pierre Buihles de Gourbit avait fourni des poutres..

Jean du Falga et Jean de Gasiet, consuls assistent aux états du Pays de Foix au mandement du Prince.

 

Ailleurs :

. Fin février,            le roi arrive à Saverdun.

. du 6 au 14 mars,    le roi réside à Mazères .

. 25 et 26 mars,       il est à Pamiers (il paye un laquais qui est allé port des lettres de Pamiers
                             à Tarascon).

. . Juillet- août,         il séjourne à Montauban

. . Septembre,           il séjourne à Montauban puis à Nérac.

. . 2 octobre,            il rejoint son épouse et Catherine de Médicis entre Cadillac et la Réole.


                                                                                                                                  


Année 1580

Août, d’Audou tente un nouveau coup de main contre Tarascon. Ses troupes prennent la ville, mais elles en sont rapidement délogées et se réfugient dans les montagnes d’Ax et du Vicdessos.


Année 1581

Tarascon reste un enjeu important ; la ville est prise par les protestants qui l’occupent quelque temps, mais en sont chassés le 23 novembre par les troupes du sieur de Castelnau-Durban. 
         

Année 1582

3 janvier, Henri de Navarre donne l’ordre de démanteler les fortifications de Tarascon, de démolir les châteaux de Montgailhard et de Lordat., afin de supprimer des nids ou couve sans cesse la discorde.

Septembre, d’Audou réussit  à s’emparer de Tarascon et de façon durable cette fois-ci, puisque la capitale du Sabartès restera 17 ans aux mains des réformés.     

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 16:15

Tiers-état

23 mars 1789

 

 

Le 28 mars 1789, se présentait par devant Maître Baudru, notaire de Tarascon, Jean-Joseph-Michel Garrigou, avocat en parlement et maire de la ville, à l’effet de requérir la « transcription ou enregistrement » du cahier des doléances.

 

Heureuse précaution qui nous permet d’exhumer aujourd’hui le précieux document.

 

En exécution des lettres royales du 24 janvier et du règlement annexe, et pour obéir à l’ordonnance du Sénéchal de Pamiers et à l’assignation du procureur, Garrigou convoqua, le 23 mars, « tous les habitants payant imposition », afin de rédiger de concert le cahiers de leurs vœux et doléances et de choisir les députés chargés de le porter au chef-lieu de bailliage. L’assemblée  « aurait vaqué » à cette rédaction, reproduite ensuite en double exemplaire de cinq pages manuscrites. J’ose affirmer que quand elle se réunit dans l’église de la Daurade, lieu ordinaire des grandes séances, le travail préparatoire et même définitif était fait.

 

On commence, en effet, à percer à jour la « manière occulte » de la première consultation nationale. L’étude comparée d’un certain nombre de cahiers de paroisses a dénoncé d’abord l’uniformité de leur rédaction et révélé ensuite un plan concerté et une idée directrice. Les problèmes politiques et sociaux y sont posés avec trop d’ordre et traités avec trop de méthode pour qu’on  n’y sente vite l’influence d’un comité directeur parfaitement organisé. De paris on envoyait tout simplement aux assemblées primaires des « modèles » de doléances, auxquels les bourgeois et les paysans n’avaient qu’à ajouter les remontrances locales.

Ce qui dominait c’était la description, parfois savante et ordonnée, d’un nouveau système politique et social : constitution parlementaire, électorat législatif, abolition des privilèges, etc., etc.

 

Le cahier de doléances de Tarascon en fournit la preuve :des 27 articles qu’il renferme, à peine quelques-uns se rapportent à des questions locales et à des intérêts des clocher, tout le reste est purement d’ordre politique.

 

Quoiqu’il en soit, au chef-lieu de bailliage, les délégués, procédant à un résumé des cahiers, en profitèrent pour éliminer toutes les doléances d’ordre local et pratique et ne laisser subsister que celles qui étaient conformes au plan conçu d’avance, c’est-à-dire qu’ils furent truqués.

A Tarascon, le seul vœu d’intérêt local, exprimé dans le 27ème article, sera mis de côté comme tous ceux de même nature. Les « citoyens » du Bourg Sainte-Quitterie auront beau présenter « pétitions et mémoires » aux assemblées nationale et départementale, il ne leur sera jamais accordé entière satisfaction, et leur pseudo-conseil sera supprimé, le 10 avril 1791, par l’Assemblée Nationale (1) .

 

D’autres préoccupations, à Paris surtout, absorbaient l’activité de nos élus. Il est à croire que Tocqueville ne soupçonnait pas ces dessous lorsqu’il écrivait la trop fameuse phrase : « les cahiers de 1789 resteront comme le testament de l’ancienne société française…, la manifestation authentique de ses volontés dernières... ».

 

Mais à quoi bon nous attarder à ces considérations ?

  

Voici le texte inédit des doléances Tarasconnaises.

 

****

L’an mil sept cent quatre vingt neuf, et le vingt huitième jour du mois de mars, après midi, dans la ville de Tarascon, en Foix, diocèse et sénéchaussée de Pamiers, par devant notaire royal de la dite ville soussigné, présents les témoins bas nommés, a comparu maître Jean-Joseph Michel Garrigou, avocat en Parlement et maire de cette ville, qui nous a dit qu’en exécution de la lettre du Roi, règlement y annexé, ordonnance de monsieur le Sénéchal de Pamiers et de l’assignation à lui donnée à la requête du procureur du Roi, il aurait assemblé le vingt troisième du courant tous les habitants de cette ville payant imposition à l’effet de rédiger le cahier des plaintes et doléances de la dite ville, et nommer des députés pour se rendre à l’assemblée des la sénéchaussée ; auxquelles doléances l’assemblée aurait vaqué et fait un cahier en double, rédigé en cinq pages ; et quoiqu’un desdits doubles doive être remis aux archives de cette ville, rien n’empêche qu’avant la dite remise il ne soit transcrit sur nos registres pour y avoir recours en cas de besoin, il nous a requis de procéder à la dite transcription ou enregistrement, ce que nous avons fait et trouvé le dit cahier de doléances de teneur de (cinq pages).

 

Cahier de doléances de la ville de Tarascon, en Foix.

 

1-     La province de Foix ayant toujours été régie par le droit écrit, nous supplions très instamment le Roi de nous maintenir et de nous confirmer dans ce régime.

 

2-      D’avoir un gouvernement distinct et séparé.

 

3-     D’être régi par ses Etats particuliers comme elle les a eu de tous les temps.

 

4-    De réformer les vices de leur constitution actuelle de façon que les changements puissent mener à une représentation graduelle des trois ordres et à établir une constitution pareille à celle du Dauphiné, en les composant de 72 membres dont la moitié serait au choix des deux ordres privilégiés, et l’autre moitié au choix du Tiers Etat, en la divisant en douze district égaux en proportion combinée de ses impositions et de sa population, en accordant à chaque district trois représentants du Tiers Etat, enfin en accordant à chaque ordre le droit d’élire ses officiers uniquement des lieux de l’administration de la province et à l’assemblée générale des représentants de tous les ordres, celui d’élire le président par scrutin et de fixer l’assemblée des Etats dans la ville de Foix, comme étant le centre de la province.

 

5-    D’ordonner que les sommets de toutes les montagnes relativement à chaque vallon seront complanté ou ensemencés en bois par les propriétaires ou usagers etc., sur une étendue déterminée de terrain fixé par une ligne de démarcation pour conserver les terres en culture, pour les défendre des ravages occasionnés par la chute du gros d’eau par les ravins, pour empêcher la fréquence des inondations, pour aménager les forêts afin que les habitants qui en éprouvent déjà la rareté au point qu’ils ne pourraient reconstruire leurs habitations en cas d’incendie ou d’autres malheurs, ayant une ressource pour subvenir à leurs besoins, et qu’il soit fait défenses d’extirper les bois existants ainsi que les vacants.

 

6-    La liberté d’aliéner tous ses domaines par une loi de l’Etat, et d’en accorder la préférence aux communes.

 

7-    D’abolir tous les droits seigneuriaux surtout les avilissants et assujettissants, tels que les banalités et corvées, etc.

 

8-   De  réintégrer les villes , bourgs et villages dans les droits qu’elles n’auraient jamais du perdre, de nommer leurs officiers municipaux en leur accordant le droit de nommer même tous les membres du corps politique dans une assemblée générale des habitants contribuables de tous les ordres, sous l’inspection des officiers municipaux pour  l’élection même de chaque membre, et que les lieux dont la nomination dépend à présent des seigneurs jouissent de la même liberté. De supprimer l’imposition de douze mille livres que l’on fait encore dans cette province pour l’achat des offices municipaux, et que le Roi sera supplié de vouloir faire rendre à la province ce qui a été surpayé du prix auquel ces offices avaient été vendus à la province en 1752 dont la finance n’avait été fixée qu’à quatre vingt un mille livres, et la province se trouve cependant aujourd’hui en avoir payé trois cent vingt quatre mille sans à ce comprendre même les dix sols pour livre qu’on a attachés depuis quelques années à l’objet de cette imposition.

 

9-   D’accorder à toutes les communautés le soin de leur administration sous l’autorité néanmoins de l’assemblée générale de la province pour les empêcher d’être exposées à perdre leurs propriétés par défaut de défense et pour que leurs plaintes soient écoutées et jugées par les personnes habitantes dans le pays.

 

10-  De les délivrer de l’arbitraire et du despotisme des subdélégués et des commissaires départis et des coups de l’autorité émanante d’un seul juge.

 

11-   D’accorder aux officiers municipaux des villes et bourgs, assistés d’un assesseur résidant à titre et de quatre pairs des parties, de juger sommairement et définitivement toutes les petites causes n’excédant pas la somme de cinquante livres ou valeur d’icelle, et ce sur la première sommation des parties.

 

12-   D’ordonner que les trésoriers nommés par chaque verseront l’argent dans la caisse du trésor royal sans autre milieu.

 

13-   D’abolir et supprimer toues les compagnies des finances, de déclarer le sel, le tabac, le pain, la farine et le grain marchant dans tout le royaume.

 

14-   De placer des douanes à l’extrême frontière de la province.

 

15-   D’abolir pour jamais le tarif actuel du contrôle, et dans le cas où on ne se déterminerait point à en accorder la suppression ou supplie de donner à tous ces articles la précision et la clarté nécessaire pour qu’on ne puisse pas les étendre d’un cas à un autre, et que l’interprétation ne puisse pas devenir arbitraire, que toutes les contestations qui pourront s’élever sur le fait du contrôle, insinuation et centième denier seront portées devant le premier juge royal des lieux où les contestations s’élèveront pour y être jugées définitivement, sommairement et sans frais jusqu’à la somme des quatre cent livres.

 

16-   De rendre les ministres comptables devant l’assemblée des Etats Généraux et d’ordonner que les acquits au comptant ne soient soldés qu’après qu’ils auront été enregistrés dans le Conseil d’Etat.

 

17-   De ne point cumuler les pensions, les bénéfices, les gouvernements sur une même tête et famille.

 

18-   De conserver les dignités et premières places à la noblesse.

 

19-   De distribuer tous les emplois militaires, donnant même la noblesse au seul mérite, aux talents acquis et aux services rendus, soit que ceux qui les auront rendus soient nobles ou qu’ils ne le soient pas.

 

20-   De convoquer les Etats Généraux de 3 en 3 ans pour délibérer les impôts qui ne pourront être consentis que par la nation assemblée et pour l’intervalle d’une tenue à l’autre.

 

21-    D’anéantir dès la première séance tous les impôts et subsides existants actuellement, sous quelle dénomination que ce soit.

 De répartir ceux qui seront établis sur les revenus des contribuables des trois ordres, et ce sous la même dénomination ou toute autre qu’il plaira leur donner.

 D’abolir la distinction des impôts, de faire délibérer tous les impôts à la pluralité des suffrages de tous les ordres comptés par tête.

 

22-   De faire remettre sous les yeux de l’assemblée les comptes de l’administration pour connaître les causes du déficit et y remédier.

 

23-    D’accorder indéfiniment la liberté de la presse et chaque auteur obligé se nommer.

 

24-    D’abolir les lettres de cachet pour assurer la liberté des citoyens.

 De faire rendre la justice à son nom dans tout le royaume.

De n’accorder que deux degrés de juridiction.

De créer des tribunaux à portée des justiciables.

D’ordonner que la déposition des témoins soit faite publiquement.

De diminuer les droits, taxes, épices (2) , honoraires des juges, des greffiers et des procureurs, ou d’accorder un honoraire fixe à tous les juges qui dans ces cas ne pourront prétendre aucun épice ; de faire les derniers efforts pour rembourser les titulaires ; d’obliger tous les juges de rendre leur jugement dans un délai fixé. D’ordonner la suppression de tous les autres tribunaux et de ceux des privilégiés.

De simplifier les formes et de les abréger pour l’obtention de tous jugements.

De fixer le nombre des affirmations aux parties.

De modifier l’ordonnance criminelle, d’abolir la distinction des peines, de les fixer relativement au délit.

 

 

25-    D’ordonner aux évêques, abbés, prieurs de résider dans les lieux de leur bénéfice, de défendre qu’ils possèdent plusieurs bénéfices excédant la somme de 1000 écus, de les distribuer au mérite et à la vertu.

D’ordonner à tous les bénéficiers d’entretenir , réparer et construire les habitations de leurs bénéfices, de même que celui des sanctuaires, et de fournir à leurs embellissements et réparations.

D’accorder un honnête entretien aux curés et vicaires par des retranchements faits sur les fruits-prenants.

D’abolir et supprimer toute espèce de casuel, de pensionner les vieux prêtres et infirmes en prenant les fonds sur les abbayes ou prieurés désignés dans chaque diocèse.

D’ordonner que les bénéficiers remettent le dixième de leur revenu dans un bureau de charité des lieux dont ils sont fruits-prenants.

De fixer la cote de la dîme universellement et uniquement sur la grosse récolte, ou de la supprimer en obligeant chaque diocèse ou province à faire une pension honnête et proportionnée à la dignité de chaque ecclésiastique.

 

26-   Que les députés aux Etats Généraux ne pourront consentir à aucun emprunt ni impôt avant que la constitution française ne soit établie.

 

27-   Que pour éviter les dissensions dans lesquelles le Barri du Bout du Pont vit avec le reste de la présente ville depuis si longtemps et auquel il a été réuni par le Comte de Foix par acte de l’an 1300, sa majesté sera suppliée de déclarer cette union comme non avenue et que ce Barri du Bout du Pont soit régi, fasse corps séparé et indépendant, à la charge par lui de prendre sa quote-part des dettes qui ont été contractées depuis l’union (3) .

 

        Arrêté en l’assemblé du Tiers-état, le 23ème du mois de mars 1789.

 

        Et avant la signature, ayant remarqué que les droits établis sur les cuirs et sur les peaux tannées ou mégissées étaient extrêmement onéreux et mettaient les plus grands obstacles à cette branche de commerce, surtout dans les petits lieux, on en demande la suppression.

 

        Ne Varietur. – Garrigou, maire ; Fauré, avocat ; Deguilhem ; Saint-André, médecin ; Baudru, notaire ; Pilhes, procureur du Roi ; Saint-André ; Boyer, notaire ; Gauch ; Estèbe, avocat ; Vergé ; Laffont ; Audoye ; Teynier, conseiller ; Raymond Lucantes ; du Seré, député ; Sylvestre aîné ; Fournié ; Lafforgue, secrétaire-greffier signés (4) .

 

 

Après laquelle transcription et enregistrement, avons rendu audit sieur Garrigou, maire, le dit cahier des doléances pour être remis ainsi qu’il est ordonné aux archives de cette ville.

Fait et passé dans notre étude en présence du sieur François Gardes, praticien et de Jean Rougé, tailleur d’habits, habitants de cette ville, signés avec ledit sieur Garrigou et nous notaire.

 

*****

 

 

 

(1) Pétition de 7 pages, des citoyens de Tarascon-en-Foix, résidans dans la paroisse Sainte-Quitterie, à nos seigneurs de l’Assemblée Nationale, du 30 août 1789, adressée à mr. Le Président, le 6 septembre. – Mémoire de 3 pages, pour les habitans du quartier de sainte-Quitterie, connu sous la dénomination du Barri d’au dela du Pont de la ville de Tarascon-En-Foix ; - Requête du Bourg Sainte-Quitterie tendante à être séparée de la commune de la ville de Tarascon et à être constitué municipalité distincte. (Procès-verbal des séances de l’Assemblée administrative et du Directoire du département de l’Ariège, séance du 19 août 1790, p. 37-38 ; délibérations municipales des 20 août, 27 novembre 1790 et 3 mai 1791.

 

(2) Epices, les honoraires dus aux juges pour le jugement d’un procès par écrit.

 

(3) Le quartier de Sainte Quitterie, anciennement dénommé le Barri d’au-delà du pont, faisait originairement partie du village voisin de Quié, qui avait toujours formé une communauté séparée et distincte. En 1300, sans motif aucun et « vertu de la puissance féodale », il plut à Bernard-Roger, comte de Foix, de l’en disjoindre et l’incorporer à la ville de Tarascon. La demande actuelle de désunion s’expliquait suffisamment, pensait-on, par « la disposition naturelle des lieux déjà séparés en fait par la rivière de l’Oriège » (sic), « la disjonction des intérêts des deux paroisses » et « l’animosité respective et héréditaire de leurs habitants ».

 

(4) Minutes de maître Baudru, ad annum, f° 288 v° - 295 r°. (Etude de Emile Izaure, notaire à Tarascon).

SOURCES :

. AD09 – 1 J 274 , copie extraite des minutes de maître Baudru notaire.

. AD09 – ZO 357 , Abbé Louis Blazy : le Cahier des Doléances de Tarascon en Foix – 1911.

. AD09 – ZQ 604, la France de 1789 d’après les cahiers de doléances, musée de l’histoire de France 

                        – Archives nationales 1978.

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 17:45
Nous allons continuer la chronologie historique avec une période plus contemporaine de 1800 à 1900.
Un article est à paraître sur le passage d'Henri III de Navarre (futur henri IV) à Tarascon et Lombrives.
Et d'autres avec pour thèmes : les croix, oratoires et processions, portes et murs de ville, les consuls et maires de1500 à aujourd'hui, et ++++
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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 20:32

vallon-de-Lugeat.JPGUn disparu de 1660, le village de Lugeat


Par Vincent CENAC in « l’Ariège Pittoresque » 1914.

 

… L’histoire de ce petit hameau, juché sur la montagne, à près de 1.000 mètres d’altitude, se rattache à sa source mère, la très ancienne communauté d’Ornolac, et aujourd’hui le seul nom seul a résisté au temps : il implique dans l’esprit des indigènes une idée exclusive de montagne ou d’exploitation forestière. Une ferme, très ancienne, et dernier vestige du passé, a subsisté de tout temps, exploitée dans on encadrement de rocs calcaires et belles forêts qui, après des luttes interminables avec les « Gudanes », sont restées la propriété indivise des trois communes : Tarascon, Ussat et Ornolac.

 

Au point de vue féodal, Luyat puis Lugeat, se trouvait avec Arnolat sous la dépendance des puissants seigneurs dArnava, apparentés, comme l’indique une ancienne charte, aux comtes de Foix et tenant de Roger II, en 1118, toute la vallée, y compris Mercus jusqu’aux confins de Saint-Paul, avec tous droits, inféodations, justice et la « titularisation » de la baronnie. Seule la justice haute d’Ornolac ressortissait à la juridiction des consuls tarasconais, privilège qui fut renouvelé sous Henri IV, par arrêt du Parlement de Toulouse contre Gaspar d’Arnave.  

 

Au point de vue forestier, ornolac et, par sa suite, sa filiale Lugeat jouissaient avec Tarascon et Ussat des hêtraies et bocages qui recouvraient les versants Nord ainsi que ceux de Soulombrier et Faboscur, source de revenus très réels à une époque où l’industrie ferrière était en grande vogue dans tout le haut Comté. Cette considération expliquerait la création de Lugeat, tout à portée des bois, surtout si nous additionnions les revenus qui découlaient des labours effectués dans de bonnes terres et produits pastoraux.

 

Au 14ème siècle, sous Gaston Fébus, Lugeat comptait six feux, tenus par les hommes de Mossen. Voici leurs noms : Arnaut Bernadac, P. Barrau, Monet de la Riba, Bernat de la Riba, P. Roger, Bernat Corana.

 

Plus tard, au moment de la désertion du village, en 1660, nous retrouvons intacts les deux premiers noms : les deux suivants furent transformés en Rivière ; quant au dernier, nous n’oserions affirmer que par une contaction possible, il fut aussi transformé en Roana, les Rouan actuels.

 

eglise-ruinee-de-Lugeat.JPGUne église romane, d’architecture très simple, dont quelques vénérables débris sont encore debout, fut affectée au service du culte, sans but connu de dévotion ou de pèlerinage, par conséquent pour les seuls habitants, afin de leur éviter la descente à Ornolac et l’ascension qui nécessite une heure de marche ; elle doit dater du 13ème siècle et fut érigée à l’entrée du vallon : ses ruines constituent une preuve irrécusable et vivante d’un lugeat, village dans les siècles passés.

Nous constaterons son existence, sans rechercher la date de sa création, nous bornant, avec des preuves à l’appui, à déterminer, à peu de choses près, l’époque de sa disparition.

Deux pièces documentaires nous sont fournies ; elles corroborent les mêmes faits, les mêmes dates, tout en restant étrangères l’une à l’autre, et, afin d’éviter tout enchevêtrement de dates qui résulterait de l’ordre chronologique, nous les présenterons séparément.

 

- Voici, du reste la légende explicative écrite par Massot, arpenteur royal, en date de septembre 1669, c’est à dire au moment de la Réformation de Froidour « bois et taillis de Lugeat prétendu par les habitants du consulat de Tarascon et prétendus aussi par Mr de Gudanes, bien plantés de hêtres de tout âge jusqu’à vingt ans et autres fort anciens, de sapins, contenant huit cent treize arpents. »

Ce travail constitue, un document de haut intérêt, au point de vue topographique, avec toutes les indications fournies sur les chemins, les tires de bois, les limites d’Allens, Cazenave et verdun, sans oublier les dénominations locales de Cap de cuing, Traou del rat, Passo de la crabo et les numéros parcellaires. En amont, se trouvent le roc et la jasse de l’Orry, près de la founbt de  Mouilhès qui alimentait une mouline, puis le rec de Jouanes (sans mention de la fontaine minérale) et le quartier de Marbis où sont dessinées sommairement les masures du village (1669) au nombre de dix ou douze entourant la « méteri du Sr Tigné (sic). » Il résulte de ce plan que Massot constata simplement l’abandon de Lugeat, lors de son travail.


En revanche, il dessine la ferme de Paul Teynier et surtout la petite église, construite au débouché du vallon, avec une porte donnant au nord et trois petites ouvertures, sans trace de cimetière, les morts devant être descendus à la paroisse d’Ornolac. Volà donc un document explicite. Par alleurs, en consultant les autres pièces, nous trouvons dans un cate antéreiur de quelques années seulement, l’énumération des habitants du dit Lugeat ; ils comparaissent sous les noms de Bernadac, Barrau, Rouan, Rivière ainsi qu’un Bonnans (qui a l’exploitation des bois), et son tenus de payer le droit d’albergue suivant une sentence du sénéchal de Foix en date du 16 décembre 1641, qui fut renouvelée dix ans plus tard. Cette sentence n’aurait plus eu sa raison d’être lors du passage de massot – le petit hameau ayant été déjà  abandonné.

 

Les secondes pièces émanent du Livre de Raison de Paul Teynier, trésorier du pays de Foix, riche bourgeois de la ville de Tarascon et bien-tenant à Lugeat de la métairie  qu’il tenait de ses auteurs. Suivant acte de partage passé le 15 février 1651, comparaissent : Paul Teynier, époux de Paule de Séré, Mathieu, époux de Suzanne de Lamarque et Jean, prêtre, héritiers de leur père Jean, par devant Vital Teynier, notaire à Tarascon. L’aîné, prend Lugeat ainsi que deux autres biens sis à Génat et Sinsat : il obtient en septembre, le 15, de cette même année, un accord de messire Bernard d’Arnave qui le rend quitte de tous droits seigneuriaux.

 

- Passons maintenant aux pièces qui concernent les habitants de Lugeat. Dès son entrée en possession, Teynier passe une transaction avec Jean Péti de Roana, puis il baille en gazaille, le 17octobre 1654, à pierre Barrau, son métayer, une « cavalle de poil bai obscur » achetée à la foire de Saint-Michel de Tarascon pour 51 livres. Il traite également avec un Bernadac. Tout nous porte donc à croire qu’en 1654, le village était encore habité, mais bientôt les ventes de terrains vont se précipiter à des périodes très rapprochées et elles sont toutes consenties à Paul Teynier qui , de ce fait, constituera l’une des plus belles fermes de la région.

 

Les vendeurs se nomment P. Barrau, paul Géraud, Ramond Gaspar, Catherine Bernadac, P. Rivière, Domenge et Jean Rouan, et ces aliénations s’échelonnent sans solution de continuité jusqu’en 1675, à des prix qui aujourd’hui nous paraîtraient absolument dérisoires. Ces ventes, consenties en dernier lieu à Jean-Baptiste Teynier, futur maire de Tarascon, fils aîné du précédent, ne suffisent-elles pas à expliquer, en même temps que la détresse du pays, l’exode général des habitants ?  Ils abandonnent le terroir ancestral, et descendent à Ornolac, ou des vides nombreux occasionnés par l’épidémie de peste, qui ravagea la région dans le deuxième tiers du 17ème siècle, devaient se combler.

Le village de lugeat avait vécu.eglise-Lugeat-sous-la-neige.JPG

 

Quant au petit domaine, il passa de Jean-Baptiste Teynier à noble Joseph David de Lassalle son gendre et plus tard, les filles de ce dernier s’en défirent au moment de la Révolution ; il appartient depuis à la famille Laffont.

 

Rappelons en terminant ce petit exposé qu’en 1668, la Maison d’Arnave avait aliéné Ornolac par la vente que Pierre consentit à Jean de Fraxine, le richissime appaméen, qui de ce fait acquit le titre de baron, le droit d’entrée aux Etats de Foix et la propriété des bains d’Ussat que Louis, son descendant, céda plus tard à l’hospice de Pamiers. Si les personnalités défilent, le fond reste immuable.

 

Tarascon, 3 avril 1914.

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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 15:35

La lutte contre les incendies fut de tout temps un souci majeur des municipalités. En l’an 803 déjà, Charlemagne prescrivait la désignation, dans chaque ville, d’habitants chargés de veiller à la sécurité de leurs concitoyens durant la nuit.

Les constructions étaient grandes consommatrices de bois, et quand le feu les prenaient pour cibles, il n’en restait, la plupart du temps, qu’un tas de cendre.

Il est vrai qu’un incendie dans une ville aux maisons de torchis et de bois serrées les unes contre les autres dans des rues étroites et tortueuses était une catastrophe. Donc lorsque le feu prenait l’une d’elles, c’était tout le quartier qui s’embrasait rapidement.

 

La capitale du haut Sabarthès connu son lot de drames. La ville paya un lourd tribu au feu, et fut partiellement détruite en 1640 et 1701.

 

La ville brûla presque entièrement dans la nuit du 22 au 23 juin en 1640, dans un incendie que l’on ne put maîtriser ; le fontenier étant absent, personne ne sut libérer l’eau de la fontaine du Morou.

Cet important incendie ravage le Barri-Clos, précisément, entre la porte de la Leude et la porte de Foix. Tout le Barri sera réduit en cendres. L’on reconstruira, certainement aux mêmes emplacements, avec les mêmes vices et les mêmes types de matériaux.

 

Aussi, le 22 novembre 1701, vers 9 heures de la nuit, un terrible incendie ravage, encore,  la presque totalité du corps de la haute ville depuis la place de la Daurade aux portes de la Leude et de la Caussade. (La rue actuelle des Chapeliers, autrefois rue de Naugé, communiquait avec la rue Moulon de Fournat, et la rue Naugé actuelle portait le nom de rue de la Leude).

 

Nous reproduisons ici l’extrait du registre paroissial de Tarascon qui signale cette terrible catastrophe : « Sera mémoire à la postérité que le vingt deuziesme jour du mois de novembre mil sept cens un il arriva dans la présente ville une incendie si grande qu’elle emporta quatre vingts maisons de plus considérables de la ditte ville, la ditte incendie commança par la maison du sieur François Fauré, régent, et eut emporté toutes les maisons de lad. Ville sans que dans la maison du sieur Paul Teynier, mosquetaire, il s’y rancontra un bon mur qui sustint tout le choq et qui empêcha mesme que l’églize ne feut pas brullée et de l’autre côté de place sans une muraille qui le rancontra dans la maison de la veuve de Raymond Seré l’autre côté de place jusques au Mazel viel eût infailliblement brullé. Dieu nous préserve à jamais d’une telle incendie ».

 

Si, 88 maisons, sur pratiquement 500 que comporte l’ensemble de la ville (dont 124 dans le quartier en feu),  disparurent dans les flammes, l’on déplora (seulement) une seule victime.

Et, ironie du sort alors que l’on ne trouvait pas d’eau pour éteindre le feu, au même moment, les quartiers bas furent noyés par une terrible crue entraînant le moulin, les ponts de bois et digues de fortunes. Tarascon vécu des heures terribles !

 

Parmi les bâtiments et les effets qui ont péri dans le feu avec la maison de ville et les prisons, l’on trouve, aussi, les registres des délibérations des consuls depuis le mois de mai 1697. D’ailleurs, la maison du secrétaire des consuls fut la première à être brûlée avec la plus grande partie des papiers de la communauté.

La nouvelle maison de ville sera installée pendant une longue durée dans la tour au-dessus de la porte d’Espagne.

 

27 décembre 1701, Teynier, Maire, déclare à l’assemblée du conseil de ville : « ... que quoy les monceaux de cendre et de ruine qu’a laissé l’incendie de cette ville ne soient trop grands pour que la mémoire en passe jusques a nos arrières neveux et bien plus loin, par la perte que la plus grande partie des habitants y ont faite de tous leurs effets avec leurs maisons dans l’endroit le plus considérable de la ville et ou se trouvait ce qu’il y avait de meilleur... ».

 

Le 1er janvier 1702, dans la maison du Sieur Fauré Fournier bourgeois et premier consul, le maire Jean-Baptiste de Teynier demande « il est de nécessité absolue et indispensable de faire ôter les ruines dont les rues et la place publique sont remplies par trois manœuvres, vu que les propriétaires étaient déjà fort accablés ».

 

L’accablement et la désolation était énorme, aussi, par arrêt du Conseil du 7 février 1702, la commune sera déchargée d’impôts pendant trois ans.

Le roi Louis XIV, lui même, donnera 4 690 livres à prendre sur sa cassette, afin d’aider à la reconstruction de la ville . Mais, Tarascon ne se releva pas de la catastrophe et la reconstruction fut très lente.

 

Délibération du 5 août 1702, du conseil politique pour demander à l’évêque de Pamiers l'autorisation : "l’autorisation de faire une procession solennelle par toute la ville et Faubourg, avec le très Saint Sacrement, pour commémoration de l’incendie du 22 novembre 1701".

De plus il a été représenté : " que le malheur de l'incendie qui arriva l'année dernière provient de ce que les maisons nestaient point séparées que par de malheureux torchis de bois qu'il ne fut pas possible de garantir du feu qui se communiqua par ce moyen malgré toutes les diligences qu'on y porta par toute la ville, et des avancements des planchers sur les rues que le peu de terrain randait les rues asses estroites par elle meme, ce qui fit encore que le feu se communiqua d'une rue a l'autre... ".
Parmi les mesures prises pour éviter de nouvelles catastrophes , il sera désormais obligatoire de reconstruire avec d'autres normes : absence de torchis et de couverts. Les rues retrouveront toute leur largeur et toutes les maisons seront bâties avec quatre murs à pierre et chaux.
 

Dans la délibération du 31 octobre 1709, l’on découvre que : « sur 86 maisons ayant brûlé en 1701, seulement 12 ou 14 ont étés rétablies, le reste est sans espoir ».

 

Le 20 juillet 1719, le sieur Bastide, marchand, désire : « rebâtir sa maison qui doit reposer sur un pilier de pierre et non de bois, ceci pour l’utilité publique et afin d’éviter les incendies ».

 

En effet cette maison forme le commencement et l’entrée des couverts de la place. Celle-ci communique par son avancement à la maison du sieur Bergasse qui forme l’autre couvert en vis à vis. Cette maison sera rebâtie non plus en bois et torchis, mais bien en pierre et chaux, car : «  elle devra résister de tous les côtés en cas de feu ».

La reconstruction des maisons de la rue de la Leude, presque toutes sur le même modèle, possèdent au rez-de-chaussée, une grande ouverture avec voûte en plein cintre qui était destinée à servir d’entrée de magasin ou de boutique. C’était la suppression de la plupart des couverts avec charpente en bois.

 

22 février 1729, Séré 1er consul informe : «  ... que cette communauté depuis longtemps se trouve affligée par une suite de malheurs qui lui venant les uns sur les autres, l’ont mise dans le dernier accablement. Que depuis vingt huit ans suite à l’incendie de 1701, les maisons brûlées resteront ensevelies sous leurs ruines à dire quinze ou vingt qui ont été rebâties à grand frais et dont il n’y en pas dix en perfection... ».

 

Le 18 septembre 1871, le maire Dominique Sans, dépose au Préfet, une première demande de création d’une escouade de 13 sapeurs pompiers, dont l’équipement mentionne l’existence de deux pompes d’incendie !

Mais ceci est une autre histoire que nous verrons dans un autre article.

SOURCES :
AD 09 – 135 EDT GG 3, f° 175
AD 09 – 135 EDT BB 6
AD 09 – 1 C 66
AD 09 – 6 R 3
Le journal de l’Ariège du 18/01/2002 Sapeurs –pompiers : Hier, Aujourd’hui... par Vincent Pauchet

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 10:18

Petite définition

 

On appelle "blason" ou science héraldique, l'étude des armoiries "emblèmes en couleurs, héréditaires ou constants, propres à des familles ou à des communautés, parfois exceptionnellement à des individus.

Depuis un temps immémorial, l'usage du blason comme marque distinctive et exclusive a été adopté non seulement chez les combattants appartenant à des familles nobles, puis chez les clercs, les bourgeois et même les artisans. Ainsi devenu général et répandu, beaucoup de villes adoptèrent des signes particuliers qu'elles faisaient graver sur des médailles, des sceaux et des monnaies. Mais ces marques symboliques, empreintes sur la cire ou sur le bronze, ne doivent pas être considérées comme des armoiries ; elles n'en ont en aucune façon les caractères distinctifs. Il est un point qu'il importe de spécifier : on définit dans les armoiries, l'écu et les accessoires.

Description des armoiries de la ville de Tarascon : l'écu

Les armes d'une ville se disposent sur un écu, dont le dessin a souvent varié au cours de l'histoire. L'écu de Tarascon est dit "français" et rappelle le bouclier au temps des guerres de Croisades, sa forme est elliptique et se termine vers le bas en pointe arrondie. L'écu se compose d'un emblème : un château.

Ainsi, c'est l'écu et seulement lui qui constitue le blason, lui seul est sacramentel ; les parties accessoires sont les couronnes murales, les supports, les légendes et les devises. On a donné des formes très variées aux couronnes murales, elles ont dans les armoiries de Tarascon cinq tours. Il n'y en avait pas dans les anciens blasons, leur ajout à l'écu est plus tardif. Les supports sont variés et la devise est très contemporaine.

« »

Cette devise n'a aucun lien avec le blason, elle a un caractère strictement décoratif. L'écu seul compte, tout le reste n'est que fioritures et fantaisies du peintre ou du graveur.

De l’oubli à la mémoire

L'épisode révolutionnaire de 1789 supprima évidemment en masse toutes les armoiries, il n'y eut aucun blason Tarasconnais  pendant la République (les représentants du peuple possédaient un unique et simple cachet représentant la déesse de la Liberté avec comme mention laconique: Représentants du peuple français). Durant cette époque, blasons et armoiries rappelaient de trop mauvais souvenirs: ceux de l'Ancien Régime, que tous préféraient oublier...

Pourtant Napoléon Ier , désireux de satisfaire hommes et communautés, s'attacha à remettre à l'honneur une pratique très appréciée, et cela d'autant plus qu'elle était lucrative pour les finances de l'empire. En 1809, il décida que les villes qui en feraient la demande en Conseil d'état seraient dotées d'armoiries. Tarascon ne souscrit pas à cette démarche.

 

Sous la Restauration, Louis XVIII décida en 1814 que toutes les villes de France reprendraient les armoiries attribuées par les rois. Le conseil municipal de Tarascon eut cependant l'idée de solliciter auprès du roi une modification.

 En effet, au moment où des démarches furent faites pour obtenir le droit de reprendre les anciennes armoiries, le Conseil municipal sous la présidence de M. Estébe Maire , dans la séance du 23 mars 1817, proposa les suivantes, dont on avait conservé le souvenir à Tarascon : « considérant que la ville de Tarascon, une des quatre villes maîtresses du ci-devant Comté de Foix avait en cette qualité obtenue un armorial des anciens rois de Navarre Comtes de Foix, cet armorial existait encore en 1789, tel qu’il est décrit ci après suivant les termes du blason, et dont le plan figuratif de l’écusson sera attaché à l’extrait de la présente, l’armorial décrit comme ci-après :

 

Ecartelé au premier de gueules, à la tour crénelée d’argent, maçonnée de sable, qui est de Tarascon ; au second, d’or à trois pals de gueules, qui est de Foix ; aux troisième et quatrième, d’azur, à deux vaches d’argent, posées l’une au-dessus de l’autre , alaisées, la tête tournée vers le centre, qui est de Béarn ;

Sur le tout, d’azur à trois fleurs de lis d’or ; qui est de France et qui fut adapté à l’armorial, à l’époque ou la Navarre et le comté de Foix ont passé à la couronne de France. L’écusson est surmonté d’une couronne de comte et posée sur deux palmes croisées derrière, dont les bases font saillie de chaque côté de la pointe inférieure et les sommités sortant à chacun des angles supérieurs, en se recourbant légèrement en dehors de l’écu…».


 

 

Les armoiries, propres à Tarascon auraient donc été : de gueules, à la tour crénelée d’argent, maçonnée de sable. Cette description ne figure  pas sur l’armorial Général des d’Hozier de 1697.

 

« … l’assemblée regrette de ne pouvoir fournir les titres, chartes ou lettres patentes pour lesquelles on avait accordé cet armorial ; attendu que les archives de la ville ont été entièrement spoliées pendant le cours de cette longue et pénible révolution, perte irréprochable pour la ville qui ne peut en être dédommagée que par les bontés du Roi à mesure quelle sera dans le cas d’y recourir, comme dans cette circonstance. ».

 

Officielles depuis quatre siècles

Les armoiries proposée par le conseil municipal furent donc soumises à la Commission de Sceau à Paris. Mais, le Préfet de l’Ariège informa le maire de Tarascon , par sa lettre du 15 septembre 1817,  que cette même commission avait trouvé dans l’Armorial Général du Languedoc, et dans celui de Toulouse, que les armoiries de Tarascon avaient été réglées par messieurs les commissaires généraux, le 11 mars 1701, ainsi qu’il suit : « D’azur à un château d’argent ; environné de deux branches de laurier passées en sautoir, en chef et en pointe.

En conséquence, la commission du sceau se refuse à accorder d’autres armoiries que celles ci-dessus à moins que vous ne puissiez justifier de la possession ancienne des autres armoiries par la production de quelques actes revêtus du sceau des dites armoiries…alors elle reviendrait sur la première décision, attendu que l’écu de France ne peut être conservé ou accordé qu’en vertu de grands services dont cet écu serait la récompense et perpétuerait le souvenir. ».

 

Suite à cette lettre le Conseil Municipal, entre en délibération le 19 septembre 1817, et décide que : « Considérant qu’il à équivoqué en demandant par cette délibération précitée, les armoiries de la ville, telles quelles étaient décrites dans la dite délibération, ; que ces armoiries sont celles du ci-devant comté de Foix, et non celles de la ville de Tarascon. et reconnaissant l’impossibilité de se procurer des titres à l’appui de sa demande contenue dans la délibération du 23 mars dernier, se détermine à demander les armoiries réglées en 1701. Qu’il y à d’autant moins de doute à cet égard, qu’elles se trouvent parfaitement conformes à un sceau sur cire, remis sur le Bureau par un des membres du conseil, qui la trouvé par hasard dans ses papiers. »

 

Toutefois, il faudra attendre le 16 octobre 1817 pour que les armoiries soient enregistrées  par lettres patentes. La ville fut autorisée à reprendre le blason tel qu’il était représenté sur l’Armorial Général du Languedoc.

 histoire, archives



Enigme : le timbre sec de 1682

 

Nous avons retrouvé un document des consuls de Tarascon aux Archives départementales de l’Ariège relatif à l’hôpital Saint-Jacques dont la description est celle-ci :

Timbre de forme ovale (2.5 cm H) qui représente un château à trois tours qui surmonte 3 fleurs de lys, 3 bandes horizontales et 2 vachettes, le tout entouré d’un rameau de laurier à gauche et de l’inscription Tarascon à droite.

 

Ce sceau unique par ailleurs,  est à la fois mystérieux et riche d’informations, car l’on retrouve dans celui-ci un mélange des possibles armoiries de Tarascon.

 

Le Blason de Roger-Bernard III de Foix (1265 – 1302)

Aujourd’hui le vieux blason des comtes de Foix, en partie détruit (martelé par le temps ou les hommes) figure en bonne place au dessus de la porte de la tour du Castella. Autrefois, il surmontait l’ancienne porte dite « de Foix ». Cette porte, au bas de la rue du Barry s’ouvrait au nord de la ville de Tarascon sur la place du faubourg Saint-Jacques. Elle fut démolie en 1775 et une partie des matériaux servirent à la construction de l’actuelle tour du Castella, et à la réparation de la porte d’Espagne située au sud.

Il est écartelé : au 1 et au 4, d’or, à trois pals de gueules qui est de Foix ; et au 2 et au 3, d’or, à deux vaches posées l’une au-dessus de l’autre, la tête tournée vers la gauche qui est de Béarn.

 

Ce blason contient les armes communes à tous les comtes de Foix depuis le mariage de Roger Bernard III avec marguerite de Béarn, héritière de cette Vicomté.

 

Pour terminer, il faut souligner que les armoiries municipales font partie du patrimoine incorporel et moral de la cité. Elles n’appartiennent pas au domaine public ou privé de la ville. Elles n’ont qu’une valeur symbolique, elles sont un signe de reconnaissance mais elles n’ont pas de valeur juridique comme ce fût le cas sous l’ancien régime.

 

  Robert-Félix Vicente

 

 

Sources :

-  AD09 -1 Per 3, tome 3

-  AD09 - 135 EDT D1 (séance du Conseil municipal, 23 mars

   1817)

-  AD09 -  4 T3 (dossier commune)

-  AD09  H 199 (dossier hôpital de Tarascon) 

-  Dr. P. Courent. Armorial du Comté de Foix et de la Vicomté

   de Couserans (1938).

- Y.A. CROS du Cercle Généalogique du Languedoc. 

 

 

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 14:26

... ou  histoire du pont de Tarascon sur Ariège

Lorsque vous venez du sud, la curieuse silhouette du Sédours signale de loin le bassin de Tarascon, l’ancien pays des « Tarusques », cité par Pline dans son histoire naturelle.

 

Là, est née la ville de Tarascon, qui au seuil naturel de la haute montagne Ariégeoise, occupe la situation la plus favorisée de tout le val du Pays de Foix. Sa situation géographique, au carrefour de cinq vallées et au contact avec le piémont Ariégeois, avaient fait de Tarascon, jadis une des quatre villes maîtresses du Comté de Foix, un centre commercial assez important.

 

 

 

Le vieux pont de bois

Alors que le paysage vivant de l’ancien Grand Hôtel Francal, lové au pied du rocher qui accueille la tour du Castella, est aujourd’hui entrain de disparaître (actuellement en cours de démolition), qui connaît l’histoire du vieux pont de bois sur l’Ariège ? Sans doute peu de Tarasconais.

 

La ville vit, la ville agit, la ville existe quand au moins un pont rompt son isolement. Aussi, la problématique des voies de communication ne peut paraître étrangère à l’histoire de la vieille cité et nous ne pouvons la passer sous silence à cause des liens étroits qui rattachent au commerce et à la circulation le passage de cette capricieuse rivière.

 

Si la confluence de l’Ariège et du Vicdessos, lui donne déjà de sa personnalité, si l’ensemble pittoresque de l’ancien château surplombant la ceinture d’eau et le pont de pierre a inspiré de nombreux artistes, combien autrefois le passage de la rivière était une préoccupation quotidienne pour l’administration locale.

 

En effet, un des principaux obstacles à la circulation sur le chemin Foix - Ax était la traversée de la rivière de l’Oriège. Car les ponts étaient souvent en très mauvais état et réputés dangereux car généralement construits en bois.(1)

 

Et il importait donc, au plus haut point à la petite ville-marché de Tarascon, encore abritée derrière le reste de ses fortifications, d’avoir des ponts praticables. Ceci afin de permettre le commerce et l’approvisionnement de ses grandes foires annuelles qui faisaient sa renommée.

 

Ancienne « porte » à l’intérieur de la montagne  Ariégeoise, Tarascon a perdu de sa mémoire les problèmes de construction, d’entretien et les conflits qui sont nés au sujet de ses vieux ponts.

Car notre charmante cité en possédait jadis deux et même trois avec le pont de Sabart sur le Vicdessos. Mais les deux à la charge de la communauté étaient le pont d’Allat ou Alat, situé en amont , en limite avec la commune d’Ussat qui permettait le passage vers la haute vallée de l’Ariège, et puis le grand pont, plus urbain, dit « de la ville » aux portes du Barry du « cap del pount », situé au Nord-Ouest. (2)

 

Nous ne décrirons pas les deux ponts. Nous allons uniquement brosser l’histoire assez anecdotique du grand pont de la ville. La voici donc brièvement transcrite , tandis que les dates mises en exergue, constituent les jalons parlants de la marche inexorable du temps.

 

Le pont primitif

L’on peut penser que depuis la première occupation humaine du verrou surplombant la rivière il devait exister un pont. Mais il n’est point de mystère concernant son emplacement à l’époque médiévale.

Rive droite, la rue du pont vieux nous rappelle encore son existence ancienne. Et parfois, lorsque les eaux sont basses et claires, l’on devine ou imagine l’emplacement des piliers et aiguilles de bois dans le lit alors paisible de l’Ariège.

 

Celui-ci était situé cinquante neuf mètres en amont du pont de pierre actuel et bien entendu comme la plupart des autres ponts, il était bâti en bois.

D’après la description et le croquis de 1824, le seul à notre connaissance, il possédait six arches avec pour dimensions 45 mètres de long et 6 mètres de voie entre les appuis.

 

Mais, nous ferons ici appel à la première description qu’en donne un rapport de visite de 1346, et qui peut être retenue pour l’essentiel : « les pontaniers seront tenus metre quatres aiguilles a chaque cabailha du dit pont pour le bien soutenir et metrons sur chaque cabailha six barres et au dessus des hours ou palancon de la longueur de quatorze pans et le tiendront en bon état… ».

Celui-ci devait être en mauvais état car on trouve plus loin qu’il était trop étroit et mal entretenu, que si une bête de bât était engagée, on devait attendre son passage avant de traverser par crainte de tomber et de se noyer. (3)

 

Sur la rive droite, le vieux pont était fermé par un grand « portal » surmonté d’un couvert pour abriter le collecteur des droits de péage ou de pontanage, une taxe de circulation pesant sur les hommes et les bêtes. Côté le Barry du bout du pont, l’actuel faubourg Sainte Quitterie, on tirait une simple chaîne sous la protection d’une grande croix en bois. Il faut signaler que ce n’est uniquement que en l’an 1300 que le dit Barry du bout du pont fût réuni à la ville de Tarascon.

 

C’est au cours du 15ème siècle, que l’enceinte de réunification Barry-clos et la ville comprit l’entrée du pont en son sein, auparavant le vieux pont était hors des murailles sous l’unique surveillance du château.

 

Un pont à péage

On ignore en quel temps a été établi ce droit de pontanage.

On sait seulement par un acte de donation de 1239, que les consuls de Tarascon jouissaient des droits de péage du pont.

En 1258, le Comte de Foix donne à la ville le droit de leude, de mesurage et de pontonage.

 

En 1259, le Comte Roger-Bernard de Foix, donna et concéda à un certain Guillaume Andarrani et à ses descendants, le pont de Tarascon, situé sur la rivière de l’Oriège, proche du moulin de Guillaume Aniau.

Le preneur s’obligea à l’entretien du pont et en cas de négligence de sa part, il fut convenu que le droit inféodé reviendrait au Comte et à la communauté de Tarascon. Ce qui arriva , Andarrani déguerpit car ne remplissant pas les conditions qui lui avaient été imposées dans l’acte de bail.

 

Les Consuls inféodèrent en 1283  le pont de la ville à Guillaume Bayardi, Pierre et Raimond Marty avec les droits qui en dépendaient , à la charge de le tenir en bon état..

Le 30 septembre 1286, le Comte accorde aux consuls l’immunité du droit de leude, gabelle et péage.

 

Ce privilège de pontanage dont jouissait la cité de Tarascon encore attesté par le bail à fief de 1299 et par les procès-verbaux de visite de 1342 et 1346, était donc très vieux et incontestable.

 D’ailleurs tous les différents Comtes de Foix et ensuite les rois de France reconnurent parmi l’ensemble des privilèges ce droit de péage.

Tel l’extrait de 7 décembre 1445 du grand livre blanc ou inventaire des titres des anciens des Comtes qui indique : « ...Item en lo loc de Tarascon, Monseignor lo Comte Solia aber Certain Bladage, per los ponts que debia tenir à Tarascon , mas es estat baillat à nouvel fief als hommes que son tenguts de tenir les Ponts condreits... ».

Ceci prouve d’abord que les Comtes étaient obligés d’entretenir les ponts ; qu’ils les ont tous inféodés et que le droit de Pontanage était payable en grain.


En 1445, les droits de péage devaient paraître considérables puisque pour éluder ces taxes, nombreux étaient ceux qui passaient par la vallée d’Arnave pour gagner le Lordadais et la vallée d’Ax. Aussi, le Comte Gaston permit aux consuls de Tarascon de lever et d’exiger sur ceux qui passeraient par le chemin et vallon d’Arnave, le droit de pontanage tel qu’il se percevait sur les ponts et lieu de Tarascon. (4)

 

Ce droit de pontanage était affermé par les consuls à prix d’argent pour une année. Tout au du 16ème siècle on remarque que les fermiers du pont étaient ordinairement de Les Cabannes.

Les deux ponts de Tarascon étaient les plus importants de tout le Pays de Foix et tous les villages de l’amont jusqu’à Mérens et Vicdessos étaient abonnés au droit de pontanage de Tarascon.

Toutes les personnes empruntant le pont, trouvaient consignées à son abord sur une pancarte de « taule ou d’airain » les tarifs bien lisibles des différents droits à acquitter. (5) 


Si les droits perçus fournissaient à la ville une part appréciable de ses revenus, ils évoquent aussi la vie habituelle des chemins de la Haut Comté, de par leurs détails : « … mulets isolés ou en caravane, chargés de fer, de lin, de tissus ou encore de vin, de grains, de troupeaux de vaches, moutons, chèvres enfin ânes, chevaux ou mulets sans charges … ».

 

Voici quelques tarifs perçus en 1724 :

3 deniers tournois pour chaque bête affine passant sur le grand pont

6 deniers tournois pour chaque cheval, jument ou mulet

2 sous tournois pour chaque charrette ou voiture

6 deniers tournois pour chaque bœuf ou vache

1 denier tournois pour chaque mouton, brebis, chèvre ou bouc.

Lorsque le retour a lieu le même jour par le pont, ces droits ne peuvent être perçu qu’une seule fois.(6)

 

Les dénombrements de 1669 et 1736, et la reconnaissance de 1672, fixent le droit de pontanage : «...à une mesure de seigle pour chaque famille qui a bête de bât, ou de voiture, et moitié moins pour celles qui n’en ont pas et ce depuis le lieu de Montoulieu consulat de Foix jusque au lieu appelé le fach de gueytes qui est entre Saurat et Massat et de là al pas de Sabart, et dudit pas jusques au lieu appelé le pas d’Arteich qui est au dessus de Siguer , à ce compris le lieu de Saurat et tous les autres lieux qui sont dans les limites ; comme aussi prend (la communauté de Tarascon) un denier et demi pour chaque bête à bât, bœuf ou vache qui passent sur le dit pont, pour ceux qui ne sont pas compris dans lesdites enclaves, et un sol six deniers pour chaque cent de brebis ou moutons ». (7)


En 1760 on observe : «… que le revenu du pont se consomme tous les ans au moyen des réparations qu’on est obligé d’y faire et on peut dire que le dit pont est plutôt à charge qu’avantageux pour la communauté».

 

Les Consuls de Tarascon, qui avaient successivement fait condamner pour non paiement de l’abonnement la plupart des communautés sujettes à ce droit : 1355 Mercus, 1356 Vaychis, 1540 Saurat, 1612 Montoulieu et Seignaux, 1615 la ville d’Ax, 1644 des particuliers d’Arignac, 1647 et 1649 Siguer, 1656 Rabat, 1670 Montoulieux, Seignaux, Larnat, Orgeix, Tignac et Sorgeat, en 1671 Château Verdun et Miglos….

… seront privés du droit de péage et de mesurage suite à un jugement de l’année 1676. Ces droits seront rendu à la communauté en 1681.

Mais un arrêt du conseil d’état du 29 août 1724 demande aux consuls Tarasconais de bien vouloir justifier, encore une fois, du-dit droit de péage.

Aussi, faute d’avoir fournit dans les délais les titres justificatifs de cette ancienne jouissance la communauté perdit encore provisoirement le 10 mars 1771 son droit de pontanage.

 

Pour l’entretien de ses ponts, la ville ne possédait plus que le droit d’aide, une taxe qui se perçoit sur la viande des boucheries, sur l’huile, le sel et autres denrées comme le vin. La communauté récupérera en 1776 ce droit de péage afin de l’abandonner quelques années après sous la condition d’une aide à construire en pierre.

 

Pont de Province

Jusqu’au 18ème siècle le grand pont était considéré comme un des plus importants de tout le Pays de Foix.

En 1779, il était toujours à la charge de la communauté. Tarascon fît l’offre de céder le pont à la province et d’abandonner définitivement son droit de péage. Grâce à l’influence de l’évêque de Pamiers sur les états la cession eût lieu, la communauté ne participant plus qu’à la moitié des charges de construction ou de réparation du dit pont et la province pour l’autre moitié.

 

 

De torrents en rivières…

…les inondations produites par le débordement de l’Ariège et du Vicdessos continuaient de provoquer dans le pays les plus grand ravages. Elles emportaient souvent le frêle pont de bois comme un fétu de paille. Et lorsqu’il n’était en totalité détruit, il devenait temporairement impraticable.

 

En 1668, une inondation emporte le moulin du Pas situé en amont ainsi que le grand pont. (8)

 

En 1702 : «… les deux rivières grossirent si fort qu’elles emportèrent la chaussée du moulin du Pas, le grand pont qui sert de communication non seulement à la haute  et basse ville, mais encore à la plus grande partie des lieux du voisinage dont la communication est absolument nécessaire pour leur subsistances et celle de la communauté… et dont le préjudice après le malheureux accident de l’incendie du Barry clos est un surcroît d’accablement…». (9)

 

Les inondations de notre siècle paraissent d’ampleur très modérées en comparaison de celles des siècles antérieurs.

En 1705 toutes les rivières du Comté débordèrent emportant les ponts de Saverdun, de Pamiers, de Vicdessos, de Tarascon…

 

Si la construction des ponts sera une des grandes affaires de la ville médiévale, le milieu du 18ème siècle semble avoir marqué le summum de délabrement. En effet un arrêt du conseil de 1740 ordonna la construction des grands chemins de la province et on décida de ne plus accorder de subvention pour les ponts tant que les chemins ne seraient terminés.

 

Août 1731, en même temps que l’on répare une partie du garde fou qui était tombé dans l’eau à cause du pourrissement du bois, on annonce : « qu’un cour du grand pont du côté de la place du Faux bourg menace de tomber, les poutres étant aussi pourries… ». (10)

 

 L’état des pertes essuyées par les inondations de 1772 indique que :  « la communauté de Tarascon a souffert des dommages considérables. Les eaux ayant emporté deux ponts qui servaient de communication dans le pays de Foix, elles ont aussi dégradé tous les ouvrages qui étaient le long de la rivière…et ont enfin crouler dans le fauxbourg une église dont il ne reste que les fondements ». (11)

 

La délibération du 22 mai 1773 nous informe que : « …le pont de cette ville vient d’essuyer de si fortes secousses par l’inondation du 19 mai et par les pièces de bois que les eaux ont entraînées, qu’il s’est abaissé de trois pans et qu’on ne peut presque pas y passer sans danger, il est même à craindre qu’il ne soit totalement emporté s’il survient une seconde inondation… ».

 

 

En 1774, le grand pont est reconstruit et élargi de deux pans et demi et il passe donc à quatorze pans. (12)

 

En 1783, on suspend à nouveau les travaux des ponts pour hâter la constructions des routes.

Ces catastrophes se produisaient pratiquement toutes les années et comme les torrents débordaient souvent , les réparations étaient fréquentes. Les finances de la commune ne permettaient que de reconstruire en bois. Le pont était en permanence en travaux ou bien détruit. La communauté s’épuisa. Car jusqu’au milieu du 19ème siècle rien n’était encore décisif.

 

La route d’Espagne qui traverse Tarascon est la plus importante pour la république de l’An 11 et l’on souligne que lorsque les ponts deviennent impraticables le commerce en souffre considérablement.

 

Le pont de pierre

Tarascon continuait de prospérer . Grand marché de la montagne , entrepôt général des fers de la Vallée du Vicdessos ; ses foires de printemps et de septembre attiraient toujours une affluence considérable d’étrangers. Aussi fallait-il songer à remplacer le pont de bois qui enjambait la capricieuse rivière par un solide pont en pierre de taille.

 

 En 1437, le Gaston IV de Foix renouvelle le privilège déjà accordé aux consuls et habitants de Tarascon en 1333 de lever un droit d’aide , afin de faire grâce aux revenus : « deux piliers de pierre sur le fleuve appelé l’Oriège pour y  bâtir un pont… ». (13)

 

Mais,  trois siècles après la situation est toujours la même rien n’avait été fait ! Car en 1707, Jean-Baptiste Teynier conseiller du Roi et Maire déclare à son conseil que : « les réparations des deux ponts qui sont sur la rivière de l’Ariège consument la communauté, il serait de son bien et de son utilité de prendre des moyens qui puisent la garantir de ces excessives dépenses et qu’il n’en paraît pas de plus sûr que de faire un pilier à pierre et à chaux, au moins au grand pont à l’endroit ou les inondations font le plus grand effort et ou elles emportent ordinairement les aiguilles… ». (14)

 

On envisagera réellement cette construction de piliers qu’à partir de 1777. (15)

En 1779, la communauté, avec la condition d’abandonner son droit de péage, exposa les plans d’un projet de faire bâtir un pont de pierre par la province . Car à cette époque suivant le rapport du Maire Jacques Séré le pont était toujours dans un état de délabrement total, en effet : « le grand pont menace ruine très prochaine, il n’est personne de vous messieurs, qui n’ignore que les poutres , le plancher, les gardes corps sont pourris, que presque chaque jours des bêtes de somme ont été en danger d’y périr , que depuis peu , nombre de personnes ont manqué à être entraînées dans l’eau par la chute d’un garde corps sur lequel ils s’appuyaient… ». (16)

 

Mais malheureusement la Province n’accéda pas aux désirs et besoins de la communauté. Pourtant, les Etats du Pays de Foix engageaient toujours les villes à construire des ponts en maçonnerie et quand ils accordaient une subvention ils exigeaient, si aucun titre formel ne s’y opposait, la suppression du droit de pontonnage.


Dans un procès verbal du Conseil Général de l’an 9 on dénonce que cet impôt (péage) : « est plus nuisible au commerce dans ce département que partout ailleurs, parce que les pauvres habitants des montagnes qui n’ont d’autres ressources que les profits qu’ils peuvent faire sur les bestiaux se trouvent obligés de les faire passer et repasser à diverses barrières pour les conduire aux différentes foires ou souvent ils ne peuvent les vendre ; il en résulte pour eux une répétition de droits à payer qui les ruine… ». (17)

 

Germinal de l’an 6, le pont de bois de Tarascon ainsi que le pont d’Alat, étaient tout deux de nouveau hors d’état de service : « je vous instruit citoyen que le grand pont de cette commune tombe tous les jours pièce à pièce par pourriture, qu’il est percé de trous, que les passants y courent le plus grand danger, que tous les jours il y arrive des accidents… ». (18)

 

Le 4 vendémiaire de la même année pour le grand bonheur de tous les administrés, l’administration centrale du département fera réparer les ouvrages en question. (19)

 

Mais il faut souligner que les débordement de la rivière et les outrages du temps n’étaient les seuls coupables au délabrement continuel du pont. En effet un arrêt du bureau de police administrative de  Tarascon du 15 messidor de l’an 5 indique qu’il : « est défendu jusqu’à nouvel ordre à tout roulier de faire passer sur le dit pont aucune charrette portant plus de poids que ne pourra entraîner un seul cheval ». (20)

 

En effet le gros roulage était aussi très destructif, car des énormes charrettes à cinq et six chevaux chargées de quatre vingt quintaux au moins, traversent quotidiennement le pont et l’affaisse de manière à le détruire entièrement.

 

La route d’Espagne qui en 1858 n’était toujours pas achevée après Ax était l’objet d’un trafic très important. La fréquentation moyenne dans le passage de Tarascon était d’après les statistiques de 1852-53 de 200 colliers par jour, 241 en 1889 et un mouvement annuel de marchandises dépassant les 80 000 tonnes. (21)

 

L’histoire change mais se fait presque toujours au même endroit, d’où les illusions de la continuité.

Et, ce n’est qu’en 1824 que la décision de commencer cet ouvrage tant attendu depuis plusieurs siècles par les Tarasconnais fût enfin prise.

 

Mais, c’était sans compter sur Dame Nature, qui encore une fois par la crue de 1827, alors qu’il était en cours de construction,  détruisit tous les efforts et une partie de ce qui avait été déjà bâti, entraînant par ailleurs le pont de  service et quantité de matériaux. Au moment de l’accident, on avait déjà dépensé 65 678 F ; pour terminer les travaux une nouvelle adjudication s’éleva à 86 402 F, majorant fortement les prévisions initiales. Au total, le pont coûta environ 162 000 Francs. (22)

 

Le pont était tellement attendu par les populations de la montagne, qu’il sera inauguré en 1830 et cela un an avant d’être définitivement terminé.

 

C’était un beau pont construit en marbre brut provenant des belles et abondantes carrières toutes proches de Mercus et de la montagne de "las Fourques" à Tarascon, d’une longueur de 45 mètres et d’une largeur de 9 mètres. Il donna d’ailleurs naissance aux deux quais que nous connaissons actuellement, sur la rive droite l’ancien quai des Cussols qui sera baptisé quai Armand Sylvestre en 1901, et rive gauche le quai de l’Ariège. Il furent élevés sur l’emplacement des maisons de la rue des Cussols et d’anciens jardins qui autrefois s’étalaient en pente douce jusqu’au rivage de la tumultueuse Ariège. Il faut aussi souligner qu’enfin, avec ce nouveau pont, le faubourg Sainte Quitterie depuis son rattachement en 1300, fît vraiment corps avec la ville.

 

Le vieux pont de bois devait résister aux hommes et aux éléments encore quelque temps. Les habitants de Tarascon voulurent le conserver pour « utilité et agrément », mais la municipalité pour le conserver et l’utiliser comme pont piétonnier aurait dût le démolir et le reconstruire à neuf, ce qui aurait entraîné une dépense qui ne paraissait pas assez motivé par le peu d’utilité que la ville en retirerait.

Aussi, pour la première fois de sa longue histoire, il fût donc démoli par décision du Préfet au printemps 1836 et les matériaux vendus pour la somme de 1000 F.(23)

 

 

 

Le 18 juin 1912, Emile Francal maître d’hôtel demandera à la commune l’aliénation d’une partie du quai contigu à son hôtel. Ceci afin de créer un passage dans le mur de la culée de l’ancien pont pour accéder à la terrasse couverte qu’il avait construit au-dessus de la rivière.

 

Aujourd’hui, le limpide miroir des eaux de l’Ariège ou se mêlent celles du Vicdessos ne reflètent plus que la silhouette fantastique des roches dénudées du Castella et d’un hôtel délabré.

 

Le Francal vit ses dernières heures ! peut-on lire dans un magazine municipal. En effet le vieil hôtel ne sera plus sur les futures cartes postales. C’est bien dommage qu’une partie du patrimoine immobilier Tarasconnais tombe ainsi pour toujours dans l’oubli, tout comme les traces du vieux pont de bois.

 

Mais, si depuis 180 ans l’eau de l’Ariège fuit sous les trois grandes arches de pierre, Tarascon sera toujours gai et riant « si pasos y demoros ».

 

 

 

Sur le quai de Sylvestre, à l’heure pâlissante

Où le jour jette encore de tremblantes lueurs,

Qu’il est doux d’aspirer l’haleine caressante

De la brise du soir apportant des senteurs.

                    Jean LAURENT - 1904



Robert-Félix Vicente

 

 

 

 

Sources : 

(AD09 pour Archives Départementales de l’Ariège)

 

 1- Maurice DAVID « le développement des routes et les chemins en Ariège ».(1984)

 2- AD09- 135 EDT CC1 et 1MI 4R10 (acte en langage gascon du 16 juin 1403) 

 3- AD09 – 8° 145 (Achille LUCHAIRE - les idiomes Pyrénéens)

 4- AD09- 135 EDT 15 (Cartulaire de Tarascon n°22)

 5- AD09 – 1 C 156

 6- AD09- 1 C 31 (Arrêt du Conseil d’état du 29 août 1724)

 7- AD09- 1 C 156 (Arrêt du Conseil d’état 1779)

 8- AD09- 135 EDT BB2 (Délibération municipale de mai 1668)

 9- AD09- 135 EDT BB3 (Délibération municipale du 16 juillet 1702)

10- AD09- 135 EDT BB3 (Délibération municipale août 1731)

11- AD09 – 1 C 31 (enquête du 17 septembre 1772)

12- AD09- 135 EDT BB8 (Délibération municipale du 8 sept.1774)

13- AD09- 1 MI 4 R 10 - Fond DOAT.vol 95 f° 188r – 191r

14- AD09- 135 EDT BB4 (Délibération municipale du 14 mars 1707)

15- Archives Nationales- H 1.717 (Mémoire des syndics des états de Foix - 15 février 1777)

16- AD09- 135 EDT BB8 (Délibération municipale du 8 août 1779)

17- AD09- 1 N 3 (P.V du Conseil Général du 15 germinal An 9)

18- AD09- EDT D4 (Délibération du canton de Tarascon du 4 germinal An 6)

19- Archives Nationales- F 14. 776 (routes et ponts)

20- AD09- 135 EDT I2 (arrêt de police du 15 messidor An 5)

21- Archives Nationales- F 14.1687 (rapport du 31 mai 1855)

22- Archives Nationales- F 1C ariège  3

23- AD09- 135 EDT O1

 

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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 09:44

Lorsque vous venez du sud, la curieuse silhouette du Sédours (ou Soudours) signale de loin le bassin de Tarascon sur Ariège, l’ancien pays des « Tarusques », cité par Pline dans son histoire Naturelle.

On ne saurait préciser certainement l’étymologie de Tarascon sur Ariège, mais il est admis que « Taruscon », II° siècle ( Strabon ), Tarascone , IV° siècle et Tarasconem  forme ancienne en 1150 dérivent de  « Tar », une des bases pré-indo-européennes, signifiant pierre - rocher suivie d’un suffixe -asc et -onem, caractéristiques des toponymes concentrés dans la Ligurie Italienne et la Provence.

Nous sommes donc, dans un des plus vieux terroirs habités de l’Ariège.

Les romains ont trouvé là, une tribu qu’ils ont appelée « Tarascunnienses » du nom de leur bourgade.

 

Au débouché de la vallée de l’Ariège, une couronne de villages aux noms celtiques (Quié ) ou gallo-romains ( Banat, Rabat, Bédeilhac, Ménac, Arignac...), enveloppe le bassin de Tarascon, au contact des terres labourables du fond alluvial et des parois buissonneuses des rocs calcaire ou s’ouvrent les abris magdaléniens et néolithiques, ancêtres de ces regroupements.

 

La ville de Tarascon sur Ariège est née au seuil et au carrefour naturel de la haute montagne Ariégeoise.

Elle y occupe la situation la plus favorisée de tout le val du Pays de Foix.

Les avantages économiques de cette position sur la plus grande confluence de plusieurs cours d’eau ( Courbière, Vicdessos, Ariège ), fait de Tarascon le marché agricole de six vallées convergentes.

A sa situation économique, Tarascon joint aussi un site de défense : le verrou glaciaire qui supporte l’ancien château et la ville haute, ensemble pittoresque qui a inspiré de nombreux artistes.

 

Aujourd’hui, le limpide miroir des eaux de l’Ariège ou se mêlent celles du Vicdessos ne reflètent plus que la silhouette fantastique des roches dénudées du Castella, murs croulants, parure de ce noble pays, dont il fît la force et l’orgueil : l’ancien Sabarthès.

Son château féodal devait être assez important pour porter ombrage à Richelieu qui en ordonna la démolition en 1632.

 

Tarascon sur Ariège : la porte des montagnes, s’ouvre sur huit siècles d’histoire.

 

Entre 1149 - 1188, date de l’octroi des Coutumes, consacrant ses libertés bourgeoises, par le Comte Roger Bernard 1er , Tarascon se développa autour de son ancien château comtal.

Dés alors, la capitale du Sabarthés, restera une ville libre de la mouvance des Comtes de Foix jusqu'au rattachement du Comté à la couronne de France par Henry IV.

Cette importante charte, fut concédée pendant une période de réelle croissance économique et démographique.

 

Tarascon n’est pas à vraiment dire un terroir riche, mais se trouve au centre de tous les échanges du haut pays et surtout sur l’axe principal du Sabarthés. L’importance de l’agglomération et de ses ponts sera indiscutable pendant plusieurs siècles .

 

C’est certainement à cette période de croissance, que la ville se dotera de remparts protecteurs.

Avec une première muraille ouverte par deux portes, celle du Mazel-Viel au sud, appelée aussi de Malbec ou d’Espagne et celle de la Leude ou du Saut  au nord.

Une seconde enceinte, vînt au 13ème siècle unifier la vielle ville, alors habitée par une  bourgeoisie marchande, à un premier faubourg, le Barry clos habité par d’autres marchands et artisans.

Cette ceinture de pierre s’ouvrait alors par quatre portes ; la porte du vieux pont de bois, les portes fortifiées de Foix au Nord, du foirail ou de La Caussade à  l’est et d’Espagne au sud.

 

Les rues de la ville sont montantes, tortueuses et étroites, pavées de petits galets de la rivière proche .

Les maisons hautes et resserrées, en pierre et pans de bois sont recouvertes en ardoises extraites de Siguer.

Constructions parfois éphémères, puisque en 1640 un violent incendie emporta en pleine nuit presque tout le Barry clos, un autre de ces malheureux incendie ravagea en 1701, la ville depuis la place du marché jusqu’aux portes de la Leude et du Foirail. Provoquant des pertes architecturales importantes et apportant la ruine et la misère au sein d’une population déjà éprouvée par tout un système d’impôts divers.

Tarascon fût reconstruite avec l’aide financière du roi Soleil, Louis XIV.

 

On retrouve, encore aujourd’hui dans le contexte de la grande et vieille place, une sorte de rue préau, qui devait, autrefois, se prolonger vers la porte d’Espagne avec en vis à vis d’autres couverts, dont les derniers témoignages ont disparus au début du 20ème siècle.

Véritable forum, on trouvait là, l’église, la maison consulaire , la prison, le marché aux grains, et surtout un ensemble d’échoppes, de comptoirs et de devantures en bois, grossièrement charpentées, aujourd’hui effritées par le temps.

Les imposantes maisons reposaient sur des piliers quadrangulaires en bois, puis en maçonnerie, sans art et  supportant au dessus de ce premier auvent, jusqu’à trois à quatre niveaux d'habitations.

 

Le porche encore actuel de l’église de Notre-Dame de la Daurade, ancien parvis des élections consulaires et gardien des mesures à grains, se trouvait au centre de ce poumon économique.

Autres signes du développement de l’espace urbain et industriel, Tarascon possédait deux ponts de bois, des moulins bladiers et drapiers, des forges, des tuileries, des tanneries et surtout un grand champ de foire dont un marché aux grains attesté depuis le 13ème siècle.

 

Même si les ponts de la ville ont fuit notre mémoire, les eaux mystérieuses de l’Ariège conservent à jamais en dessous du gouffre de la Mayré, les restes de ces ouvrages  qui permettaient le passage de la rivière.

Le grand pont unissait depuis un temps immémorial le Barry-clos et la ville haute au faubourg Sainte Quitterie dit le Barry du bout du pont, situé sur la rive gauche.

Ce grand pont, fût le témoin, à travers les siècles, de toute l’activité tarasconaise. Souvent détruits par les flots impétueux, ils seront toujours reconstruits pour la survie de l’agglomération ( car source de revenus par les droits de pontonage ) et du haut pays.

 

Si jadis, Tarascon, fût une des quatre villes principales du Comté de Foix, sa population n’explosa pas avant le milieu du 19ème siècle en dépassant pour la première fois les 1500 habitants. C’est aussi, la seule localité en 1390, à posséder un vrai maître d’école.

Au sein de son consulat, la ville prospéra grâce à son rôle économique et son influence politique sur le reste du pays.

 

L’activité commerciale de Tarascon se manifesta d’abord, dans ses importantes foires de printemps et d’automne, et de ses nombreux marchés qui avaient alors un rayonnement régional.

Les Espagnols et surtout les Aragonais qui les fréquentaient en grand nombre, avaient obtenus le privilège de ne point être molester par quiconque durant toute la tenue de ces foires.

 

Les produits agricoles, tel comme nous l’indique les leudes ( taxe ) à l’entrée de la ville, formeront , comme il est normal une des bases de ce commerce : céréales, vin, sel, bêtes, toisons, fromages des cabanes ou orris du haut Vicdessos....

 

Mais surtout, Tarascon devînt un foyer textile très important où les marchants drapiers occuperont une place privilégiée économiquement et socialement.

Ce sera là, très longtemps la principale activité industrielle de la petite cité.

La ville restera, malgré la mauvaise qualité des laines de la race ovine tarasconaise, puisque on était obligé d’en importer de la Catalogne et de l’Andorre voisine, tout au long du 18ème siècle le principal centre de production de Cordelats de la généralité de Perpignan.

 

La tannerie, le travail du cuir, de l’étain et la petite orfèvrerie vont employer aussi de nombreux artisans. Tandis que La campagne proche continuera à approvisionner en légumes, céréales fourrages et fruits divers les marchés hebdomadaires de la petite cité. 


Si les pareurs de draps de l’époque médiévale parvinrent à installer un parfaite oligarchie administrative, qui survivra d’ailleurs bien après la Révolution, en monopolisant les charges consulaires , ils deviendront aussi de grands propriétaires fonciers.

Les mêmes se transformeront, plus tard en négociants en fer et en maîtres de forges, ceci lorsque Tarascon deviendra l’entrepôt des fers de la haute Ariège.

 

On assista alors à une reconversion d’une partie de la bourgeoisie marchande locale, on vécu le déclin de l’activité textile, dû certainement à une mauvaise conjoncture et à la concurrence étrangère, et à l’extinction de certaines grandes familles de notables.

 

Le quartier de la  vieille place, peu à peu, perdit son âme et de son importance.

C’est sur la rive gauche, quartier souvent rival , dans le Barry du Bout du pont  qui avait voulu se séparer de Tarascon en 1790, qu’étaient situés les hauts-fourneaux de la Société Métallurgique de l’Ariège.

Depuis la disparition des forges à la catalane, on convertissaient là, en fonte, les célèbres minerais de fer du Rancié, de Château Verdun, de Larcat  et de Rabat.

Aujourd’hui, un collège, la gendarmerie et un ensemble locatif remplace  les hauts fourneaux, jadis pourvoyeurs d’emplois.

Les derniers remparts industriels de l’époque moderne se trouvent situés au débouché de la vallée du Vicdessos. L’actuelle Société Alcan (ex Péchiney) y occupe le site depuis le début du 20ème siècle.

 

Si la peste, les incendies, les invasions, les guerres de religions, la grande peur, la terreur révolutionnaire, les guerres de l’empire ... et la misère n’épargnèrent pas Tarascon, elle fût aussi un centre de résistance et de vie.


Durant la croisade des Albigeois, elle accueillait de nombreux croyants cathares dans toutes les couches de sa société urbaine. Le fameux Pierre Autier y tenait implanté son église clandestine.

Celle ci fut rapidement démantelé par l’inquisition, qui siégea à trois reprises à Tarascon.

L’évêque de Pamiers , Jacques Fournier (futur pape ) en personne y séjourna pour entendre différents témoins.

En 1325, on brûla à Carcassonne, une femme de Tarascon .

 

Dans les épisodes douloureux de notre histoire, les guerres de religion ensanglantèrent au 16ème siècle la petite cité jusqu’alors empreinte de tolérance.

Claude de Lévis, Sieur d’Audou, seigneur huguenot futur gouverneur du Comté, sorti de l’illustre maison de Mirepoix se chargea de faire égorger en 1568, une partie de la population catholique et de frapper à mort le recteur d’Ornolac en prière dans l’église Notre-Dame de la Daurade.

Le cruel, expédia le corps du malheureux au fond d’un gouffre profond, appelé de la "Mayré ". Gouffre maudit, puisque, en représailles, les catholiques en 1569, précipitèrent, à leur tour, une partie de la garnison huguenote du haut du rocher qui supporte l’actuel Castella.

 

Mais Tarascon c’est aussi le pays des cavernes.

En 1578, Henry de Bourbon, roi de Navarre ( le futur  Henry IV ) , séjourna contre toute attente à Tarascon dans le château Lamothe qui appartenait à la famille de Miglos.

Le bon roi fut accueillit par des tirs d‘artillerie, reçu des cartes à jouer comme présent, et une collation avec les meilleurs vins. Et puis, escorté par la jeunesse locale portant des cierges pris dans l’église de la Daurade, il partit dans une escapade visiter la grotte de Lombrives (lombriga écrit dans les textes).

 

Quelques siècles après, Louis Napoléon Bonaparte, roi de Hollande, en cure à Ussat les Bains,  en fera de même.

 

Faux monnayeurs, bandits, réfractaires et résistants de toutes époques occupèrent nos cavernes.

Tarascon, Capitale des grottes, grande fille de la préhistoire surveille aujourd’hui tous ces abris, source impérissable de notre patrimoine.

Le Parc Pyrénéen de l’art préhistorique et le futur musée de la préhistoire de Tarascon en sont des preuves réelles.

 

Comme de cascade en torrent, de torrent en rivière, cette source au fil d’or nous berce sans ennui comme une chanson patoise.

Tarascon sera toujours gai et riant. « si pasos y demoros »

 

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 18:42

Bienvenue sur le Blog de Tarusco. Ensemble, nous allons explorer l'histoire de Tarascon sur Ariège. Notre histoire d'hier à aujourd'hui
!
« .. en dépit de nos montagnes escarpées et nues, et d’un sol qui semble infécond, Tarascon est gai et riant, et respire le bien-être. Ses avenues ont grand air, ses maisons n’ont pas l’aspect triste et pauvre des habitations de la montagne.. ».
Pierre CAZALS in L’Ecolier Ariégeois (1900).

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