Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 09:44

Lorsque vous venez du sud, la curieuse silhouette du Sédours (ou Soudours) signale de loin le bassin de Tarascon sur Ariège, l’ancien pays des « Tarusques », cité par Pline dans son histoire Naturelle.

On ne saurait préciser certainement l’étymologie de Tarascon sur Ariège, mais il est admis que « Taruscon », II° siècle ( Strabon ), Tarascone , IV° siècle et Tarasconem  forme ancienne en 1150 dérivent de  « Tar », une des bases pré-indo-européennes, signifiant pierre - rocher suivie d’un suffixe -asc et -onem, caractéristiques des toponymes concentrés dans la Ligurie Italienne et la Provence.

Nous sommes donc, dans un des plus vieux terroirs habités de l’Ariège.

Les romains ont trouvé là, une tribu qu’ils ont appelée « Tarascunnienses » du nom de leur bourgade.

 

Au débouché de la vallée de l’Ariège, une couronne de villages aux noms celtiques (Quié ) ou gallo-romains ( Banat, Rabat, Bédeilhac, Ménac, Arignac...), enveloppe le bassin de Tarascon, au contact des terres labourables du fond alluvial et des parois buissonneuses des rocs calcaire ou s’ouvrent les abris magdaléniens et néolithiques, ancêtres de ces regroupements.

 

La ville de Tarascon sur Ariège est née au seuil et au carrefour naturel de la haute montagne Ariégeoise.

Elle y occupe la situation la plus favorisée de tout le val du Pays de Foix.

Les avantages économiques de cette position sur la plus grande confluence de plusieurs cours d’eau ( Courbière, Vicdessos, Ariège ), fait de Tarascon le marché agricole de six vallées convergentes.

A sa situation économique, Tarascon joint aussi un site de défense : le verrou glaciaire qui supporte l’ancien château et la ville haute, ensemble pittoresque qui a inspiré de nombreux artistes.

 

Aujourd’hui, le limpide miroir des eaux de l’Ariège ou se mêlent celles du Vicdessos ne reflètent plus que la silhouette fantastique des roches dénudées du Castella, murs croulants, parure de ce noble pays, dont il fît la force et l’orgueil : l’ancien Sabarthès.

Son château féodal devait être assez important pour porter ombrage à Richelieu qui en ordonna la démolition en 1632.

 

Tarascon sur Ariège : la porte des montagnes, s’ouvre sur huit siècles d’histoire.

 

Entre 1149 - 1188, date de l’octroi des Coutumes, consacrant ses libertés bourgeoises, par le Comte Roger Bernard 1er , Tarascon se développa autour de son ancien château comtal.

Dés alors, la capitale du Sabarthés, restera une ville libre de la mouvance des Comtes de Foix jusqu'au rattachement du Comté à la couronne de France par Henry IV.

Cette importante charte, fut concédée pendant une période de réelle croissance économique et démographique.

 

Tarascon n’est pas à vraiment dire un terroir riche, mais se trouve au centre de tous les échanges du haut pays et surtout sur l’axe principal du Sabarthés. L’importance de l’agglomération et de ses ponts sera indiscutable pendant plusieurs siècles .

 

C’est certainement à cette période de croissance, que la ville se dotera de remparts protecteurs.

Avec une première muraille ouverte par deux portes, celle du Mazel-Viel au sud, appelée aussi de Malbec ou d’Espagne et celle de la Leude ou du Saut  au nord.

Une seconde enceinte, vînt au 13ème siècle unifier la vielle ville, alors habitée par une  bourgeoisie marchande, à un premier faubourg, le Barry clos habité par d’autres marchands et artisans.

Cette ceinture de pierre s’ouvrait alors par quatre portes ; la porte du vieux pont de bois, les portes fortifiées de Foix au Nord, du foirail ou de La Caussade à  l’est et d’Espagne au sud.

 

Les rues de la ville sont montantes, tortueuses et étroites, pavées de petits galets de la rivière proche .

Les maisons hautes et resserrées, en pierre et pans de bois sont recouvertes en ardoises extraites de Siguer.

Constructions parfois éphémères, puisque en 1640 un violent incendie emporta en pleine nuit presque tout le Barry clos, un autre de ces malheureux incendie ravagea en 1701, la ville depuis la place du marché jusqu’aux portes de la Leude et du Foirail. Provoquant des pertes architecturales importantes et apportant la ruine et la misère au sein d’une population déjà éprouvée par tout un système d’impôts divers.

Tarascon fût reconstruite avec l’aide financière du roi Soleil, Louis XIV.

 

On retrouve, encore aujourd’hui dans le contexte de la grande et vieille place, une sorte de rue préau, qui devait, autrefois, se prolonger vers la porte d’Espagne avec en vis à vis d’autres couverts, dont les derniers témoignages ont disparus au début du 20ème siècle.

Véritable forum, on trouvait là, l’église, la maison consulaire , la prison, le marché aux grains, et surtout un ensemble d’échoppes, de comptoirs et de devantures en bois, grossièrement charpentées, aujourd’hui effritées par le temps.

Les imposantes maisons reposaient sur des piliers quadrangulaires en bois, puis en maçonnerie, sans art et  supportant au dessus de ce premier auvent, jusqu’à trois à quatre niveaux d'habitations.

 

Le porche encore actuel de l’église de Notre-Dame de la Daurade, ancien parvis des élections consulaires et gardien des mesures à grains, se trouvait au centre de ce poumon économique.

Autres signes du développement de l’espace urbain et industriel, Tarascon possédait deux ponts de bois, des moulins bladiers et drapiers, des forges, des tuileries, des tanneries et surtout un grand champ de foire dont un marché aux grains attesté depuis le 13ème siècle.

 

Même si les ponts de la ville ont fuit notre mémoire, les eaux mystérieuses de l’Ariège conservent à jamais en dessous du gouffre de la Mayré, les restes de ces ouvrages  qui permettaient le passage de la rivière.

Le grand pont unissait depuis un temps immémorial le Barry-clos et la ville haute au faubourg Sainte Quitterie dit le Barry du bout du pont, situé sur la rive gauche.

Ce grand pont, fût le témoin, à travers les siècles, de toute l’activité tarasconaise. Souvent détruits par les flots impétueux, ils seront toujours reconstruits pour la survie de l’agglomération ( car source de revenus par les droits de pontonage ) et du haut pays.

 

Si jadis, Tarascon, fût une des quatre villes principales du Comté de Foix, sa population n’explosa pas avant le milieu du 19ème siècle en dépassant pour la première fois les 1500 habitants. C’est aussi, la seule localité en 1390, à posséder un vrai maître d’école.

Au sein de son consulat, la ville prospéra grâce à son rôle économique et son influence politique sur le reste du pays.

 

L’activité commerciale de Tarascon se manifesta d’abord, dans ses importantes foires de printemps et d’automne, et de ses nombreux marchés qui avaient alors un rayonnement régional.

Les Espagnols et surtout les Aragonais qui les fréquentaient en grand nombre, avaient obtenus le privilège de ne point être molester par quiconque durant toute la tenue de ces foires.

 

Les produits agricoles, tel comme nous l’indique les leudes ( taxe ) à l’entrée de la ville, formeront , comme il est normal une des bases de ce commerce : céréales, vin, sel, bêtes, toisons, fromages des cabanes ou orris du haut Vicdessos....

 

Mais surtout, Tarascon devînt un foyer textile très important où les marchants drapiers occuperont une place privilégiée économiquement et socialement.

Ce sera là, très longtemps la principale activité industrielle de la petite cité.

La ville restera, malgré la mauvaise qualité des laines de la race ovine tarasconaise, puisque on était obligé d’en importer de la Catalogne et de l’Andorre voisine, tout au long du 18ème siècle le principal centre de production de Cordelats de la généralité de Perpignan.

 

La tannerie, le travail du cuir, de l’étain et la petite orfèvrerie vont employer aussi de nombreux artisans. Tandis que La campagne proche continuera à approvisionner en légumes, céréales fourrages et fruits divers les marchés hebdomadaires de la petite cité. 


Si les pareurs de draps de l’époque médiévale parvinrent à installer un parfaite oligarchie administrative, qui survivra d’ailleurs bien après la Révolution, en monopolisant les charges consulaires , ils deviendront aussi de grands propriétaires fonciers.

Les mêmes se transformeront, plus tard en négociants en fer et en maîtres de forges, ceci lorsque Tarascon deviendra l’entrepôt des fers de la haute Ariège.

 

On assista alors à une reconversion d’une partie de la bourgeoisie marchande locale, on vécu le déclin de l’activité textile, dû certainement à une mauvaise conjoncture et à la concurrence étrangère, et à l’extinction de certaines grandes familles de notables.

 

Le quartier de la  vieille place, peu à peu, perdit son âme et de son importance.

C’est sur la rive gauche, quartier souvent rival , dans le Barry du Bout du pont  qui avait voulu se séparer de Tarascon en 1790, qu’étaient situés les hauts-fourneaux de la Société Métallurgique de l’Ariège.

Depuis la disparition des forges à la catalane, on convertissaient là, en fonte, les célèbres minerais de fer du Rancié, de Château Verdun, de Larcat  et de Rabat.

Aujourd’hui, un collège, la gendarmerie et un ensemble locatif remplace  les hauts fourneaux, jadis pourvoyeurs d’emplois.

Les derniers remparts industriels de l’époque moderne se trouvent situés au débouché de la vallée du Vicdessos. L’actuelle Société Alcan (ex Péchiney) y occupe le site depuis le début du 20ème siècle.

 

Si la peste, les incendies, les invasions, les guerres de religions, la grande peur, la terreur révolutionnaire, les guerres de l’empire ... et la misère n’épargnèrent pas Tarascon, elle fût aussi un centre de résistance et de vie.


Durant la croisade des Albigeois, elle accueillait de nombreux croyants cathares dans toutes les couches de sa société urbaine. Le fameux Pierre Autier y tenait implanté son église clandestine.

Celle ci fut rapidement démantelé par l’inquisition, qui siégea à trois reprises à Tarascon.

L’évêque de Pamiers , Jacques Fournier (futur pape ) en personne y séjourna pour entendre différents témoins.

En 1325, on brûla à Carcassonne, une femme de Tarascon .

 

Dans les épisodes douloureux de notre histoire, les guerres de religion ensanglantèrent au 16ème siècle la petite cité jusqu’alors empreinte de tolérance.

Claude de Lévis, Sieur d’Audou, seigneur huguenot futur gouverneur du Comté, sorti de l’illustre maison de Mirepoix se chargea de faire égorger en 1568, une partie de la population catholique et de frapper à mort le recteur d’Ornolac en prière dans l’église Notre-Dame de la Daurade.

Le cruel, expédia le corps du malheureux au fond d’un gouffre profond, appelé de la "Mayré ". Gouffre maudit, puisque, en représailles, les catholiques en 1569, précipitèrent, à leur tour, une partie de la garnison huguenote du haut du rocher qui supporte l’actuel Castella.

 

Mais Tarascon c’est aussi le pays des cavernes.

En 1578, Henry de Bourbon, roi de Navarre ( le futur  Henry IV ) , séjourna contre toute attente à Tarascon dans le château Lamothe qui appartenait à la famille de Miglos.

Le bon roi fut accueillit par des tirs d‘artillerie, reçu des cartes à jouer comme présent, et une collation avec les meilleurs vins. Et puis, escorté par la jeunesse locale portant des cierges pris dans l’église de la Daurade, il partit dans une escapade visiter la grotte de Lombrives (lombriga écrit dans les textes).

 

Quelques siècles après, Louis Napoléon Bonaparte, roi de Hollande, en cure à Ussat les Bains,  en fera de même.

 

Faux monnayeurs, bandits, réfractaires et résistants de toutes époques occupèrent nos cavernes.

Tarascon, Capitale des grottes, grande fille de la préhistoire surveille aujourd’hui tous ces abris, source impérissable de notre patrimoine.

Le Parc Pyrénéen de l’art préhistorique et le futur musée de la préhistoire de Tarascon en sont des preuves réelles.

 

Comme de cascade en torrent, de torrent en rivière, cette source au fil d’or nous berce sans ennui comme une chanson patoise.

Tarascon sera toujours gai et riant. « si pasos y demoros »

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires