Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 09:41

Patrimoine industriel… patrimoine ouvrier.

 

Lorsque cesse une activité qui a fait vivre parfois toute une ville, l’émotion créée par la perte de tous les emplois qui y étaient liés, fait émerger la conscience du patrimoine industriel. Voici livré ci-dessous un passage du temps de cette histoire forgée autour du travail. 

La tradition métallurgique est encore présente en Ariège, avec notamment l’unité de Fortech à Pamiers. A l’origine simple petit atelier de fabrication d’acier, l’usine est créée en 1817.

Plan situation martine Fangas de Lucantes 1817 FRAD09 7S159A la même date va s’implanter modestement à la sortie de Tarascon, en contrebas du RD 8 qui conduit à Vicdessos, au lieu-dit le Saut del Teil, la forge de Fangas de Lucantes. Un martinet fut alors établi avec deux feux alimentés par le charbon de bois local et le minerais de la mine de Rancié. Ce site connaîtra de nombreuses vicissitudes. Détruite au moins à deux reprises par les crues du Vicdessos tout proche, la forge sera cependant à chaque fois reconstruite. Son activité semble avoir cessé à la fin de la première guerre mondiale durant laquelle sa production va s’adapter et sera orientée vers les nécessités militaires. Par la suite, la plupart des vestiges furent enfouis par l’apport d’alluvions dues à de nouvelles crues provoquant la chute de la charpente et de la toiture, ainsi que par une abondante végétation. Ce site oublié fut reconnu détruit.

 

Au début de l’année 1987, Jérôme Bonhôte et Jean Cantelaube (Inventaire des vestiges de la métallurgie catalane ariègeoise) signalent à Jean-Michel Bellamy, archéologue  départemental (et maître d'oeuvre de la fouille) le risque de voir disparaître les derniers vestiges visibles sous les gravats dus à la destruction d’un immeuble voisin et de l’aménagement d’une décharge. Grâce à la compréhension de la municipalité de Tarascon, la volonté du Conseil Général de l’Ariège de sauvegarder et de promouvoir le patrimoine de l’industrie métallurgique, ce site fut mis à l’abri de toute destruction. Grâce à un important travail d'équipe le site, avec les vestiges encore visibles, fut inauguré en septembre 1987 après cinq mois de travail.

 

A l’époque, la fouille entreprise dans le cadre d’une opération de sauvetage avait permis de mettre à jour : 2 martinets avec marteaux, 2 arbres tournants avec tourillons, 21 onets à 8 cames, 4 javottes, 2 creusets, un nombreux outillage, etc.

Bloc de soucherie Fangas de Lucantes 1987 FRAD09 23FI 0295  Bloc-de-soucherie Fangas-deLucantes R.Vicente 2012

L’eau était dérivée à l’endroit naturel dit « le Saut del Teil ». Les vestiges de barrages successifs de captage sont très partiellement conservés dans le lit du Vicdessos, à 150 m en amont de la forge ; ils sont prolongés par un canal d'amenée en partie encombré, à l'entrée duquel subsistent les montants de la vanne d'entrée, jalonné de deux ouvertures pour l'évacuation du trop-plein, de deux vannes permettant l'éventuelle vidange de la structure, et d'un bassin-réservoir.

 

 En enfilade les bâtiments font suite au réservoir ; à l’aplomb de la rivière, des assises et des pans de murs délimitent l’emplacement de la forge. La façade côté rivière conserve deux roues de marteaux. L’une, bien dégagée, est encore en position de fonctionnement : on y voit nettement les encoches où l’on fixait les palettes en bois. L’arbre consolidé par le cerclage repose sur un berceau en métal calé sur une pierre de taille. Dans le prolongement de l’axe des deux roues, à l’intérieur des bâtiments, les blocs de soucherie (en granit) sont ancrés dans le sol.

  Vue d'ensemble 1987 Fangas de Lucantes FRAD09 23FI 23Fi0316

Pendant plusieurs années la vieille usine, sortie de sa gangue alluvionnaire et végétale, va accueillir un large public et participer à la promotion culturelle et touristique de Tarascon et de l’Ariège. Alors qu’une association pour la Protection des Forges et Martinets du Sabarthez va se créer en octobre 1987, le site de l’ancienne forge de Fangas de Lucantes va peu à peu re-tomber dans l’oubli.

 

Cette friche industrielle et tout ce qui s’y rattache est devenu un patrimoine à part entière, même si à l’heure actuelle il apparaît moins monumental et prestigieux par son état de total abandon. En effet la végétation tentaculaire et envahissante s’est de nouveau approprié le site.

 

Dernier témoignage du patrimoine de la métallurgie au bois situé à l’entrée de la vallée de Vicdessos ces vestiges plus que significatifs d’un riche passé font ressurgir le tissu vivant d’un bassin industriel. Pour le seul 19ème siècle, l’Ariège ne compte pas moins de soixante sites de forges et plus de vingt martinets.

 

A l’époque (1987), la confrontation terrain-archives (textes et documents, plans d’ensemble et plans de détails…), fut une richesse dans la compréhension du site. La recherche et travail d’archives s’est avéré indispensable pour résoudre dans un premier temps la localisation et la chronologie de l’usine. Ensuite le travail de terrain, c’est la partie archéologique proprement dite avec le travail de repérage, de prospection, d’inventaire puis de restitution des vestiges.

 

Aujourd’hui, nous devons restituer ce travail de sauvegarde et faire découvrir un pan du riche paysage industriel de Tarascon (hauts-fourneaux, plâtrières, forges, moulins, scieries, usines électrométallurgiques etc.). Ces sites et bâtiments qui animent le cœur de l’activité humaine doivent être sauvegardés et mis en valeur. Sans la prétention de toutes les certitudes et du savoir nous devons nous consacrer à découvrir, réactiver et revivifier ce qui se cache dans les taillis de la mémoire. C’est ce patrimoine industriel que nous voulons explorer, sans amnésie, ni nostalgie à l’heure des délocalisations.

 

« le travail fait ne me fait pas peur, celui qui reste à faire me fait trembler. » Dicton populaire.

 

  Plan de détail Fangas de Lucantes 1857 FRAD09 7S902 0002

 

Rapide chronologie - le temps de l’usine :

Demande de Mr. Gabriel Bonnans, roulier demeurant à Tarascon, pour la construction d’un martinet hydraulique à parer le fer (lieu de transformation du fer en outils agricoles tranchants).

Le 8 septembre 1817, le Préfet de l’Ariège prend un arrêté pour l’affichage de cette pétition. L’ingénieur en chef des Mines constate, lors d’une lettre du 27 décembre 1818, que le martinet est en activité.

 

L’ordonnance royale du 13 septembre 1820 autorise la construction du martinet, « c’est une habitude de construire avant d’avoir obtenu l’autorisation ». Le martinet est établi, mais avec deux feux.

 

Plan-construction-carderie-Ce même Gabriel Bonnans, le 1er septembre 1841, sollicite l'autorisation de construire une carderie pour les laines et un moulin à broyer le plâtre « au lieu et place d’un martinet qu’a démoli l’eau ».

 

Puis, par une affiche du 25 juin 1847, il demande l’autorisation de construire une forge à la catalane (forge destinée à transformer du minerais de fer directement en fer de bonne qualité dans un bas fourneau) au quartier de Fangas de Lucantes. Le cours des eaux ne sera en rien changé car il utilisera un canal d’une filature qu’il possède déjà ; le bâtiment sera construit latéralement à la filature.

 

L’ordonnance impériale du 15 juillet 1858, faîte à Plombières, autorise les héritiers de Gabriel Bonnans à construire une forge à la catalane.

 

L’ingénieur des travaux Publics se rend sur les lieux en 1862 et le procès-verbal de récolement qu’il rédige constate que les travaux sont conformes aux dispositions prescrites. Le charbon de bois viendra de l’Ariège et des départements limitrophes, par voie de commerce. Le minerais de fer du Rancié. [...]

 

Robert-Félix VICENTE

 

 Bloc-de-soucherie 1987-2012 

Vue-des-blocs-de-soucherie

  Roue-hydraulique Fangas-de-

 

Sources AD09 :

 

Rivière du Vicdessos : Tarascon-sur-Ariège, Gabriel Bonnans, un martinet à parer le fer à "Fangas de Lucantes" (plans).         7S1593   1817-1820 et  7S900   1817-1821

Rivière du Vicdessos : Tarascon-sur-Ariège, Gabriel Bonnans, un moulin à plâtre et une carderie à "Fangas de Lucante" en remplacement du martinet (plans).         7S901   1841-1852

 

Rivière du Vicdessos : Tarascon-sur-Ariège, Gabriel Bonnans¸une carderie, un moulin à plâtre et un four à plâtre à "Fangas de Lucantes".        7S1594               1843-1855

Rivière du Vicdessos : Tarascon-sur-Ariège, Les héritiers de Gabriel Bonnans, une forge à la catalane à coté de la filature à "Fangas de Lucante".        7S1595                1851-1862

Rivière du Vicdessos : Tarascon-sur-Ariège, Gabriel Bonnans, une forge à la catalane à coté de la filature à "Fangas de Lucante" en remplacement du martinet (plans).         7S902   1847-1862

 

Rivière du Vicdessos : Tarascon-sur-Ariège, Jean Pujol, Cyrille Galy et Marie Bonnans, deux forges à la catalane au "Saut du Teil" (plans).        7S1596   1854-1860

 

Rivière du Vicdessos : Tarascon-sur-Ariège, Jean Pujol, Cérile Galy et Marie Bonnans, deux forges à la catalane au "Saut del Teil" (plans).         7S903    1855-1863

 

Archives de l'Association pour la protection des Forges et Martinets du Sabarthèz (coupures de presse, photos, etc. 

 

Bibliographie :

 

Inventaire des vestiges de la métallurgie catalane ariégeoise au XIXe siècle : étude d'archéologie industrielle (1985-1987) [Bonhôte (Jérôme), Cantelaube (Jean). - In "Bulletin ...].

AD09_1 PER 3/1989   

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

windows update support 02/12/2013 13:27

This was really an interesting post. From here I got to know much information about the plant, its function and the history behind it. It was like going to another era of life. Thank you for sharing the post here.

willyM 02/12/2013 10:24

Inventaire des vestiges de la métallurgie catalane

C Fred . 03/12/2012 18:46


Bonjour effectivement les informations qui sont sur votre blog sont très intéressantes , d'autant que j'ai eu l'occasion d'acheter le livre écrit par Jérôme Bonhonte , intitulé Forges et Forets
dans les Pyrénées Ariégeoises . C'est une excellente chose que de tout faire pour préserver le patrimoine qu'il soit industriel ou autre . Cordialement .C fred.

tarusco09 04/12/2012 09:06



Merci pour votre visite du blog et vos encouragements. Bien cordialement