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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 16:51

 Tarascon - vue depuis le Pech des Cadenos 

 

Clic sur la photo ci-dessus pour voir l'album !

 

L’ancienne muraille qui fait surgir aujourd’hui les fantômes des guerres et la rudesse des temps révolus, elle est là, parmi nous. Encore présente à de nombreux endroits pour qui sait la voir. Nous la côtoyons souvent sans le savoir.

Nous allons essayer de la reconnaître et l’évoquer afin de faire prendre à la ville une dimension historique. Nous réalisons que les rues parcourues de manière banale sont en fait la résultante d’une histoire ancienne, dense et riche qui nous invite à méditer sur notre présent, et  notre avenir aussi bien. Car même abandonnés, croulants ou disparus, les murs ont profondément marqué la ville.

 

Aspect et croissance de la ville

Lorsque vous venez du sud, la curieuse silhouette du Soudours signale le bassin de Tarascon, l’ancien pays des Tarusques, cité par Pline dans son Histoire Naturelle.

Certes, les origines du peuplement du bassin de Tarascon se perdent dans la nuit des temps, à lui seul, le nom pré-indo européen – Tarusco - de l’agglomération qui s’y est développé l’indique assez bien.  Nous sommes donc, au cœur d’un des plus vieux terroirs habités de l’Ariège, les romains auraient trouvé là, une tribu qu’ils ont appelée Taruscunnienses, du nom peut-être de leur bourgade. Nous savons peu de choses des villes des premiers temps carolingiens, sinon qu’elles ne gardent plus que des très vagues souvenirs de leur passé gallo-romain.

D’après certaines publications, et aucunes sources historiques, cette cité aurait été fondée au 8ème siècle, suite à la victoire de Charlemagne contre les Sarrasins dans la plaine du pré Lombard . Aussi, si l’on prend soin d’abandonner la légende, on découvrira que l’histoire de Tarascon est intimement liée à celle de son château médiéval.

 

Nous ne savons rien de la première forteresse - Castellum Tarascho - qui aurait été bâtie par le premier comte de Foix. Et très peu, sur le château qui va traverser les siècles jusqu’à sa démolition en 1633. Dès lors, le château de Tarascon ne jouera plus aucun rôle dans l'histoire militaire de la région, et l'imposante forteresse médiévale, désormais inutile, tombera dans l'oubli.

Tarascon, semble bien être d’origine féodale, et n’est donc, à l’origine, rien d’autre qu’un château perchée sur un verrou glaciaire dominant la confluence de l’Ariège et du Vicdessos. Tout ce qui a été dit concernant les périodes précédentes n’est que conjectures.

 

On ne sait depuis quand s’était organisé un embryon de vie urbaine sur le site de Tarascon. Aussi, on peut penser que, la nouvelle organisation de la ville médiévale, telle que l’on va la découvrir, masque certainement un habitat réduit et  beaucoup plus ancien.

Car, le premier réflexe fut semble t-il, de réoccuper le site défensif protohistorique. Celui-ci étant parfois réduit à un donjon et une palissade de bois, simple ouvrage de défense et de surveillance du bassin tarasconnais, et non centre de peuplement.

Ce n’est qu’a partir du 10ème siècle, avec la fin des troubles et le renouveau des échanges qui s’ensuit, que les communautés villageoises sortent de leur médiocrité antérieure et deviennent pour certaines des grands centres commerciaux.

 

C’est ainsi que, dans le courant du 11ème  siècle, avec le retour à la paix et surtout l'amélioration des conditions économique, qu’une population de marchands et de miséreux, descendus des montagnes se fixent peu à peu au pied de la forteresse comtale. Désormais, avec la nouvelle conjoncture : la montagne du haut Sabartès est capable de nourrir tant bien que mal ses habitants.

 

Les murailles et la liberté -ou du moins certaines libertés- sont les signes de la ville

« …Toutes les villes murées avaient des franchises, des libertés, des privilèges jusque dans la plus grande anarchie du pouvoir féodal… ». François-Marie Arouet, dit VOLTAIRE, in Dic. phil. Franchise.

 

L’acte de naissance officiel de la ville de Tarascon est certainement l’octroi de la charte de coutumes et de libertés de l’an 1149. La concession du comte Roger-Bernard 1er au « peuple et à l’université » de Tarascon, est le témoignage, sans aucun doute, de l’appui important à sa capitale du Haut Sabarthès.

 

Mais manifestement, cette manœuvre politique comporte aussi une raison économique, par l’obtention des substantiels revenus lies à la prospérité de ce centre de peuplement. Le comte, en offrant des surfaces à bâtir aux immigrants, avait donc intérêt à en seconder le développement. Aussi, il accorda alors aux habitants certaines faveurs, certains privilèges qui, sans les soustraire à la domination féodale, sans leur conférer une véritable indépendance, avait néanmoins pour but et pour effet d’y attirer plus de population.

D’ailleurs, Tarascon, certainement ville ancienne, fut avant la Croisade contre les Albigeois, le premier bourg en pays de Foix, à recevoir une charte de Franchise.

Cela sous-entend que le site est déjà occupé par un habitat, non structuré et  peu important. Mais avec qui il faut s’allier, et qu’il faut entraîner très réellement vers l’existence urbaine, là où les habitants trouveraient la force économique et la sécurité.

 

On peut donc tenir pour certain, que, jusqu’à l’octroi des franchises municipales de 1149, Tarascon n’est que l’embryon d’une bourgade rurale parfaitement ignorée des rédacteurs de chartes. Mais, un bourg rural qui était destinée à s’agrandir, en tirant avantage de sa situation au seuil et au carrefour naturel de la haute montagne du Sabartès. Avec aussi, comme autres avantages, celui du berceau naturel du Castella, que couronne le château comtal, et la proximité de l’ancien site d’influence de l’église Sainte-Marie de Sabart. Encore au Moyen Âge central, Sabart, reste le cœur de la haute Ariège.

 

La situation stratégique majeure de Tarascon, sur la confluence de deux rivières, au point de convergence de six vallées, justifie en partie la réaction du comte de Foix d’organiser, au pied du donjon féodal, un habitat important. Car ce même comte a pour autre objectif de réduire le rayonnement, parfois hostile et concurrent, dans le contrôle de la Via Mercadal, du seigneur du village castral de Quié. D’ailleurs, à la Saint-Michel de septembre de l’année 1286, le comte n’hésite pas à exempter la communauté de Tarascon de payement de leude, de péage, de gabelle et autres subsides dans tout le comté de Foix. Ce même privilège sera confirmé en 1332, 1335, 1364, 1381, 1391, 1401, 1436, 1468… L’expansion tarasconnaise est en en marche !

 

Telle est la situation. Le comte Roger-Bernard 1er et le châtelain de Tarascon s’entendent donc pour jeter les bases d’une agglomération plus importante, la peupler et la faire prospérer. La ville (haute) au plan grossièrement géométrique est crée, adossée au château. Mais, à l’évidence, la capitale du Sabartès ne peut être considérée comme une bastide, n’ayant pas été fondée d’un seul jet ; c’est une ville d’accession à un château préexistant. Et certainement pas une ville nouvelle, puisqu’il existait déjà un habitat ancien sur le léger replat du verrou glaciaire.

 
Un consulat à la porte des montagnes

Subordonné au château comtal, à l’origine, le castrum de Tarascon n’est pas, à vraiment dire, un terroir riche, mais il se trouve au centre de tous les échanges du haut pays et sur l’axe principal du Sabartès. Son activité ne concerne pas le commerce lointain, mais davantage la commercialisation des surplus libérés par le début de la croissance économique et démographique de la campagne environnante.

Abritée derrière ses remparts, protégée par la sauvegarde comtale, gouvernée par ses propres magistrats, Tarascon eut un développement rapide et prospère.

Même, si le consulat n’est pas créé par la première charte, l’on peut supposer qu’il fut acquis plus tard, sous la pression de la communauté soucieuse d’assurer elle-même la gestion municipale.

Notons que déjà en 1216, afin de représenter la population de Tarascon, on trouve dans les actes, un groupe de notables, dénommés  prud’hommes ou « les plus sages », qui s’occupent d’administrer les biens de la communauté. Les consuls tarasconnais apparaîtrons pour la première fois dans un acte concernant le pont en 1239 (voir 1259).

 

Malheureusement aucun document d’établissement de ce consulat n’est arrivée jusqu’à nous. Accompagnée d’un certains nombre de privilèges, cette charte,  permit aux habitants de se gouverner eux-même, mais sous le contrôle des comtes de Foix, puis du roi de France.

L’importance des consuls est fondamentale, depuis le 13ème siècle, ils font la vie de la ville. Ces mêmes consuls, au nombre de quatre, avaient rang et voix délibérative aux Etats généraux et en la chambre des comptes du pays, comme appartenant à la troisième des quatre villes maîtresses du pays.

 

Le château était et restera affaire seigneuriale, symbole de l’autorité comtale, puis royale. Les murs de ville, symbole de la réalité urbaine autant qu’élément essentiel de protection, eux relevaient de l’administration consulaire, dont ils furent un souci financier constant. Comme l’indique plusieurs actes de 1333,1437,1467 et 1468, le comte de Foix accorde aux consuls de Tarascon un droit d’aide « adjudo », pour subvenir à l’entretien de la Clausure. Nous constatons aussi que l’entretien courant de l’enceinte villageoise semble avoir été négligée en temps de paix pour s’accélérer à l’aube de périodes plus troubles (guerres et épidémies). L’apogée de ces constructions consulaires, à caractère militaire, sera certainement le 14ème siècle avec la construction des doubles tours portes de Foix , du Mazel Viel et surtout de la haute tour de l’église St-Michel.

 

Tout autour du château, les remparts de la ville

« Ce sont les villes murées qui assurent la tranquillité au-dedans et les fortifications qui font la sûreté des frontières », écrit Vauban en 1700.

 

L'indigence de la documentation du Moyen-âge et la quasi absence de vestiges du passé médiéval dans la ville actuelle rendent difficile toute description du Tarascon médiéval. Mais, après avoir examiné quelques jalons historiques, un document du 13ème  siècle (1216 ou 1223),  nous permet cependant, de circonscrire, à grands traits, le castrum (château + habitat qui y  est associé) avec ses faubourgs et son enceinte.

 

Au Moyen Age, les fortifications faisaient partie des caractéristiques essentielles des villes. Aussi, vers la fin du 12ème siècle, Tarascon, sous administration consulaire,  se dotera de remparts protecteurs. Ils ne servaient pas seulement à la défense contre les ennemis et les bandes de brigands, contre les bêtes sauvages parfois, mais symbolisaient aussi la puissance et l'autonomie politique de la ville.

Tout autour du noyau ancien, la ville, dominée par le château à qui elle doit naissance, décrit une sorte d’ellipse correspondant aux murailles dont elle était entourée.

Tarascon était donc une ville enclose de murs, avec des rues étroites, parfois en pente raide, avec des maisons en pierre et pan de bois, hautes et resserrées.

 

La présence de l’enceinte de pierre va commander également l’allure de la croissance urbaine. Celle-ci s’est faite du sud vers le nord, par à-coups, marqués par au moins deux extensions successives de la muraille, qui aura pour effet de stabiliser, pour des siècles, la superficie urbaine. Sans doute l’enceinte villageoise, enfermant une faible superficie d’environ 2,5 hectares, dont on peut suivre encore aujourd’hui le tracé, date t-elle approximativement de cette époque

 

Les beaux vestiges des remparts, visibles encore aujourd’hui au regard de la rivière, sont en partie, ceux de la projection de l’ancien château comtal sur le sommet du verrou et des murs de ville au sud-ouest. Par contre, le reste de l’enceinte de ville, qui avait une forme déterminée par la topographie du relief naturel, et qui se développait sur la limite inférieure du cône de déjection, à complètement disparue. 

 

Malgré la topographie naturelle du verrou, le plan est donc nettement géométrique. A l’origine, le mur de ville délimitait une ville haute de type semi-enveloppant autour du castrum. Ce noyau ancien de la ville était formé par une douzaine d’îlots de maisons au centre desquels se trouve la place dite du marché.

Cette place est percée au centre-sud de la ville close, devant le parvis de l’ancienne église dédiée à Saint Paul construite au 11ème siècle, appelée plus tard N.D. de la Daurade.

Au cœur de la vieille urbanisation médiévale, cette agora, était jadis entourée d’une forte concentration de maisons. On peut aussi attester que la totalité des maisons, dont une façade s’ouvrait sur la place,  reposaient sur des piliers de bois. Telle la maison de Jehan Séré en 1575 (inscrite aux M.H. en avril 1950), que nous signalons pour son intérêt historique. Ces maisons formaient sur trois côtés de la dite place un ensemble de rues en galeries ou couverts. Aujourd’hui, la place à perdu, suites aux importants incendies, autres dégradations du temps, alignement et acquisitions, les deux tiers de ces mêmes habitations à arcades.

 

A cette période la pénétration dans la ville se fait par deux portes. L’enceinte de pierre est percée au sud par porte du Mazel Viel, et au nord par la porte de la leude, aussi, appelée porte du Saut. Au 18ème siècle, elle permet de lever la taxe (leude) portant sur les marchandises entrant dans la ville, à l’occasion d’une foire ou d’un marché. En 1262, cette leude, qui dépend du comte de Foix, rapporte plus de 100 sous toulza

 

Le contrôle des deux ponts à péage, source importante de revenus et l’existence de marchés et de foires, accélèrent la croissance de la ville.

La situation commerciale de la ville est aussi favorisée par l’activité de plusieurs  moulins bladiers, de tanneries, de foulons et de teintureries, qui seront les premiers signes d’un réel développement économique.

 

Mais, le territoire ainsi délimité par la première enceinte sera rapidement trop exigu et l’expansion villageoise va se poursuivre au nord.

Un barri (quartier au pied du rempart) composé de six îlots de maisons, d’incorporation plus tardive à la ville forte, va alors se situer entre la ville haute et le site du pont actuel sur l’Ariège, autour de l’abrupte chaussée ou « caussade ». C’est certainement, cette ancienne carrieram publicam de 1222 qui deviendra la rue de Foix ou du Barri Clos.

 

Le Barri Clos

La Communauté de Tarascon, jusqu'alors imprécise, mal connue, apparaît et se manifeste pour la première fois d'une façon nette dès la première moitié du 13ème siècle.

Il semble donc, que la ville et ses faubourgs aient été en place, et que cet ensemble se soit maintenu sans grandes modifications pendant tout l'Ancien régime.

Une charte de coutume à été confirmée une première fois en 1212, puis en 1216 et enfin en 1223.

Notons à ce propos, que c’est, par cette nouvelle charte de franchises accordées aux prud’hommes et à la communauté, que le comte Raimon-Roger de Foix, règle l’expansion d’un nouveau faubourg « fors le bourg », donc en dehors des remparts de la ville.

Tout en taxant les habitants de ce barri, le comte, autorisera tout de même le lotissement de cet habitat spontané qui se presse contre la muraille primitive.

Très proche, trop proche, voir attenant aux rempart de la ville haute, ce nouveau faubourg avait tendance à amoindrir les capacités de défense de l’enceinte de la ville forte, sur son côté nord, le plus exposé. Aussi, pour des raisons tactiques, le nouveau barri sera inclus, dans un second temps, dans le prolongement de l’enceinte villageoise. Dorénavant, cette nouvelle extension portera le nom de Barri Clos.

 

On y découvre, encore aujourd’hui, une double enceinte, qui n’a rien à voir avec des préoccupation défensives, sur cette partie de l’ouvrage. La porte du Saut, toujours intégrée à l’enceinte primitive va continuer à s’ouvrir sur la ville haute. C’est, à notre avis, la seconde et dernière enceinte de réunification de la ville.

 

De développement médiéval, ce barri clos, est situé au pied de la porte d’entrée nord – la porte de la leude ou du Saut – et autour de l’ancien chemin, dit la Caussade, qui permet aussi l’accès au foirail. Les habitations s’inscrivent dans un tissu continu de maisons contiguës alignées en front de rue. Ces maisons à étage, plus profondes que larges,  descendent vers la rivière et le grand pont, autour de ce qui deviendra la rue de la porte de Foix, l’actuelle rue du Barry.

Il faut souligner que l’entrée du grand pont de bois, située à l’extérieur de la première enceinte, sera elle aussi, incluse dans cette nouvelle muraille de réunification. Mais, il ne faut pas en conclure que la construction du rempart de la ville haute était antérieur à l’établissement du pont. Ce même pont ayant été, jusqu’alors, sous l’unique surveillance du château, sera donné à la ville en 1259 par le comte. Avec la condition de le tenir en bon état, les consuls de Tarascon vont jouir des droits de péage du vieux pont pendant des siècles. 

 

La pénétration dans la ville se fera par l’ouverture de deux nouvelles portes : la nouvelle tour-porte double de l’entrée nord dite le portal de Foix, démolie en 1775, et à l’Ouest par la porte du grand pont à péage, encore en état en 1649.

 

En 1301, le comte Roger Bernard III, confirme les donations faite par lui aux consuls de Tarascon, dont celle du champ de la foire pour la somme de 30 livres. Ce don entraîna certainement la construction d’une cinquième, et dernière, porte dite « du foiral » à l’emplacement de l’actuelle porte « Lacaussade ».

 

Soulignons que dans le même acte de 1216 est mentionné un hospicium dont on ne connaît pas la situation, mais qui a put être le pôle de développement du faubourg Saint Jacques ou « hors la porte » autour de l’hôpital du même nom.

Comme le précise Florence Guillot, notons que, dans cet acte déjà, le regroupement villageois n’est pas désigné par le mot castrum mais par le terme de villa, qui paraît englober plus que le village inclus dans l’enceinte, c’est à dire les faubourgs naissants, donc l’ensemble de l’agglomération.

 

Enfin, notons que si l’expansion du faubourg au début du 13ème siècle, puis son emmurement a pour effet de marquer la réussite du consulat naissant, il distingue aussi deux quartiers au sein de la ville forte : la ville haute (noyau ancien) et le barri clos.

Dès lors on va assister à l’opposition entre la vieille ville habitée par une aristocratie de bourgeois/marchands et le barri, habité par des petits marchands et artisans. Marchands qui prendront bientôt une grande importance numérique, économique et sociale.

 

Malgré tout, la perception d’un groupement très dense dans cet urbanisme aux 12ème et 13ème siècles à Tarascon doit être relativisé par l’existence de jardins (rue des jardins de Saint-Michel en 1320), vergers et parfois de vignes à l’intérieur de la muraille. Cet endroit devait être assez important pour donner une toponymie spécifique à la rue qui longeait ces jardins. Ces morceaux de campagne sont encore mentionnés au 18ème siècle, alors que le regroupement pré-urbain est ici une réussite, faisant de la ville médiévale une « ville champêtre ». Il nous faut préciser que malgré la densité de cet habitat, le cimetière est lui-même à l’intérieur de l’enceinte et non à l’extérieur, comme le resteront le foirail, l’hôpital ou encore les fourches patibulaires de Lafrau.

 

Le barri du cap du pont

Le dernier faubourg a se créer au Moyen Âge est celui du barri du bout du pont, l’actuel quartier Sainte Quitterie, baigné par les eaux de l’Ariège et du Vicdessos.

Si le pont relie les deux faubourgs, le nouveau barri ne sera réuni à la ville (ou du moins au consulat de Tarascon) que plus tardivement, en 1300. La confirmation des franchises de 1304 en définira d’ailleurs la territorialité. Mai encore faut-il mentionner que ce rattachement d’une partie de la châtellenie de Quié à celle de Tarascon ne fut que fiscal, les habitants du faubourg Ste-Quitterie sont restés justiciables du bayle de Quié.

 

Tout comme le faubourg Saint Jacques il ne sera jamais véritablement enclos ou du moins inclus dans la fortification. Uniquement protégé par des grosses portes qui fermaient certaines rues de maisons continues, par exemple la rue de Saurat et la rue de Quié. Tirant aussi avantage des larges fossés que présente les deux rivières, il faut préciser que l’entrée ouest, rive gauche du pont était fermée par une grosse chaîne plus symbolique que défensive.

 

L’organisation des maisons n’est pas spécifique, le vaste barri du bout du pont prend naissance à la jonction du vieux pont de bois et de l’ancienne église Sainte Quitterie.  Si l’emplacement de cette église, qui va subir plusieurs inondations dévastatrices, nous est bien connu, les raisons du site de sa construction nous apparaît avec plein d’interrogations.

Ce quartier s’étire à l’ouest vers l’emplacement du futur quartier St-Roch , le village de Quié et plus au sud le quartier de Sabart , à l’entrée de la vallée de Vicdessos.

 

Il s’agit là, certainement, de la dernière véritable expansion de la ville au Moyen Âge. Expansion du début du 13ème siècle, peut-être en simultané avec le barri clos, puisque ce barri n’est jamais mentionné auparavant dans les confirmations de franchises.

Il va apparaître en 1224 dans la bulle, du pape Honorius  III, relative à l’église de Sabart qui confirme les biens appartenant à l’abbaye de Saint-Volusien de Foix. Et parmi ces biens figurait donc l’église de Sainte Quitterie du faubourg de Tarascon.

 

Par dessus les siècles

Si le pays de Foix, comme tous les états du comte Gaston Fébus, connut ce miracle de ne pas voir la guerre au 14ème siècle, la guerre de Cent Ans relança la construction militaire. L’on sait que c’est à cette période que Sicard de Lordat, l’architecte militaire du comte Fébus, met en oeuvre les travaux de réaménagement du château de Foix. C’est son équipe qui assura les gros travaux des murailles de Pamiers de 1357 à 1360 et ceux de Mazères vers 1365-1380.

 

A Tarascon, du côté du foirail, à la même période (1382), les tarasconnais participent à l'effort général de fortification. En pleine guerre de Cent Ans, on finissait de construire la tour carré de l’église St-Michel. Cette église, entourée de son cimetière (des tombes mérovingiennes y furent découvertes au 19ème siècle) à l’intérieur des murailles, s’élevait là depuis le début du 14ème siècle (1308). Comme dans nombre de villes castillanes, ou il y avait beaucoup d’églises proches des remparts, le clocher de St-Michel, véritable donjon haut de 24 mètres, fortifié comme il se doit, est une tour de guet non négligeable face à l’est. Partie intégrante des défenses de la ville, cette tour crénelée (elle possédait un toit pyramidal au début du 20ème siècle) vient compléter le dispositif architectural militaire de l’ancien castrum. La tour St-Michel (inscrite M.H. le 21/12/1938) est là, l’unique cas d’intégration d’un clocher d’église dans une muraille villageoise du pays de Foix.

 

On connaît moins bien la période exacte des travaux de la tour-porte dite du Mazel Viel (aussi d’Espagne ou de Malbec), mais l’on sait que sa reconstruction doit dater de la même période que la tour St-Michel : « elle est couronnée de merlons carrés. Deux archères à étrier, du même type que celles qui subsistent dans les tours, percent deux merlons centraux dominant la porte. Le passage de la porte mesure 5 mètres de long et celle-ci était double, aux deux extrémités du passage. Les deux entrées sont en ogives et derrière la porte extérieure est pratiquée une encoche , en hauteur dans le bâtiment, qui devait permettre d’ajouter une herse… » (Flo. Guillot).

 

A la fin du 14ème  siècle (1390), lors du dénombrement des feux fiscaux (document établi pour la levée du fouage) du Comté de Foix sous Gaston Fébus, la ville de Tarascon qui comportait 201 feux allumants (un ménage ou une famille), n’est taxée que pour 179 feux d’imposition, ce qui correspondrait à 905 habitants. D’autre part, il faut bien réaliser que, s’agissant d’un document d’imposition, il ne comprend pas la part la plus pauvre de la population, celle qui ne pouvait être imposée. En 1896, on comptait 360 maisons, 437 ménages et 1432 âmes !

 

De nombreuses villes murées, de par leur système défensif médiocre et incomplet, étaient plus apte à  repousser une bande de pillards qu'une armée bien organisée. A Tarascon, la description de ces fossés avec talus, de ces ponts-levis munis de barbacanes, de ces portes donjonnées, de ce mur d’enceinte flanqué de tours et d’échauguettes, constituent un ensemble de travaux dont la masse importante, comparé aux faibles ressources des premiers habitants, inspire un étonnement mêlé d’admiration. Symbole du pouvoir comtal et consulaire, prise et reprise pendant la période des guerres de religions, la citadelle tarasconnaise, assurait la sécurité commerciale et rien de plus.

 

Ce rempart, ou mur d’enceinte continu, se composait d’une épaisse maçonnerie dont les matériaux et les dimensions variaient suivant sa période de construction. Autour de la tour de l’église St-Michel, ce même mur avait une hauteur, difficile à escalader, d’une dizaine de mètres pour une épaisseur moyenne de 0,80 mètre.

Autrefois, le mur de pierre était précédé d’un fossé, avec pont-levis en face des tours-portes de Foix et du Mazel Viel. Cette même dernière était sous la défense d’une petite barbacane située sur les rochers du Pech.  Au lieu-dit las cadenos, la tour de Mounègre, appartenant au comte de Foix, en 1445, était le cœur de cette barbacane.

 

En 1620, on trouve mention d’un talus surmonté d’une palissade qui faisait office de rebellin (ravelin) devant la porte d’Espagne. Une autre palissade similaire se trouvait devant la porte-double du Foirail. Alors que devant la tour-porte de Foix, au-delà du fossé, c’est là un vrai ravelin, avec mur de pierre et toiture, qui défend la dite porte des tirs d’artillerie.

Concernant le pont, celui-ci était fermé par une grosse chaîne rive gauche et par une porte sur la rive opposée. On trouve aussi mention dans le registre du trésorier de la ville, d’une porte du milieu du pont. Ce qui sous-entend que la porte, avec auvent, qui s’ouvrait dans la muraille, était protégée par cette avant porte.

Tandis que la rivière devenait à l’ouest un large fossé, la technique du fossoyage est utilisée sur les trois autres côtés de l’enceinte. D’ailleurs, ces fossés de ville, en partie naturels car ils conduisent, d’un côté le ruisseau qui alimente la fontaine de la place du Mazel Viel, et de  l’autre, le ruisseau de la Bessède. Parfois torrentiel, ce petit ruisseau qui s'écoulait sur le flanc nord-est du cône de déjection, finissait sa course à gauche du nouveau pont rive droite.

Ainsi, de morceaux en morceaux, d’emplacements en emplacements, présente ou disparue, la muraille évoque un Tarascon presque évanoui qui tente malgré tout de nous faire signe par-dessus les siècles.

 

Le plan Napoléonien

Si la carte de Cassini de 1771, fait apparaître Tarascon comme une ville fortifiée, la richesse du plan cadastral napoléonien (1830), révèle une certaine organisation de l’habitat à l’intérieur de ce qui fût l’enceinte. Ce qui sous entend, comme nous l’avons décrit par ailleurs, qu’il était prémédité, voir alloti. On peut en conclure qu’il s’agit bien d’un choix de peuplement organisé délibérément par les comtes de Foix, seigneurs de Tarascon. Les chartes médiévales témoignent dans ce sens.

 

Les maisons sont alignées le long de grandes rues parallèles au plus grand côté de l’enceinte. Certaines de ces rues, portaient et portent encore des noms évocateurs (rue du Barri, rue de la Leude, rue du Castella, des Remparts, du Château de Lamotte, de la Caussade, du vieux pont…). Alors que des maisons s’appuyaient sur la face interne du mur de ville, des petites ruelles ou « carrerots » perpendiculaires permettaient de relier l’artère principale (rue de Foix, rue de la Leude, place du marché). Toujours, côté intérieur, au pied de l’enceinte, la rue des Escoussières, véritable chemin de ronde, parfois couvert par un niveau d’habitation, permettait d’en faire pratiquement le tour.

 

Pour conclure, ce plan est aussi le témoignage de la démolition de l’ensemble des murs de ville. En effet, au fil du 18ème–19ème siècle , petit à petit, la muraille fût détruite. A certains endroits, elle sera déclassée pour faire office d’assise à des constructions pouvant s’appuyer sur chacune de ses faces, et bien souvent pour servir de carrière de pierres. La récupération de cet espace communal permit d'aménager, le long des anciens fossés, par exemple l’avenue du Foirail appelée aujourd’hui François Laguerre, et aussi, rive droite de l’Ariège, le quai des Cussols qui sera baptisé quai Armand Sylvestre en 1901.

 

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Cette trame évolutionnelle, défiant toute datation à caractère archéologique, doit être interprétée au travers d’une simple étude documentaire.

Reste, au-delà de toutes ces considérations, le rêve : celui de ce château avec tours, créneaux et ponts-levis, oubliettes, souterrains et murailles. Rêve d’un passé mystérieux qui parfois s’apparente à la légende.  Tarascon, cette Dame, comme parfois je l’appelle, a de beaux restes et tient à les montrer.  Alors que le rêve demeure !

 

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