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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 15:09

Sabart-.jpgTexte intégral d'un procès verbal d’une guérison miraculeuse

 

Opérée le 14 septembre 1818, à la Chapelle de Notre-Dame de Sabart, située sur la paroisse de Tarascon.

 

Source du document : Archives de l'Ariège : AD09 - ZO 10/19

 

" ... Ce jourd’hui, quatorzième de septembre de l’an mil huit dix-huit, jour de l’exaltation de la Sainte- Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, le sixième jour de l’octave de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, je soussigné Jean-Jacques-Thomas Garrigou, prêtre desservant la succursale de la paroisse Sainte-Quitterie, de Tarascon, Département de l’Ariège, ai été averti par la rumeur publique et la surprise générale répandue en cette ville, qu’une jeune demoiselle malade, arrivée depuis peu de jours aux bains d’Ussat, ayant assisté ce jourd’hui même au saint Sacrifice de la Messe, célébrée à son intention dans la chapelle de Sabart, sise dans ma paroisse, vient de se trouver subitement guérie de plusieurs maux qui l’affligeaient, et se voyant éclopée et percluse des ses cuisses et de ses jambes, a repris tout à coup l’usage du marcher.

On m’a informé que des personnes respectables et religieuses, qui avaient vu l’état habituellement souffrant et presque désespéré de cette même enfant, s’accordent à rapporter cette guérison à la protection miraculeuse de la Vierge, particulièrement honorée dans cette antique chapelle, objet depuis plusieurs siècles de la vénération des fidèles de toute cette contrée qui accourent en foule, à la solennité de septembre, pour y gagner l’indulgence.

 

A cette nouvelle je me suis mis en garde contre les bruits populaires, et d’abord défié de leur exagération ; bientôt les voyant, de moment en moment, prendre de la consistance, convaincu que tout est possible à Dieu, et plein de confiance dans la protection de sa Sainte Mère, j’ai regardé comme un devoir que m’imposait la plus grande gloire de Dieu et un zèle circonspect de ne pas abandonner cet événement au hasard des versions qu’en peuvent en faire une crédulité superstitieuse ou une mécréance également répréhensible. J’ai donc laissé les rapports se fixer et différé de quelques jours toute enquête, autant pour l’honneur de la religion et la consolante édification des fidèles, que pour ne pas donner prise à cet esprit frondeur et si regrettable du siècle, qui ne voit qu’erreur superstitieuse dans de semblables événements, substitue une opiniâtre mécréance à la sagesse d’un doute respectueux, et finit ordinairement par s’inscrire en faux contre les faits de cette nature, même les plus avérés et les plus irréfragables.

 

Je me suis donc imposé la loi de ne recueillir que des circonstances graves, précises et concluantes, appuyées sur des témoignages dignes de foi. Je me suis attaché à concilier tous les rapports, et j’ai renvoyé au vingt-deux du courant à fixer les faits, priant jusque-là le seigneur de seconder de ses divines lumières tout ce que mon zèle peut entreprendre pour sa gloire. Je l’ai surtout conjuré de m’aider à discerner ce qui peut tenir à l’illusion ou à une préoccupation superstitieuse d’avec ce qu’il lui plait de faire connaître de vrai, d’exact et de positif touchant la guérison inespérée dont s’agit.

 

Advenu le dit jour vingt-deux septembre, heure de quatre de l’après-midi, se sont, à l’effet de l’enquête dont s’agit, et à mon invitation, assemblés dans mon domicile, à Tarascon, MM. Amilhat, prêtre et curé du canton ; Jacques-Innocent Faure, prêtre et ci-devant curé de St-Jean de Verges ; Gabriel-Raymond Estebe, docteur en droit, notaire et maire de Tarascon, et Jean-Joseph-Michel Garrigou, avocat et juge de paix du même canton. J’avais aussi fait prier les Demoiselle chargées de l’enfant de vouloir bien se trouver chez moi, et elles se sont en effet rendues à mon invitation, emmenant avec elles la jeune enfant dont s’agit.

 

Toutes ces personnes se trouvant ainsi réunies dans mon domicile, j’ai d’abord prié la jeune demoiselle et ses compagnes de nous apprendre leurs noms et prénoms, et toutes les circonstances de l’événement arrivé le quatorze du courant. Ces trois demoiselles, répondant alternativement à mes questions ou à celles que leur ont adressées successivement les Messieurs rassemblés et susnommés, nous ont fait le récit ci-après :

 

La très jeune demoiselle, de la guérison de qui il s’agit, se nomme Marie-Rose-Aglaé Mauras, âgée de dix ans et demi ; sa sœur, ayant nom Antoinette-Françoise, est âgée de dis-sept ans. L’une et l’autre sont filles de M. Michel Mauras, notaire à Toulouse, rue Nazareth, et de Dame Marie-Bernarde Ledoux, son épouse. La troisième  d’entre ces demoiselles se nomme Marguerite Roubineau, âgée d’environs 40 ans, habitante de Toulouse, et a été chargée, comme voisine et bonne amie de la famille Mauras aux bains d’Ussat, où elles sont toutes trois arrivées dans les premiers jours du courant.

 

La première de ces Demoiselles (selon qu’elles nous l’ont  unanimement déclaré) avait eu, il y a plus de deux mois, la maladie connue sous le nom de Croup. Un de ses jeunes frères, âgé de deux ans et demi en était mort. Sa sœur Aglaé, échappée à cette maladie, restait depuis deux mois percluse de ses cuisses et de ses jambes, avec des battements de cœur habituels, des tiraillements dans les nerfs, et un hoquet convulsif qui la prenait à chaque digestion et la rendait un objet de pitié et de souffrance pour ses parents et même pour les étrangers qui la voyait en cet état. Le mal avait résisté à l’usage des frictions, à plus de soixante bains pris à Toulouse, treize bains pris en dernier lieu à Ussat, enfin à tous les moyens curatifs de la médecine. M. le docteur Cabiran, de Toulouse, la soignait ; trois autres médecins, conjointement avec ce même M. Cabiran, l’avaient consultée. Un habile médecin de Montpellier avait indiqué un traitement à M. Mauras, son père ; rien n’opérait ; les parents désespéraient désormais de sa guérison. On l’envoie aux bains d’Ussat, accompagnée de sa sœur et sous la conduite de la Demoiselle Roubineau. Arrivée à Ussat et présentée à M. le médecin inspecteur, des témoins dignes de foi rapportent que ce même médecin s’était récrié sur ce qu’on envoyait aux bains des personnes incurables ; qu’il avait dit qu’il ne fallait que des frictions à cet enfant, qui s’en retournerait probablement à Toulouse comme elle était venue. Treize bains successifs n’avaient procuré à cet enfant aucun soulagement ; même hoquet, même battement de cœur, même tiraillement dans les nerfs, et privation absolue de tout mouvement dans les cuisses et dans les jambes, sans qu’on eut aperçu la plus légère modification à ses souffrances.

 

Désolée de cette opiniâtreté du mal, la sœur aînée et la demoiselle Roubineau s’avisent, le 14 du courant, de la faire porter à la vénérable chapelle de Sabart, et s’y rendant avec elle, y font célébrer le Saint Sacrifice à son intention. La malade était sur une chaise en face l’autel. A l’élévation de la sainte hostie (c’est l’enfant elle-même qui parle, et c’est avec toute l’ingénuité de son âge), il lui semble entendre à sa droite une voix qui lui dit par deux fois : Mets-toi à genoux ! Elle se sent effrayée de cette voix, elle s’afflige de ne pouvoir obéir, et éprouve, en cet instant, une sorte de craquement à ses reins ; sa sœur déclare qu’elle a beaucoup toussée dans ce moment. Le prêtre qui avait dit la Sainte Messe, raconte à son tour (et c’est un homme que toute la contrée tient pour incapable de faiblesse, de superstition et de déguisement), qu’il s’est senti pressé d’aller lui-même à l’enfant, de le prendre par la main et de l’engager à marcher ; mais qu’un retour instantané sur lui-même l’a retenu par la crainte de tenter Dieu et de céder à une vaine illusion. A l’issue de la messe, on transfère l’enfant devant un oratoire où se trouve une petite statue de la Sainte Vierge, que la foi et la piété immémorable des fidèles se sont attachées à décorer de guirlandes, de couronnes et d’ex-voto. La malade s’y essaie par deux fois à réciter le Salve. Elle croit en ce moment entendre une voix comme d’une personne qui l’aurait grondée ; et cédant à l’excès de sa sensibilité, elle se prend à pleurer sans pouvoir continuer sa prière. On la porte à Tarascon, où on lui fait prendre quelque nourriture. Dès lors commence à disparaître pour la première fois le hoquet convulsif qui la faisait souffrir horriblement à chaque digestion depuis sa maladie, et dont la veille et ce même jour avant de partir d’Ussat, elle avait ressenti les atteintes qu’elle n’a plus éprouvé depuis. Retournant à Ussat, et repassant devant cette même chapelle, l’enfant se pâme à quelque distance ; elle est sans pouls, on craint pour savie ; on la réconforte, et elle reprend ses esprits. Après dîner, plus de hoquet convulsif. L’enfant était sur une chaise comme de coutume ; on la voit, avec un étonnement mêlé de crainte, agiter ses jambes, cherchant à s’en appuyer. On va à elle, on lui demande ce qu’elle éprouve ; elle demande à marcher, prend un bâton pour s’en appuyer ; elle se relève, fait quelques pas dans la chambre, soutenue par la demoiselle Roubineau, jette son bâton, entre dans le corridor, s’y promène d’abord soutenue : au second tour elle prie qu’on la laisse en liberté, se sentant la force d ‘aller seule. Enfin la voilà marchant de son propre et libre mouvement et sans être soutenue de personne. Après s’être ainsi promenée dans le corridor, elle descend au rez de chaussée, et y marche en présence d’une foule de personnes qui, la veille, l’avaient vue percluse et cul-de-jatte, et se récrient sur cette guérison surprenante et inespérée.

 

Tel est le fait qui nous a été raconté par la jeune Aglaé Mauras elle-même, et attesté dans le détail minutieux de toutes ces circonstances, par les Demoiselle sa sœur  et Roubineau, témoins oculaire, et qui peut l’être par une foule d’autres personnes respectables, lesquelles ont pu se convaincre que l’état de la Demoiselle n’a offert depuis son arrivée à Ussat, ni crises ni amendement progressif, non plus que la moindre modification ; en sorte qu’une guérison aussi prompte et aussi subite qu’inopinée, ne paraît pouvoir être attribuée aux moyens naturels, non plus qu’à l’usage des bains, dont la vertu et l’efficacité sont d’ailleurs généralement reconnues et attestées de toute la contrée.

 

Je laisse au surplus à Dieu le soin de tirer de cet événement tout ce qui peut en résulter pour sa gloire et l’honneur de notre Sainte religion, et me borne à adorer ses impénétrables décrets.

 

En foi de tout ce dessus, le présent à été signé des Demoiselle Mauras aînée et Roubineau ; des Messieurs susnommés, et de moi-même. La Demoiselle Aglaé Mauras a déclarée ne savoir.

 

AMILHAT, curé. FAURE, prêtre. GARRIGOU, curé desservant. MAURAS, père. Antoinette MAURAS. Margueritte ROUBINEAU. ESTEBE, Maire. GARRIGOU, Juge. ..."

 

 

 

 

 

 

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