Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 14:41

Tableau 1

 

 

La stabilité territoriale de Tarascon, du Moyen Âge au 19ème  siècle, ne fait que refléter celle de sa population. Juchée au pied du cône de déjection du ruisseau de la Bessède, Tarascon fut, jusqu’au démantèlement, presque total, de ses murailles au début du 19ème siècle, une place forte dominée par le puissant château de ses comtes. Devenue, au temps des guerres de Religion, une des villes les plus convoitées par la Réforme, la cité sera prise et reprise. Catholiques et Huguenots vont ensanglanter, à tour de rôle, la vieille cité, empreinte jusqu’alors de tolérance.

 

Après maints assauts, sur décision de Richelieu, le château sera rasé en 1633. Enfin, deux terribles incendies (1640 et 1701), vont ruiner et détruire une grande partie de la ville, et certainement, nous priver d’un ensemble architectural à caractère médiéval de premier ordre.

 

La ville d'Ancien régime peut être, par contre aisément reconstituée à partir de deux compoix : l'un de 1649, un autre de 1651, et du « nouveau Livre cadastre » de 1736-1746.

Ajoutons à ces documents cadastraux quelques pièces d'archives des 17ème et 18ème siècles citant, ici, un quartier, là, une porte ou encore un nom de rue et qui complètent notre connaissance de la ville avant 1789.

Le Cadastre dit Napoléonien de 1830 ( nous restitue le plan de la ville après les grandes transformations de la cité. Aussi nous permet-il d'établir quelques points de repère.

 

La seule transformation importante, du modèle urbain tarasconnais, à été la démolition des remparts de l’enceinte villageoise, vers la fin du 18ème siècle, quand le besoin de protéger les habitants disparaît. La charge importante que représentait l’entretien des murs de ville, conduira à leurs destruction pure et simple. D’ailleurs on peut voir dans les registres de délibération du 18ème siècle que, tours, portes, palissades et murailles s’effondraient le plus souvent d’elles mêmes, et parfois avec l’aide de Dame nature.

 

 **********************************************************************

 

Pendant les fêtes de Noël 1705, une terrible inondation emporte les deux ponts de bois ainsi qu’un grand cours du mur de ville, de la rue de Dijous Cussol, sur lequel diverses maisons étaient appuyées. Elles furent par ce moyen renversées en partie dans la rivière causant à chaque particulier un dommage considérable puisque beaucoup de leurs effets furent emportés par la rapidité de l’eau qui ne laissa à suite du dit pont qu’un reste de mur de ville lequel soutient la maison de feu Sieur de Florac.

 

En 1721, la peste fit son apparition et pour se protéger, on demande à l’intendant de province une permission d’imposer ou de faire un emprunt des sommes nécessaires pour faire les réparations convenables pour se fermer dans la ville. Les consuls de Tarascon font relever et réparer les murailles. Puis on double la vigilance à chaque porte et l’entrée des piétons se fera par le guichet (poterne) à côté de la grande porte de Foix.

 

Si en 1731, la chute du clocher de la tour St-Michel  provoque la ruine de certains ouvrages dont le mur de ville, on termine la reconstruction dudit clocher en 1743.

Certains de ces mêmes ouvrages seront démolis en grande partie en 1758 à la demande de la communauté . La ruine des remparts était  tellement importante que l’on décida en définitive de ne plus les réparer et de faire abattre certains avant murs afin d’élargir par exemple la porte du Foirail.

 

En 1762, on continuera quand même à réparer le mur de ville jous cussol qui est le long de la rivière puisque celui ci possède un ensemble de maisons avec un droit d’appui sur le dit mur. Ce qui sous entend que l’on abandonne surtout à la ruine les murs qui ne supportent pas d’habitations. A noter, que ce droit d’appuy, qui accéléra la dégradation des remparts (voir les dégâts pour l’année 1705-1706),  est ancien et réglementé à Tarascon depuis l’arrêt du conseil d’état de l’année 1659.

Dix ans après, c’est la grande porte/tour de  Foix qui tombera en ruine.

 

En 1775, après expertise et vérification, cette porte de Foix, sera démolie jusqu’au « raz de chaussée » pour la sûreté publique et les matériaux serviront à la restauration de la porte d’Espagne, mais surtout à la construction de la tour de l’horloge dite du Castella.

Après avoir perdu le premier arceau de la porte du Foirail, l’enceinte perd ainsi la totalité de la porte extérieure de l’entrée Nord de la ville. De ce bel ensemble fortifié, il ne reste que le mur du « ribellin » au contact du fossé et un arceau intérieur de la porte. D’ailleurs, la fermeture de la ville, sera placée à la porte intérieure, séparée du vieux mur par l’étroite rue dite des Escoussières. Cette porte symbolique restera debout encore pour un temps. Mais bientôt, le faubourg St-Jacques, déjà mentionné en 1216, sera définitivement intégré à la ville encore semi-close dans sa partie Sud.

 

Le 5 messidor de l’An IV, la nation vend un terrain de 1m de large par 9 m de long appelé chemin des Escoussières ou des remparts situé proche de l’ancien mur de ville de la porte de Foix. En 1809, ce même terrain qui englobe en définitive une partie du mur et du fossé supportera une nouvelle construction avec une grande façade et un beau portail. C’est aussi, au début de cette période, que l’ancienne placette dite « hors la porte », gagne en visibilité avec l’ouverture sur les anciennes e nouvelles constructions d’habitations.

 

A partir de l’an IX, la grande route passera directement par le quai appelé Jous Cussol , délaissant ainsi l’ancienne entrée Nord par la rue de Foix , la rue du Barry actuelle. A l’évidence, c’est la première fois que l’on dénomme cette partie de la ville le « quai », ce qui sous entend, que certainement une grande partie du mur de ville le long de la rivière à aussi disparu, ainsi que les maisons en appui sur celui-ci.

 

Au début du 19ème siècle, les fossés seront comblés et les derniers murs de la vieille enceinte abattus, afin de libérer de l‘espace et ouvrir la ville sur les autres faubourgs.

 

A noter, que jusqu’alors, le ruisseau de la Bessède, qui traverse le foirail, était en partie contenu par le fossé de ville dans sa partie nord–est, avant de se déverser en aval au niveau du pont neuf en pierre. En 1810, on procèdera à la construction d’une large gondole pavée pour contenir les inondations du dit ruisseau.

 

Le plan cadastral napoléonien de 1830, témoigne de la démolition de l’ensemble des murs de ville et la récupération de cet espace communal. Ce qui permit d'aménager l’avenue du Foirail ou François Laguerre aujourd’hui, le long des anciens fossés et aussi, rive droite de l’Ariège, le quai des Cussols qui sera baptisé quai Armand Sylvestre en 1901.

 

Enfin en 1905, proche de l’ancienne place du Fournas, l’actuelle place des Consuls, et sur l’emplacement des anciens murs, la municipalité de l’époque fera construire une belle halle aux pomme de terre. Le foirail, anciennement hors des murs, sera ainsi réuni à la ville.

Pour compléter notre enquête, précisons que les derniers murs de ville à tomber, seront ceux des côtés de la tour St-Michel, encore visibles sur les cartes postales du début du 20ème siècle.

 

************************************************************************ 

 

Si, le château proprement dit, a presque totalement disparu, la motte castrale est aujourd’hui vierge de vestiges médiévaux, la porte du Mazel Viel, elle, est toujours visible. De même que la tour fortifié de l’église St-Michel (flanquement au rempart), l’arceau intérieur de la porte du Foirail (Lacaussade), un arceau de la porte de la Leude ou du Saut, un pan de la première enceinte au niveau de la porte de la Leude, la poterne de la montée au Castella, une autre poterne qui s’ouvre depuis la rue du vieux pont (partie des Escoussières), les restes de la tour de Mounègre à l’ombre d’une possible barbacane, des escaliers taillés et arasements du roc ici et là, et puis à l’Ouest au dessus de la rivière, l’ensemble de murailles et tourelles que prolonge l’ancien manoir Lamotte.

On trouve aussi, quelques mortaises dans de petits abris sous roche (grottes de Lourdes et du Cagibi). Ces possibles spoulgas (voir travail de Luc Walhl en 1990 - Spéléo-Club du haut-Sabarthez) sont situées au pied du Castella et de la ville fortifiée, juste au bord de la rivière à quelques mètres au-dessus de l’eau.

 

FRAD09 ZQ165 manoir La Motte 1942FRAD09 ZQ165 porte d'Espagne 1942FRAD09 ZQ165 porte La Caussade 1942FRAD09 ZQ165 tour saint michel 1942

 

Nous allons exclure du Tarascon médiéval la tour ronde du Castella, emblème et patrimoine de tous les tarasconnais, qui n’est que le témoignage d’une construction de la fin du 18ème siècle. Cette tour, qui a succédé au donjon castral démoli vers 1633 et qui n’a donc jamais fait parti de ce bouquet au parfum moyenâgeux, comporte néanmoins, des matériaux provenant de l’ancienne porte de Foix, dont une belle pierre avec le blason comtal. Elle ne sera construite que pour abriter une horloge et des cachots. Son rôle de sentinelle ne sera jamais réellement défensif.

 

 

Pour finir, voici l’extrait d’un coutumier processionnel de la paroisse N.D. de la daurade de 1669, qui nous permet de découvrir le cheminement de la Procession de Saint Marc au cœur du vieux Tarascon.

 

En effet cette procession ne sortait pas de l’enceinte de la ville.

Puisqu’au sortir de l’église, c’est par la place qu’on passait tout d’abord, puis la rue de la Leude, la porte de la Leude, la rue de la font du Saut à laquelle succédait la rue de Foix. A la porte de Foix, on ne sort pas hors la ville, se tournant sur la gauche, on prend la rue des Escoussières, laquelle devenait un peut plus loin la rue de dijous Cussols (actuel quai Armand Sylvestre) qui longeait la rivière, et qui offrait ceci de particulier, que pour atteindre la rue du pont on était obligé de passer sous des maisons dont la façade ouest était appuyée sur la muraille de ville. Pour le retour de la procession, la rue du pont ramenait à la rue de Foix, et après avoir remonté  au niveau de la font du Saut, on poursuivait à gauche vers la porte du Foiral. Et sans sortir, vers la place et delà à l’église, par la « première rue qui se présente » ou rue de Naugé (actuelle rue des chapeliers).

 

Aujourd’hui, calme et sereine, jadis, gai et riante, la petite ville du Haut Sabarthès conserve le charme des cités moyenâgeuses, et abrite entre ses rues et places le souvenir discret du rôle important qu’elle fut amené à  jouer durant l’époque féodale.

 

 

Dans l'attente de l'enquête sur la naissance de la ville : 

Bonne découverte de votre tour des murs !

 

*************

Partager cet article

Repost 0

commentaires