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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 09:58

A Tarascon sur Ariège, une école est mentionnée depuis au moins la fin du XIVème siècle puisqu’il est question d’un « mastre de la scola » dans les rôles des feux de 1390, sous Gaston Fébus.
Tout au long du XVII ème siècle, on rencontre plusieurs régents à Tarascon, dont certains ont été même des marchands, sans doute occasionnels, comme Jean Chastaing ou Antoine Faure, puis son fils François ; ils devaient s’occuper de la classe de « l’abécédaire » ou les débutants apprenaient à lire, écrire et compter, qui fonctionnait alors dans la ville. Bien sûr , les ecclésiastiques, comme en 1622 le recteur de Sabart l'abbé Martial Rivière, étaient, aussi, mis à contribution dans ce domaine.

 

Voir ci-dessous l’article de Louis Blazy, « Les écoles à Tarascon à la veille de la Révolution », Bulletin historique du diocèse de Pamiers, Couserans et Mirepoix, 1931-1932, p.309-313.

 

Sur la fin du XVIIIème siècle, la petite ville de Tarascon sur Ariège était pourvue de deux classes, l’une pour les débutants qui apprenaient à « lire, écrire et compter », et l’autre pour les élèves plus avancés auxquels on enseignait les premiers éléments de la langue latine avec un peu de grammaire et de littérature.

 

La régence de la classe dite de « l’abécèdaire » fonctionnait depuis des siècles. Chose inouïe, pendant tout le cours du XVIIIème, elle avait été maintenue, de père en fils, dans la vieille famille tarasconaise des Teynier. Quand le dernier membre, Paul Teynier aîné, mourut le 3  novembre 1791, le maire Saint-André en fit la remarque devant le conseil politique et ajouta que la plupart des concitoyens de la ville étant redevables à cette lignée de régents «  des premiers principes d’éducation qui sont la base des bonnes mœurs, de la tranquillité publique et des charmes de la société », il conviendrait de choisir encore le remplaçant parmi ses parents. Mais l’assemblée fut d’avis de surseoir à la nomination jusqu’à la décision que l’Assemblé Nationale allait prendre sur « l’établissement des écoles gratuites ». Cette vacance serait d’autant moins préjudiciable à la jeunesse qu’il se trouvait à ce moment, à Tarascon, trois ou quatre maîtres particuliers instruisant déjà « avec distinction » certains enfants et jeunes gens de la ville. Ces professeurs pourraient recueillir, momentanément du moins, l’ensemble des écoliers (1).

 

La classe de latin, de création plus récente, ne paraît pas avoir fonctionné avec la même régularité. La pénurie des maîtres, le mauvais état des finances, le nombre restreint des élèves en état de la fréquenter imposaient des vacances. Pendant l’année scolaire 1783-84, elle était restée sans titulaire, car on n’avait pu en découvrir un seul. Le 12 octobre 1783, Saint-André et quelques collègues du conseil avaient reçu mission de procurer un régent « latiniste ». Après neuf mois de recherches, ils trouvèrent le sieur Raymond Dégeilh, jeune prêtre originaire de Massat. Le conseil l’engage pour 400 livres, payables par trimestre et d ‘avance (2).

 

Muni de l’approbation épiscopale le régent entre en fonction le 22 août, presque à la veille des vacances. Afin d’arrondir ses « gages », on lui alloue 100 livres d’indemnité, mais il célébrera la messe matutinale (première messe dominicale) (3).

 

Un conflit s’élève, l’année suiva,nte, au sujet de cette classe de latin. Pour un motif que le registre des délibérations n’indique pas, mais que je crois être la légère majoration du maître « latiniste », le procureur du roi, Pilhes, lors de l’établissement des charges communales, s’oppose à l’imposition des 400 livres destinées à l’abbé Dégeilh et en appelle à l’intendant. Celui-ci demande sons avis à son subdélégué fuxéen Boyer qui, voulant à son tour répondre en connaissance de cause, sollicite les explications du conseil politique de Tarascon. Le conseil s’explique. On donnait anciennement 336 livres, mais « tout a augmenté et augmente tous les jours ». ces Messieurs ont beau insister pour le maintien du régent (4), c’est le procureur du roi qui reçoit satisfaction. Une ordonnance de l’intendant, défend, le 30 juillet, de lever la somme. Le conseil, dépité de son échec, essaie de convertir l’intendant.

«pénétrés de respect pour les ordres de Mgr l’intendant, dit le maire Estèbe (5), nous ne pouvons qu’applaudir à ses vues, et vous inviter à vous y soumettre lors même qu’elles contrarient notre façon de penser. Vous savez quel a été notre avis sur la suppression du maître de latinité ; nous l’avion puisé dans l’uniformité de celui de nos concitoyens. C’était avec plaisir que chacun d’eux supportait la quotité de l’imposition relative à cet objet. Chacun se croyait assez dédommagé par l’avantage infiniment précieux de donner des facilités à la jeunesse pour s’instruire.
C’est dans cette école introduite par nos ancêtres, soutenue par nos pères, maintenue par nous jusque, à ce moment que nous avons vu s’élever des sujets précieux à l’Eglise, au barreau, aux lettres, au commerce et quelquefois dans une classe de citoyens qui, sans ce secours, n’aurait pu parvenir par défaut de fortune à acquérir des connaissances qui ont rendu leurs talents précieux à la société. Nous avions encore un autre motif, c’était celui de conserver les mœurs et de prévenir la dissipation et le libertinage de la jeunesse, suite inévitable de l’ignorance et de l’oisiveté. L’un et l’autre serviront toujours à justifier aux yeux de la postérité notre conduite et nos regrets ».

 

Ces réflexions, si persuasives et si vraies, déterminèrent l’assemblée à supplier l’intendant de revenir sur son ordonnance et d’accorder à la communauté ce qu’il n’avait pu refuser  « qu’à regret ». (6) L’intendant se laissa-t ‘il toucher ? Le registre des délibérations ne le dit point explicitement. Toujours est-il que l’abbé Dégeilh ne quitta la régence et la ville que dans les premiers jours de décembre 1787 (7). La communauté avait pu faire face à ses engagements et lui payer régulièrement se gages. Peu de temps après (8), du reste, elle traitait avec l’abbé Auriac, ancien vicaire de Cazenave, toujours sous les gages annuels de 400 livres augmentés de 100 livres pour la messe matutinale. Ce nouveau régent entre en exercice le 12 mars, mais le 19 octobre suivant, le vicaire  général Durand, sur des palintes portées contre lui, lui retirait ses lettres de régence. Il eut pour successeur l’abbé Maurel qui , entré en fonction le 31 novembre, quitta la place un an plus tard, le 26 novembre 1789, « par défaut d’enfants pour la classe de latinité » (9).

 

Voici le règlement imposé aux régents tarasconnais (10). S’il passe sous silence les programmes scolaires, les manuels en usage, la méthode pédagogique et tant d’autres points sur lesquels on eût aimé être renseigné, il est par contre explicite et clair sur l’horaire des classes et sur leurs vacations.

 

Règlement pour les régents

 

« La communauté de cette ville exige de chacun des deux régents à qui elle confie les écoles une vie exemplaire, une grande application et une exactitude soutenue aux obligations qu’elle leur impose. Ce ne sera qu’autant qu’ils les rempliront qu’ils réussiront à former l’esprit et le cœur de leurs écoliers, à les avancer dans la piété et dans les lettres et qu’ils donneront à tous les particuliers la satisfaction à laquelle ils ont droit de s’attendre.

C’est pour parvenir à ces fins et pour exister et entretenir l’émulation parmi les écoliers que le corps de ville prie et charge MM. Les officiers municipaux de visiter, chaque mois, les deux écoles et d’engager MM. Les curés de se joindre à eux, selon l’ancien usage, afin que tous puissent s’assurer de la vigilance et des soins des régents, des progrès des écoliers, de l’ordre qui règne dans les deux classes, de la méthode qu’on y suit, des exercices qui s’y font, des livres dont on se sert et des auteurs qu’on y explique.

Les écoles s’ouvriront, chaque année, l’après-dîner du premier jour ouvrier qui suivra la fête de la Toussaint et ne se fermeront que le 18septembre de l’année suivante.

Depuis le 2 novembre jusques à Pâques les régents entreront à sept heures et demie du matin et sortiront à dix ; depuis pâques jusques aux vacances ils entreront à sept heures et sortiront à neuf heures et demie. Il assisteront et accompagneront, en tout temps, leurs écoliers à la messe. Si le régent du latin est prêtre, il sera dispensé de ce dernier article. L’heure de l’entrée de l’après-midi sera toujours fixée à une heure et la sortie à quatre heures.

Les régents assisteront encore et conduiront les écoliers, chaque dimanche et jour de fête, à la dernière messe, aux catéchismes, aux vêpres, aux processions et aux saluts du jeudi et autres jours où il pourrait y en avoir. Le régent prêtre en sera dispensé.

Lorsque les saints exercices se feront les jours ouvriers, les régents auront soin de faire entrer en classe les écoliers à l’issue desdits exercices afin d’y vaquer aux leçons accoutumées autant de temps a peu près qu’ils le font les jours de classe ordinaires, ce qu’ils observeront encore, auxdits jours, lorsque l’heure de la messe aura été avancée par quelque raison particulière.

Les écoles vacqueront chaque jeudi, et depuis la Pentecôte jusques aux vacances elles vacqueront l’après-midi du mardi. Si une fête chômée se rencontre le lundi ou le mardi, les écoles vacqueront encore le jeudi pourvu que le vendredi ou le samedi suivants ne soient point jours de fête. Lorsqu’une fête se rencontrera le mercredi, il n’y aura dans cette semaine-là, même après la pentecôte, que ce seul jour de vacances. Si une fête se rencontre le vendredi ou le samedi, les écoles ne vacqueront que l’après-dîner seulement du mardi précédent, même après la Pentecôte. Si dans la même semaine, le lundi et le samedi étaient des jours de fête, les écoles vacqueront l’après-midi du jeudi seulement.

Les écoles vacqueront encore le lundi et mardi gras, la matinée du jour des cendres, l’après-midi du mercredi saint et les trois jours suivants, les trois jours de foire même renvoyée, la matinée des trois jours des rogations, mais dans ces semaines-là il n’y aura pas d’autres jours de vacances.

S’il s ‘élevait quelque difficulté ou quelque doute sur ce règlement, les régents n’entreprendrons pas de décider, mais ils consulteront MM. Les officiers municipaux. Ils les consulteront encore lorsque, dans quelques cas rare et extraordinaire, il conviendrait de faire vacquer les classes.

Il sera remis par le secrétaire de la communauté, le 2 novembre, à chaque régent un exemplaire du présent règlement, et il en sera fait deux copies qui seront affichées aux portes de chaque classe ».

 

 

Louis Blazy.



SOURCES :

(1) Délibération du 6 novembre 1791

(2) Délib. du 27 juillet 1784. dans cette délib. Le conseil chargeait, en outre, les officiers municipaux de procure à la ville une ou deux régentes pour l’éducation des filles.

(3) Délib. du 22 août 1784

(4) Délib. du 1er juillet 1785

(5) Délib. du 27 septembre  1785

(6) Délib. du 9 octobre  1785, le conseil politique s’occupe de nouveau de la question. Les officiers municipaux sont chargés d’adresser copie à l’intendant de la délibération du 27 septembre et de celle dece jour en vue d’obtenir de lui l’imposition des 400 livres.

(7) Délib. du 9 décembre  1787. le curé Fontaines est chargé par cette délibération de trouver un prêtre pour la messe matutinale que l’abbé Dégeilh ne pouvait assurer.

(8) Délib. du 14 février 1788

(9) Délib. des 12 mars, 19 octobre, 30 novembre 1788, des 8 et 26 novembre, 17 décembre 1789. – L’abbé Maurel conserva simplement la fonction de « matutinaire » jusqu’au début d’octobre 1790 (déli. Du 3 octobre 1790).  

(10) Il figure sur le registre à la suite de la délib. du 22 août 1784.

Voir aussi les articles de Claude Builles dans le bulletin municipal de Tarascon sur Ariège
" Proche de vous":
http://www.mairie-tarascon.com/proche/n22/Proche%20de%20vous%2022.pdf

http://www.mairie-tarascon.com/proche/n23/Proche%20de%20vous%2023.pdf

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